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Législation sur l'avortement en Algérie : entre restrictions et timides avancées

L'Algérie, comme de nombreux pays, se trouve à la croisée des chemins en ce qui concerne la législation sur l'avortement. Entre traditions, considérations religieuses et impératifs de santé publique, la question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) suscite des débats passionnés et des évolutions législatives lentes. Cet article se propose d'examiner en profondeur le cadre légal actuel, les récentes tentatives de réforme et les enjeux éthiques, sociaux et médicaux qui sous-tendent cette problématique complexe.

Un cadre légal restrictif hérité du passé

En Algérie, l'avortement est strictement encadré par la loi. L'article 72 de la loi 85-05 relative à la protection et à la promotion de la santé autorise l'IVG uniquement lorsqu'elle est considérée comme « une mesure indispensable pour sauver la vie de la mère du danger, ou préserver son équilibre physiologique et mental gravement menacé ». Cette formulation restrictive, héritée d'une vision conservatrice de la société, limite considérablement l'accès à l'avortement thérapeutique.

Les peines prévues pour les personnes qui pratiquent ou tentent de pratiquer un avortement illégal sont sévères. L'article 304 du Code pénal prévoit une peine d'un an à cinq ans de prison et une amende de 500 à 10 000 dinars pour la personne qui procure ou tente de procurer l'avortement. Si la mort de la femme enceinte en résulte, la peine est alourdie et peut aller jusqu'à la réclusion de dix à vingt ans.

Une exception notable à cette interdiction quasi-totale a été introduite en 1998, après des années de lutte des associations de défense des droits des femmes et des victimes du terrorisme. Les femmes violées par les terroristes durant la décennie noire ont été autorisées à demander une interruption de grossesse. Cependant, même dans ce cas, la procédure restait longue et complexe, obligeant souvent les femmes à se tourner vers le secteur privé.

Tentatives de réforme et recul conservateur

Conscient des lacunes et des injustices du cadre légal actuel, le ministère de la Santé a présenté, début novembre, un nouveau projet de loi sur la santé devant la commission de la Santé et des Affaires sociales de l'Assemblée populaire nationale (APN). Ce texte contenait des dispositions novatrices en matière d'avortement, ouvrant de nouveaux horizons pour les femmes algériennes.

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L'article 81 du projet de loi autorisait l'interruption de grossesse lorsque « l'embryon ou le fœtus est atteint d'une maladie ou d'une malformation grave ne permettant pas son développement viable ». L'article 82 prévoyait également la possibilité d'avorter lorsque « l'équilibre physiologique ou psychologique et mental de la mère est gravement menacé ». Ces deux articles visaient à élargir le champ de l'avortement thérapeutique, en tenant compte à la fois de la santé de la mère et de la viabilité du fœtus.

Ces propositions ont suscité des réactions contrastées. Des associations de défense des droits des femmes et des médecins ont salué ces avancées comme un pas dans la bonne direction. Pour Cherifa Kheddar, présidente de Djazaïrona, le nouveau texte « va dans les détails en ce qui concerne l'avortement thérapeutique », ce qui est bénéfique aussi bien pour les praticiens que pour les personnes concernées.

Cependant, ces dispositions ont également rencontré une forte opposition de la part des courants conservateurs de la société algérienne. Dès sa diffusion, le projet de loi a provoqué la polémique, certains médias évoquant des « articles ambigus qui provoquent la fitna [division, NDLR] au Parlement ».

Sous la pression de ces forces conservatrices, les députés ont finalement décidé de supprimer les articles 80 et 81 du projet de loi, ne retenant que l'article 82, qui autorise l'avortement uniquement lorsque la vie de la mère est en danger. Cette décision a été perçue comme un recul majeur par les défenseurs des droits des femmes. Nadia Chouitem, médecin et députée du Parti des travailleurs, a regretté que le seul objectif de l'avortement soit désormais de sauver la vie de la mère, excluant ainsi les cas de malformation ou de maladie du fœtus.

Les conséquences de la restriction de l'avortement

La restriction de l'accès à l'avortement en Algérie a des conséquences dramatiques pour la santé et la vie des femmes. Contraintes de recourir à des méthodes clandestines, souvent pratiquées par des personnes non qualifiées, elles s'exposent à des risques considérables pour leur santé, voire à la mort. Les IVG clandestines sont la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde, selon l'ONG Amnesty International.

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De plus, la criminalisation de l'avortement ne réduit pas le nombre d'IVG. Comme le rappelle Amnesty International, les femmes ont recours à l'avortement dans les mêmes proportions, que la loi l'interdise (37 sur 1 000) ou qu'elle l'autorise (34 sur 1 000). La différence réside dans le danger pour la santé des femmes.

Face à cette interdiction, de nombreuses femmes enceintes se tournent vers Internet à la recherche de solutions. Elles demandent de l'aide, des conseils, des contacts de médecins ou de faiseuses d'anges. Ces démarches désespérées témoignent du désarroi et de la vulnérabilité dans lesquels se trouvent ces femmes.

Enjeux éthiques, religieux et de santé publique

La question de l'avortement est au cœur de nombreux enjeux éthiques, religieux et de santé publique. La valeur inviolable accordée à la vie de l'embryon, depuis sa conception dans le courant malékite, occupe une place de choix dans le débat. Certains considèrent que l'avortement est un acte immoral, quel que soit le contexte. D'autres mettent en avant le droit des femmes à disposer de leur corps et à choisir si elles veulent ou non mener une grossesse à terme.

Dans la charia, l'avortement est permis avant quatre mois de grossesse et uniquement dans les cas où la grossesse représenterait un réel danger pour la mère. Cette position, bien que plus souple que l'interdiction totale, reste restrictive et ne prend pas en compte toutes les situations de détresse que peuvent vivre les femmes.

D'un point de vue de santé publique, il est crucial de garantir aux femmes un accès à des services d'avortement sûrs et légaux. La criminalisation de l'IVG pousse les femmes à recourir à des pratiques clandestines, qui mettent leur vie en danger. En légalisant et en encadrant l'avortement, on réduit les risques pour la santé des femmes et on leur permet de faire des choix éclairés et responsables.

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tags: #droit #avortement #Algérie #législation

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