Introduction
La prévalence des coliques du nourrisson constitue un motif de consultation fréquent en médecine générale. De nombreux parents, désemparés face aux pleurs inexpliqués de leur bébé, se tournent vers leur médecin pour obtenir de l'aide. Les symptômes, souvent difficiles à identifier, peuvent représenter une épreuve pour les parents. La colique infantile se caractérise par des pleurs excessifs de cause inconnue chez des nourrissons qui sont par ailleurs en bonne santé. Le mot « colique » vient du grec “κoλικóς,kolikos” en référence au colon. L’enfant pleure beaucoup, il est inconsolable, il grimace et peut avoir le visage rouge. Il garde les poings serrés et peut avoir des gaz. Il est important de savoir les reconnaître et de les comprendre.
En dépit de cette fréquence, aucune recommandation nationale claire n’est établie quant à leur prise en charge. Le microbiote intestinal semble impliqué dans la physiopathologie de cette maladie. Plusieurs études et groupes d’experts concluent à l’efficacité de la souche Lactobacillus Reuteri 17938 et en recommandent l’utilisation dans le traitement des coliques. Cet article vise à faire le point sur la place des probiotiques, et plus particulièrement du Lactobacillus reuteri, dans la prise en charge des coliques du nourrisson, en s'appuyant sur les données scientifiques actuelles et les pratiques des médecins généralistes.
Prévalence et diagnostic des coliques du nourrisson
La colique du nourrisson concerne environ 20 % des enfants de moins de 4 mois et représente l’un des principaux motifs de consultation médicale du bébé. Elle touche surtout le premier né, âgé entre 15 jours et 3 mois avec un pic vers 6 à 8 semaines. Pour diagnostiquer la colique du nourrisson, les pédiatres ont longtemps utilisé la « règle des 3 », introduite en 1954.
Le microbiote intestinal et son rôle dans les coliques
Un lien entre les coliques du nourrisson et le microbiote intestinal - appelé également flore intestinale - a récemment été établi. La « dysbiose » semble fortement associée aux coliques : une des hypothèses est que l’altération de la composition du microbiote intestinal modifierait la motilité intestinale (la manière dont se déplace les aliments dans l’appareil digestif), engendrant un excès de production de gaz. Chez le bébé souffrant de coliques, on enregistre un taux plus bas de Lactobacilles, par rapport à des bébés sains, au profit d’une quantité anormalement élevée de bactéries pathogènes (entrainant des perturbations de la tolérance orale et un inconfort digestif).
Immédiatement après la naissance, l’intestin du nouveau-né est colonisé par une flore composée de staphylocoques, streptocoques, entérocoques et entérobactéries. La colonisation par les bactéries anaérobies se produit au cours du deuxième jour de vie. Parmi celles-ci, les premières à s’installer sont les bifidobactéries et les lactobacilles. La flore évolue ensuite rapidement, vraisemblablement sous l’influence de l’alimentation et de nombreux autres facteurs tels que le type d’accouchement, l’origine géographique, la prématurité, les conditions d’hygiène, les traitements médicamenteux antimicrobiens. Césarienne et prématurité s’accompagnent souvent d’un retard d’installation des bactéries bénéfiques et d’une quantité anormalement élevée de bactéries pathogènes.
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Lactobacillus Reuteri : Un probiotique prometteur
Moduler la microflore intestinale du nourrisson à l’aide de probiotiques réduit la durée des pleurs liés aux coliques. Le Lactobacillus reuteri Protectis a une action complète pour restaurer les fonctions physiologiques de la flore intestinale et de la muqueuse. C’est le seul probiotique faisant l’objet de plus de 90 études cliniques (dont 29 études ont été réalisées sur des nourrissons et prématurés). Le Lactobaccilus reuteri est un vrai probiotique selon la définition de l’OMS (micro-organisme vivant qui, lorsqu’il est administré en quantité adéquate, produit un bénéfice pour la santé de l’hôte).
La souche, le Lactobacillus reuteri Protectis, naturellement présente dans le tractus gastro-intestinal de l’Homme , a été isolée à partir du lait maternel. Ce probiotique a la propriété de se fixer à l’épithélium intestinal et de coloniser la muqueuse. Par cette liaison spécifique, le L. reuteri déplace les agents pathogènes et les remplace: on parle "d’exclusion compétitive des bactéries pathogènes". L. reuteri stimule la présence des lymphocytes T dans l’épithélium intestinal, entrainant la phagocytose des bactéries pathogènes et des cellules infectées par des virus. Enfin, le L. reuteri secrète une substance antibactérienne (le reuterin) qui stoppe la prolifération des bactéries et autres agents pathogènes. Ce mécanisme d’action confère au L. reuteri un bénéfice clinique important faisant de ce probiotique une référence dans la colique du nourrisson.
Le Lactobacillus Reuteri est le seul probiotique étudié dans la totalité de l’appareil digestif de l’homme et dont il a été démontré qu’il colonise l’estomac humain, ainsi que l’intestin grêle et le gros intestin. Dans une étude en double aveugle versus placebo sur 46 nourrissons souffrant de coliques, nés à terme, nourris au lait maternel et âgés de 2 à 16 semaines, le groupe recevant 5 gouttes de BioGaia par jour a démontré une réduction de 74% des pleurs dès la première semaine, avec 96% de répondants (nourrissons ayant réduit d’au moins 50% la durée des pleurs). A la fin du traitement, au bout de 3 semaines, le temps de pleurs dans le groupe BioGaia était de 35minutes, versus 90 minutes dans le groupe placebo.
Une étude polonaise publiée en septembre dernier, réalisée versus placebo sur 80 nourrissons souffrant de colique avérée, vient confirmer les résultats : dans le groupe supplémenté en L. reuteri, on observe une diminution du temps de pleurs de 69% après 3 semaines de traitement ainsi qu’une amélioration significative de la qualité de vie au sein du foyer, comparé au groupe placebo. Le L. reuteri étant une des premières souches à coloniser le tube digestif du nouveau-né sain, il aide donc le nourrisson à mettre en place sa flore commensale immature due à une carence en lactobacilles. L’apport en L. reuteri induit un nouvel équilibre de la microflore intestinale. Celui-ci est à l’origine d’une amélioration de la motilité digestive et de la fonction intestinale du nourrisson soulageant ainsi la douleur viscérale ressentie .
Les bénéfices et l’innocuité du L. reuteri ont été prouvés depuis presque 20 ans par plus de 90 études cliniques, réalisées sur plus de 5500 individus de tout âge (y compris chez des prématurés en soins intensifs). D’autre part, il a été démontré que le L. reuteri contribue aussi à lutter efficacement contre les régurgitations, la diarrhée virale ou bactérienne et aide à préserver ou à rééquilibrer la flore intestinale perturbée par la prise d’antibiotiques.
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Efficacité du L. reuteri sur les régurgitations
La régurgitation est définie comme étant le passage du reflux gastrique dans la gorge, alors que le vomissement est l’expulsion de ce reflux gastrique par la bouche. La fréquence des régurgitations varie avec l’âge, les nouveau-nés de moins d’un mois sont souvent les plus atteints. Même s’ils ont tendance à régurgiter ou à vomir, la plupart de ces nourrissons sont en bonne santé mais véritablement dérangés par ces régurgitations. Le L. reuteri est efficace sur les régurgitations puisqu’en améliorant la vidange gastrique, il va permettre de réduire le nombre de régurgitations. Dans une étude réalisée sur 34 nourrissons âgés de 3 semaines à 1 an, les régurgitations sont réduites de 80% (versus 33% pour le groupe placebo) en 30 jours de supplémentation en L. reuteri.
Efficacité du L. reuteri sur les diarrhées
Qu’elle soit d’origine virale, bactérienne ou liée à la prise d’antibiotiques, la diarrhée aiguë est caractérisée par une augmentation du nombre de selles : plus d’une toutes les quatre heures, à consistance liquide. Faute de prise en charge adaptée et à bref délai, le risque principal, notamment chez le nourrisson, est la déshydratation. Ces selles trop fréquentes et trop abondantes entraînent en effet d’importantes pertes d’eau. Dans une étude en double aveugle, randomisée versus placebo, sur 40 enfants âgés de 6 à 36 mois, 74% des enfants du groupe recevant BioGaia n’ont plus de diarrhée aiguë dès le 2ème jour de traitement, versus 19% dans le groupe placebo. Le L. reuteri permet non seulement de stopper rapidement la diarrhée aigüe, mais également de rééquilibrer la flore intestinale, fortement perturbée par ces épisodes de diarrhée. Une autre étude randomisée, en double-aveugle versus placebo, a démontré que 92% des patients adultes recevant le L. reuteri n’ont pas souffert de diarrhée associée à une antibiothérapie (versus 50% dans le groupe placebo). Le L. reuteri a démontré des résultats significatifs chez l’enfant et l'adulte dans la prévention et le traitement de la diarrhée due aux antibiotiques.
Pratiques des médecins généralistes en Ile-de-France
Une étude observationnelle transversale réalisée par questionnaire en Ile-de-France a permis d'évaluer les pratiques des médecins généralistes concernant la prescription de probiotiques dans la prise en charge des coliques du nourrisson. La période de recrutement s’est étendue de mai à décembre 2022. Les résultats ont montré que 41% des médecins interrogés déclarent prescrire des probiotiques dans cette indication. Parmi eux, seulement 37,5% prescrivaient la bonne souche, durée et posologie. Plus de 90% des praticiens ne connaissaient pas l’existence de recommandations. Peu de médecins ont déclarés ne pas avoir reçu de formation sur les coliques du nourrisson, alors qu’ils étaient plus de la moitié à ne pas avoir bénéficié de formation sur les probiotiques.
Ces résultats suggèrent que la prescription de probiotiques dans cette indication est minoritaire mais pas marginale chez les médecins généralistes exerçant en Ile-De-France. Plusieurs leviers peuvent expliquer la décision de non prescription de ces traitements : le manque d’études randomisées contrôlées de forte puissance permettant d’obtenir un niveau de preuve d’efficacité suffisant, le manque de formation, connaissance et l’absence de remboursement. L’absence de recommandation semble entraîner soit une non prescription, soit une prescription fréquemment erronée.
Autres approches thérapeutiques
Il n’existe pas de traitement à proprement parler contre les coliques mais des pratiques quotidiennes simples peuvent permettre de faire disparaître les symptômes. Parmi celles-ci, l’allaitement, le portage ou encore l’équilibrage du microbiote intestinal de l’enfant notamment à travers les probiotiques. Une revue systématique publiée en Avril 2020 dans le « British Medical Journal » a référencé 32 études publiées entre 2009 et 2019 qui s’intéressaient à l’impact que pouvait avoir l’ostéopathie, et plus exactement la thérapie manuelle, sur la colique du nourrisson. Les données ont indiqué que pour les nourrissons allaités, les probiotiques diminuaient de manière significative le temps de pleurs quotidiens, de 25 minutes à 65 minutes. L’ostéopathe commence alors par réaliser une anamnèse avec les parents de manière à avoir une vision détaillée du déroulement de la grossesse, de l’accouchement mais aussi des éventuels antécédents du bébé (examens, chirurgie, etc …) pour détecter certains facteurs de risque méconnus.
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