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Emmanuel de Rohan Chabot: Portrait d'un anticonformiste

Emmanuel de Rohan Chabot est une figure marquante, un homme qui a défié les attentes et tracé son propre chemin. Certains l'imaginaient cantonné dans une loge au Jockey Club, mais ce fils de bonne famille a préféré s'installer à Malte en 2004 pour contrer le monopole du PMU. Son parcours, loin d'être conventionnel, témoigne d'un esprit rebelle et d'une volonté de fer.

Un parcours initial classique

Il aurait dû mener une petite vie rangée, une vie d'enfant descendant d'une grande famille et qui a coché toutes les cases: bonnes écoles, bons diplômes, bon mariage et carrière respectable. Lui qui a longtemps rêvé de faire de la politique - lorsqu'il avait du mal à s'endormir, il jouait à être premier ministre et prononçait un discours de politique générale - a d'abord choisi un cursus traditionnel: Dauphine, Sciences Po. Cependant, derrière cette façade de conformité, se cachait un esprit anticonformiste. « En fait, nous sommes la branche anticonformiste de la famille. «Des conneries de gens qui s'ennuient», dit-il aujourd'hui. Des petites bouffées de fantaisie héritées d'une famille bien moins sage qu'en apparence.

De Schlumberger à la Sefac: un parcours professionnel diversifié

Après avoir obtenu un bac scientifique à l’école Saint-Louis de Gonzague à Paris en 1972, Emmanuel de Rohan Chabot intègre la section électronique de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich en 1974. « J’étais à la fois tenté par l’étranger et l’excellente réputation d’une des meilleures universités au monde qui dispensait alors des matières sans équivalent en France ».

Sa carrière professionnelle débute au sein du groupe Schlumberger, où il occupe différents postes d’encadrement de 1980 à 1990. « Après avoir débuté comme ingénieur R & D en développant un laboratoire de simulation des réseaux HT et THT à la division Protection et Contrôle des Réseaux, je suis devenu chef de produits de 1983 à 1985 avec pour mission de lancer une nouvelle gamme de produits de contrôle-commande. Ce qui a permis de générer un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros dont 50 % à l’export. Ensuite, j’ai été directeur de marketing et des ventes export au sein de la filiale Balteau à Mexico puis directeur général, de 1986 à 1988, de la branche contrôle de conteneur à Montrouge, une start-up créée pour développer un système révolutionnaire de contrôle d’objets volumineux par rayon gamma et détecteurs basés sur le principe des chambres à fil de Charpak ».

Par la suite, Emmanuel de Rohan Chabot occupera d’autres postes de directeur général. À la division Machines d’étiquetage d’Avery Dennisson à Chilly-Mazarin (45 salariés) où il réalisera la fusion de deux divisions concurrentes après le rachat de la société Pilot par le groupe américain. « Durant ces quatre ans, on a réalisé un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros et accru l’activité cumulée de 40 % ». Ses résultats - un chiffre d’affaires porté de 5 à 9 millions d’euros entre 1992 et 1997 conjugué à une augmentation du résultat opérationnel - permettront à celui qui parle couramment cinq langues d’être parallèlement nommé directeur général de la filiale allemande de Newtec tout en restant responsable de l’unité anglaise. De 1998 à 2000, nouvelle promotion : il devient PDG du groupe Continentale d’Equipements Electrique, société de 210 employés, possédant sept filiales européennes et cotée au second marché.« Il me fallait remettre à plat les pratiques managériales, restructurer trois filiales fortement déficitaires et réorienter la R & D pour modifier des produits installés non-conformes et pouvant entraîner des dommages considérables. Bref, anticiper le « bug » de l’an 2000 ».

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La maison mère ayant été placée en redressement judiciaire en janvier 2000 et revendue à ICE, Emmanuel de Rohan Chabot après avoir accompagné la CEE jusqu’à la fin du plan de cession arrive dans les Ardennes en mars 2001. Il pose ses valises à Monthermé. Il a été recruté par le groupe britannique Triapt pour prendre les commandes et redresser les comptes de la Sefac, une PME bien connue dans la Vallée de la Meuse pour avoir été dirigée par Bernard Despas. Spécialisée dans les systèmes de levage pour les véhicules de transport sur route et sur rail, elle avait été rachetée sous forme d’une LBO à AFE (Aciéries et Fonderies de l’Est). « À l’époque, l’entreprise avait perdu en moyenne 1 million d’euros par an durant sept exercices. Des pertes régulièrement comblées par AFE. Au cours des trois premières années, mon action a consisté à rétablir la confiance du personnel mis à mal par huit années de tergiversations stratégiques et la noria de six Pdg en huit ans, adopter une communication simple et transparente, réorganiser l’entreprise en créant un service marketing produit et une direction commerciale pour le marché français tout en rétablissant le service après-vente curieusement abandonné en 1998 ». Et enfin changer en profondeur la stratégie commerciale en France et en Espagne et réduire la gamme de produits pour se concentrer sur le pole levage. D’où l’abandon de produits connexes compliqués et peu rentables.

Mais malgré le paiement régulier de l’échéance de ses dettes précédentes, la Sefac va être menacée de disparition suite au rachat d’un actionnaire de Triapt, la banque Natwest, par la Royal Bank of Scotland qui, en octobre 2004, change totalement d’optique en décidant purement et simplement de jeter l’éponge, entraînant ainsi la liquidation judiciaire de Triapt. « Ces aléas ont déclenché notre hostilité et la naissance d’un projet capitalistique pour assurer la sauvegarde de la Sefac car la Royal Bank of Scotland avait mandaté KPMG pour vendre l’entreprise par petits bouts. Ce qui m’a amené à faire nommer un mandataire ad hoc par le tribunal de commerce pour empêcher par tout moyen le démantèlement de l’entreprise et favoriser sa reprise par ses dirigeants. Et en avril 2005, avec six cadres et au terme d’un bras de fer musclé de six mois, nous avons racheté la totalité des parts de l’entreprise à Royal Bank of Scotland et démarrer une nouvelle phase de développement avec des objectifs plus entrepreneuriaux que financiers ».

Emmanuel de Rohan Chabot et ses associés vont alors orienter la Sefac vers quelques axes forts : réintégration de la valeur ajoutée dans le cycle de production en rapatriant des commandes jusqu’alors sous-traitées, développement de la R & D pour assurer une montée en gamme des colonnes de levage et une amélioration de la rentabilité, redéploiement de marchés exports et injection de 1,5 million d’euros dans la rénovation de l’outil de production. Des efforts qui porteront leur fruits car la Sefac (80 salariés) va augmenter de 50 % son chiffre d’affaires, principalement à l’international, entre avril 2005 et mars 2016, créé deux filiales en Angleterre et aux Etats-Unis et déposé six brevets dont un important concernant la synchronisation des colonnes de levage par voie hertzienne, ce qui, permit une ouverture vers le marché américain.

Aussi administrateur de réseau Entreprendre Champagne Ardennes, Emmanuel de Rohan Chabot, 66 ans, père de quatre enfants et collectionneur de voitures anciennes durant ses temps de loisirs revendique clairement, en évoquant sa carrière, « avoir souvent agi contre l’avis de ma direction ou de l’actionnaire en privilégiant l’individu face à des décisions arbitraires.

La création de ZEturf: un défi au monopole du PMU

C'est une course de légende ! Dimanche, le Prix d'Amérique couronnera, à Vincennes, le meilleur trotteur du monde. Et pour la première fois, Emmanuel de Rohan Chabot, fondateur de ZEturf, y a associé son nom. Sacrée victoire pour cet entrepreneur, comte de naissance, comptable par devoir, après une interminable course d'obstacles. Car ce Parisien affable, regard turquoise, barbe de cendre, fut, un temps, banni, honni, pour avoir participé à la chute du monopole du PMU. Il a, dans la foulée, contribué, en France, à la libéralisation du marché des jeux d'argent et de hasard sur Internet… « Il est redoutable car il a de l'humour et de l'esprit, lâche un observateur. Il dérange!»

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En 2001, son frère, Fabrice, turfiste et propriétaire de chevaux, pousse sa porte armé d'un constat : c'est l'âge d'or d'Internet. Les sites d'information boursière prolifèrent mais, en ligne, rien n'existe concernant les courses hippiques. Or la France compte un million de boursicoteurs… et six fois plus de turfistes. Ainsi naîtra ZEturf, un fil d'information sur les compétitions équestres. « Sous une apparence classique, mon frère est un créatif. Il a un coup d'avance», estime Fabrice de Rohan Chabot, fondateur du magazine «Technikart».

A propos des chevaux, dont il jure avoir peur, Emmanuel cite volontiers Churchill, qui qualifiait l'animal de « dangereux devant, dangereux derrière et inconfortable au milieu». Mais il aime les courses où l'emmenait, jadis, son père. Ce spectacle magnifique des bêtes qui s'élancent, cette fièvre ramassée sur quelques minutes, cette ferveur des hippodromes n'existe, dit-il, nulle part ailleurs.

En 2001, Internet est encore un pays de Cocagne. ZEturf doit trouver son modèle économique. Las, les annonceurs ne sont guère séduits par des turfistes à l'image maussade… Dès 2003, deux arrêts rendent le monopole français des jeux sur Internet non conforme au droit européen. Certains pays délivrent même des licences aux opérateurs de paris sur le Web. En 2004, Emmanuel de Rohan Chabot prend donc son baluchon, seul, et lance, depuis Malte, l'activité de paris en lignes sur les courses de chevaux françaises. Avec un indéniable avantage économique : rien à reverser aux organisateurs des courses et 0,5% de taxes à payer contre 14% en France.

Une bataille juridique acharnée

S'ensuit une bagarre folle. Le PMU l'assigne en justice, y compris au pénal pour «prise de paris illicite en bande organisée», espérant le mettre au pas. En exil, Emmanuel de Rohan Chabot lutte, se cabre, de condamnations en appels, de saisies en gardes à vue, d'amendes en procès… jusqu'à ce qu'en 2010, la loi française change. «J'avais sous-estimé la violence de l'opposition juridique», dit-il, presque timidement.

Mais il tient, par idéalisme, par orgueil. « Et il gagne ! » rappelle Jean d'Indy. En France, il est désormais le numéro deux du pari hippique en ligne. Il compte 100 salariés dans six pays et a ouvert ZEbet pour parier dans d'autres sports… Soucieux, dit-il, d'apporter sa pierre à l'édifice des courses, il met la main à la poche. « Il peut sembler arrogant. C'est faux. Il est fidèle et de parole, note Jean d'Indy. Et il est gonflé : jamais un opérateur alternatif n'avait été partenaire du Prix d'Amérique !

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Vie privée et famille

Emmanuel de Rohan Chabot est père de quatre enfants. Sa fille, Marie de Rohan Chabot, est une jeune femme talentueuse et polyvalente. De sa mère Eléonore de Galard, productrice de spectacles, elle a la beauté naturelle, de sa grand-mère paternelle, Joy de Rohan Chabot, l'âme d'une artiste, et de son père, Emmanuel, P-DG de Zeturf, l'esprit créatif. En 2013, à 17 ans, la jeune fille illuminait de son éclat le Bal des Débutantes où elle défilait en Armani Privé. Ainée de cinq enfants, Marie sait ce qu'elle veut. Pour parfaire ses compétences, elle poursuit ses études en Grande-Bretagne, dans la très select Warwick University. Au programme, langage, communication, cours de chinois. Mais surtout elle y entretient sa passion pour la musique. La jeune femme trouve le temps de jouer deux heures par jour, du piano qu'elle pratique depuis douze ans mais aussi de la guitare pour s'accompagner. Elle s'exerce régulièrement avec le second mari de sa mère, l'auteur-compositeur-interprète Grégoire. Car son voeu le plus cher est de devenir chanteuse.

Ascendance

La famille de Rohan descend de la famille des seigneurs de Porhoët, dont le chef de famille était vicomte de Rennes. Au début du 12e siècle, Alain, l’un des fils d’Eudon 1er de Porhoët, construit une forteresse sur un site rocheux, qu’il baptise château de Rohan (Rohan vient du breton Roc’h an, « le petit rocher »). Alain deviendra le 1er vicomte de Rohan. Les vicomtes de Rohan ont assuré de hautes fonctions, dont celle de gouverneur de Bretagne. En 1603, son descendant, Henri II, 20e vicomte de Rohan, est un ami du roi Henri IV de France, qui l’élève au rang de duc. Le 1er duc de Rohan n’aura pas de fils et les titres seront transmis à son gendre, Henri de Chabot, époux de sa fille Marguerite. La lignée de Rohan-Chabot subsiste aujourd’hui et le chef de la famille, Josselin, est le 14e et actuel duc de Rohan.

Le duc de Rohan descend donc des Rohan en ligne cognatique, par la transmission du nom de Rohan en ligne féminine. Au fil des siècles, la famille de Rohan s’est divisée en de nombreuses branches. Aujourd’hui, seule la branche des Rohan-Rochefort subsiste, qui est elle-même un rameau de la branche des Rohan-Guéméné.

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