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Simone Veil et l'Avortement : Un Drame, une Conviction, une Loi

Simone Veil, figure emblématique de la politique française et survivante de la Shoah, a marqué l'histoire par son engagement en faveur des droits des femmes, notamment en matière d'avortement. Ses citations et son discours devant l'Assemblée nationale en 1974 restent des références incontournables.

Les Mots de Simone Veil sur l'Avortement : Un Aperçu

Simone Veil a exprimé à plusieurs reprises sa vision de l'avortement, soulignant la complexité et la gravité de cette décision pour les femmes.

  • La citation la plus célèbre et la plus courte: « Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame. » Cette phrase percutante résume l'approche de Simone Veil : une écoute attentive des femmes et une reconnaissance de la souffrance inhérente à l'avortement.
  • Une réflexion sur la contraception: « Je me suis du reste demandé, à l'époque, si les hommes n'étaient pas, en fin de compte, plus hostiles à la contraception qu'à l'avortement. » Cette citation met en lumière une possible réticence masculine face à la contraception, perçue comme une émancipation féminine.
  • La citation la plus longue, extraite de son discours historique: « Je voudrais d'abord vous faire partager une conviction de femme (je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes) : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame… C'est toujours un drame, cela restera toujours un drame. »

Le Discours de 1974 : Un Moment Clé

Le 26 novembre 1974, Simone Veil, alors ministre de la Santé, présente devant l'Assemblée nationale le projet de loi sur la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce discours, prononcé devant une assemblée majoritairement masculine, est un plaidoyer pour la reconnaissance de la réalité de l'avortement et la nécessité de garantir aux femmes un accès sûr et légal à cette intervention.

Contexte et Nécessité de la Loi

Simone Veil souligne d'emblée la gravité de sa démarche, consciente des « résonances qu'il suscite au plus intime de chacun des Français et des Françaises ». Elle rappelle que le projet de loi vise à « mettre fin à une situation de désordre et d'injustice et d'apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps ».

Elle justifie la nécessité d'une nouvelle loi par le constat que la législation existante est « ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée ». Elle dénonce l'hypocrisie d'une situation où l'avortement clandestin est largement répandu, mettant en danger la santé des femmes, tandis que les femmes les plus informées et les plus fortunées peuvent avorter à l'étranger sans risque.

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« Lorsque des médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la justice, lorsque des services sociaux d'organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l'étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d'anarchie qui ne peut, plus continuer. »

L'Avortement : Un Drame, Pas une Gaieté de Cœur

Au cœur de son argumentaire, Simone Veil insiste sur le fait que l'avortement est toujours un drame pour les femmes. Elle appelle à l'écoute et à la compréhension, rejetant l'idée que les femmes recourent à l'avortement par légèreté ou par convenance.

« Je le dis avec toute ma conviction : l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu'il perde ce caractère d'exception, sans que la société paraisse l'encourager ? »

Elle souligne que la loi vise à contrôler l'avortement et à dissuader les femmes d'y recourir, tout en leur offrant un cadre légal et sécurisé si elles font ce choix. Elle met en avant la nécessité d'accompagner les femmes en détresse, de leur offrir un soutien psychologique et social, et de les informer sur les alternatives à l'avortement.

Les Réactions et les Conséquences du Discours

Le discours de Simone Veil suscite des réactions passionnées et contrastées. Elle est la cible d'attaques virulentes de la part des associations de droite et d'extrême-droite anti-avortement, qui manifestent devant le Palais Bourbon. Elle reçoit également de nombreux témoignages de soutien et de reconnaissance de la part de femmes et d'hommes de tous horizons politiques.

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Malgré les difficultés et les oppositions, la loi Veil est adoptée le 17 janvier 1975. Elle dépénalise l'avortement en France et marque une étape décisive dans la lutte pour les droits des femmes.

La Question de la Natalité

Simone Veil aborde également la question de la natalité, une préoccupation majeure à l'époque. Elle reconnaît que la baisse de la natalité est un phénomène inquiétant, mais elle souligne qu'il n'existe pas de corrélation démontrée entre la législation sur l'avortement et l'évolution des taux de natalité.

Elle met en avant la nécessité de mener une politique familiale ambitieuse et constructive, visant à soutenir les familles et à permettre aux femmes de concilier maternité et vie professionnelle.

L'Héritage de Simone Veil

Simone Veil est décédée le 30 juin 2017, laissant derrière elle un héritage considérable. Son combat pour les droits des femmes, son courage politique et son humanisme ont marqué l'histoire de la France. Son discours de 1974 reste un modèle d'éloquence et de conviction, et ses citations continuent d'inspirer les défenseurs des droits des femmes dans le monde entier.

Survivant de la Shoah

Venus de tous les continents, croyants et non-croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Rien ne s'efface : les convois, le travail, l'enfermement, les baraques, la maladie, le froid, le manque de sommeil, la faim, les humiliations, l'avilissement, les coups, les cris… rien ne peut ni ne doit être oublié. Mais, au-delà de ces horreurs, seuls importent les morts : la chambre à gaz pour les enfants, les femmes, les vieillards, pour ceux qui attrapent la gale, qui clopinent, qui ont mauvaise mine ; et, pour les autres, la mort lente. Deux mille cinq cents survivants sur soixante-dix-huit mille juifs français déportés. Il n'y a que la Shoah. L'atmosphère du crématoire, fumée et puanteur, de Birkenau. Je ne l'oublierai jamais. Là-bas, dans les plaines allemandes, s'étendent désormais des espaces dénudés sur lesquels règne le silence ; c'est le poids effrayant du vide que l'oubli n'a pas le droit de combler et que la mémoire des vivants habitera toujours. Chaque jour, Maman se tient près de moi, et je sais que ce que j'ai pu accomplir dans ma vie l'a été grâce à elle. Je n'aime pas l'expression" devoir de mémoire".

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Féminisme et Solidarité

Je ne suis pas une militante dans l'âme, mais je me sens féministe, très solidaire des femmes quelles qu'elles soient Je me sens plus en sécurité avec des femmes, peut-être est-ce dû à la déportation ? Au camp, leur aide était désintéressée, généreuse, pas celle des hommes. […]

L'importance de l'action

«Je sais faire, déclara-t-elle un jour brutalement à un élu au moment de poser la première pierre d'un hôpital : j'ai fait ça en déportation. Ce bonheur est difficile à restituer en mots parce qu'il était fait d'ambiances calmes, de petits riens, de confidences entre nous, d'éclats de rire partagés, de moments à tout jamais perdus. Venus de tous les continents, croyants et non-croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Je n'avais pas d'états d'âme. Je savais où j'allais. Le fait de ne pas moi-même être croyante m'a-t-il aidée? Je n'en suis pas convaincue. Le sens du propos ne m'échappait pas : ma femme vous admire, mais pas moi.

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