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La Divinité Féconde : Exploration des Racines de la Fertilité dans les Cultures Anciennes

Introduction

La notion de divinité féconde est intimement liée à la vénération de la vie, de la fertilité et de l'abondance. À travers les âges et les cultures, les sociétés ont personnifié ces concepts en des déesses et des dieux, leur attribuant des pouvoirs liés à la création, à la nourriture et à la prospérité. Cet article explore la signification de ces divinités fécondes, en mettant en lumière leurs attributs, leurs rôles et leur importance dans différentes civilisations.

La Grande Déesse : Terre-Mère Universelle

Dans les cultures néolithiques et les premières civilisations du Proche-Orient, de l'Iran et de l'Inde, les déesses étaient avant tout des divinités de la fertilité, en relation avec la terre, les eaux et la végétation. Leurs statues et leurs effigies illustrent leur consubstantialité avec la végétation, spécialement avec l'agriculture. Elles expriment l'inépuisable fécondité de la Terre.

En effet, la Terre est considérée comme la mère universelle. Eschyle glorifie la Terre qui « enfante tous les êtres, les nourrit, puis en reçoit à nouveau le germe fécond ». Cette conception persistait encore au XIXe siècle parmi certaines tribus primitives. Un prophète de la tribu nord-américaine Umatilla refusait de travailler la terre : « C'est un péché, disait-il, de blesser ou de couper, de déchirer ou de griffer notre mère commune, par des travaux agricoles. » Et il ajoutait : « Vous me demandez de labourer le sol ? Irai-je prendre un couteau pour le plonger dans le sein de ma mère ? Mais alors, lorsque je serai mort, elle ne me reprendra plus dans son sein. Vous me demandez de bêcher et d'enlever des pierres ? Irai-je mutiler ses chairs afin d'arriver à ses os ? Mais alors je ne pourrai plus entrer dans son corps pour naître de nouveau. Vous me demandez de couper l'herbe et le foin et de le vendre et de m'enrichir comme les Blancs ? Mais comment oserais-je couper la chevelure de ma mère ? »

L'hymne homérique dédié à Gaia (Terre) exalte « la Terre, mère universelle aux solides assises, aïeule vénérable qui nourrit tout ce qui existe […]. C'est à toi qu'il appartient de donner la vie aux mortels, comme de la leur reprendre […]. » C'est la raison pour laquelle la grande déesse, la Terre-Mère, est considérée non seulement comme la source de la vie et de la fertilité, mais aussi comme la maîtresse du destin et la déesse de la mort. Dans l'Inde, Durgā-Kālī est à la fois créatrice et destructrice, principe de la vie et de la mort.

Manifestations Diverses des Déesses de la Fertilité

La déesse de la fertilité se manifeste sous différents noms et formes à travers le monde, chacune reflétant les particularités culturelles et les croyances locales.

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  • Ishtar (Mésopotamie) : Déesse de l'amour par excellence, mais aussi déesse de la guerre. On l'appelle « Dame de l'amour », « Reine du plaisir », mais aussi « la Vaillante », « la Dame des batailles ».
  • Ardvî et Anâhita (Iran)
  • 'Atar'ate (Syrie)
  • Astarté (Phénicie)
  • Tanit (Carthage)
  • Déméter et Aphrodite (Grèce)
  • Cybèle (Asie Mineure)

Toutes ces déesses présentent une structure analogue. Elles expriment la sacralité de la vie et le mystère de la fertilité, mais aussi le caprice et la cruauté. D'un côté, elles prodiguent la vie, la force et la fécondité ; à l'opposé, elles apportent la guerre ou les épidémies. Presque toutes sont des déesses de la vie, de la fertilité et de la mort tout ensemble. En un certain sens, on peut déchiffrer dans leur personnalité la valorisation religieuse de la vie cosmique, avec tous ses mystères et toutes ses contradictions.

Mythes et Symboles de la Fécondité

Les mythes associés aux divinités fécondes sont riches en symboles et en enseignements sur la nature de la vie, de la mort et de la renaissance.

Un des mythes les mieux connus de la déesse Ishtar raconte sa descente aux enfers, où les morts vivent dans les ténèbres et se nourrissent d'argile. Parvenue au seuil de l'enfer, Ishtar demande au portier de lui ouvrir. Celui-ci en réfère à la reine des morts, la déesse Éreshkigal, sœur d'Ishtar et épouse de Nergal, dieu des enfers. Éreshkigal exige qu'à chacune des sept portes qu'elle doit franchir, Ishtar se dépouille d'un de ses vêtements ou ornements : d'abord sa tiare, puis ses pendants d'oreilles, son collier, sa ceinture, les anneaux de ses mains et de ses pieds, enfin « le vêtement de pudeur de son corps ». En cet état de nudité, qui l'assimile aux morts, Ishtar arrive devant sa sœur.

Dans la Chine antique, toute ville seigneuriale avait deux fondateurs : l'ancêtre du seigneur et le « saint patron » du prévôt des marchands, qui avaient défriché ensemble le domaine, à l'imitation du laboureur divin, de l'inventeur de l'agriculture, Shennong.

La Fécondité au-delà de la Procréation

La fécondité ne se limite pas à la capacité de procréer. Elle englobe également la capacité à transmettre la vie, à la partager avec les autres, à la faire découvrir, à la faire aimer et à la rendre belle.

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Avec Jésus naît une nouvelle conception de la fécondité : toute femme, tout homme peut devenir fécond non en enfantant mais en faisant la volonté du Père. Jésus vient bouleverser l’ordre de logique de la fécondité : l’homme n’est plus fécond parce qu’il engendre, il est fécond parce qu’il se reconnaît comme appartenant au Christ.

On peut être fécond de multiples façons :

  • En accompagnant ses enfants (en tant que parent).
  • Dans des relations d’amitié profonde et vraie (en tant que parrain, marraine).
  • Dans l’engagement d’une vie de couple.
  • Dans des engagements familiaux, associatifs, ecclésiaux.
  • Dans la vie sacerdotale, la consécration religieuse et séculière où un service des autres est vécu.
  • Par la fécondité plus discrète des personnes âgées, malades, handicapées profondes… Toutes ces personnes qui ne « font » pas, mais qui le « sont » par de tout petits signes, parce que la vie ne leur permet pas de « faire ».

La fécondité vient d’un engagement dans une relation personnelle. La prière oriente et enrichit la fécondité propre. Elle se découvre dans un lien où l’on donne et où l’on reçoit. Elle peut passer par des difficultés, des combats, des offenses, des pardons, offerts et reçus. La fécondité n’est pas forcément un long fleuve tranquille. Il est important de croire qu’il n’y a pas de bonheur authentique sans un certain don de soi et des liens vrais avec d’autres. Ne pas avoir d’enfant peut être un manque profond, une souffrance qu’il n’est facile d’assumer. Se rappeler que l’on peut être fécond, même sans passer par une procréation, est alors important.

La Terre-Mère Aujourd'hui : Honorer et Protéger la Source de la Vie

Aujourd'hui, la notion de Terre-Mère prend une nouvelle dimension face aux défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés. Reconnaître la Terre comme une entité vivante et nourricière nous invite à adopter une relation plus respectueuse et durable avec elle.

Dès la fin des années 60, l’Organisation des Nations Unies (ONU) commença à véritablement s’alarmer des conséquences de l’activité humaine sur la Nature. Depuis 1970, on célèbre donc la Journée Mondiale de la Terre Nourricière le 22 avril. L’année 1972 vit quant à elle se dérouler le premier Sommet de la Terre à Stockholm (en Suède). Le 28 octobre 1982, l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies adoptait la Charte Mondiale de la Nature.

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Du 19 au 22 avril 2010, s’est tenue à Cochabamba (en Bolivie) la Conférence Mondiale des peuples contre le changement climatique, initiée par Evo Morales (alors chef d’Etat de la Bolivie). Premier président indien, il est en effet revenu déçu du sommet de Copenhague pour le Climat de 2009. Or, les peuples racines amérindiens subissent de plein fouet les répercussions de l’industrie pétrolière, hydraulique et minière et de la déforestation. De cette Conférence naîtra la Déclaration Universelle des Droits de la Terre-Mère, laquelle “[reconnaît] avec gratitude que la Terre Mère est source de vie, de subsistance, d’enseignement et qu’elle nous prodigue tout ce dont nous avons besoin pour bien vivre”. Empreint de la cosmogonie andine, ce texte alors soumis aux Nations Unies pour adoption reconnaît ainsi la Terre-Mère comme principe créateur et prône une relation harmonieuse à la Nature.

« Les êtres humains ne peuvent pas vivre sans la Terre-Mère mais la planète peut vivre sans les humains. En tout temps et en tous lieux, notre Terre-Mère a eu ses Déesses, en lesquelles on est libre de croire… Ou non, c’est un choix intime et respectable. Mais, quelles que soient nos propres croyances, peut-être serons-nous sensibles à une vision faisant de notre Terre une terre accueillante et nourricière, sans laquelle la vie ne serait pas. D’ailleurs, ici et là, la Justice semble - enfin - se mettre en mouvement pour porter haut et fort sa voix.

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