L'achondroplasie est la forme la plus courante de nanisme, touchant environ une naissance sur 20 000. Cette condition génétique se manifeste principalement par une taille significativement inférieure à la moyenne, associée à un raccourcissement des membres. La taille moyenne d'un adulte atteint d'achondroplasie est d'environ 131 cm pour les hommes et 124 cm pour les femmes.
Caractéristiques Cliniques de l'Achondroplasie
Outre la petite taille, les personnes atteintes d'achondroplasie présentent une disproportion corporelle notable. Le tronc est généralement de taille moyenne, tandis que les bras et les jambes sont très courts. D'autres caractéristiques incluent une lordose (courbure excessive de la colonne lombaire) et une macrocéphalie (crâne plus large que la moyenne).
D'autres signes cliniques caractéristiques peuvent être visibles dès la naissance : des membres courts avec rhizomélie (raccourcissement de la partie proximale des membres), un tronc long et étroit, une macrocéphalie avec un front proéminent et une hypoplasie médiofaciale avec un pont nasal déprimé. Les mains, dont la forme rappelle celle d'un trident, sont larges et courtes. Une hypotonie est fréquente, entraînant une hypermobilité articulaire, en particulier des extrémités inférieures.
Plusieurs complications peuvent survenir chez les personnes atteintes d'achondroplasie. Un foramen magnum de petite taille ou de forme anormale peut entraîner de graves séquelles chez le nourrisson, telles qu'une compression médullaire ou une compression de l'artère vertébrale, conduisant à une apnée centrale. La cyphose thoracolombaire est très fréquente dans la petite enfance et se résorbe avec le temps dans 90 % des cas. L'hypoplasie médiofaciale, associée à une hypertrophie des adénoïdes et des amygdales, peut entraîner une apnée obstructive du sommeil. L'otite moyenne chronique peut être à l'origine d'une surdité de transmission. L'acquisition de la motricité globale est plus lente que la moyenne en raison du raccourcissement des membres et du cou, de la macrocéphalie et de l'hypotonie. Un encombrement dentaire est fréquent, et un genu varum apparaît souvent dans l'enfance. Une sténose rachidienne lombaire dans le bas du dos, accompagnée de déficits neurologiques, est plus fréquente à l'âge adulte, tout comme les maladies cardiovasculaires. L'obésité est un problème courant.
Génétique de l'Achondroplasie : Le Gène FGFR3
La cause de l'achondroplasie réside dans une mutation du gène FGFR3 (récepteur 3 du facteur de croissance des fibroblastes). Ce gène code pour un récepteur transmembranaire crucial dans la régulation de la croissance osseuse linéaire, en particulier celle des os longs. Laurence Legeai-Mallet a co-découvert ce gène en 1994.
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Dans 99 % des cas, les patients présentent la même mutation de FGFR3, une mutation dite « faux sens » qui modifie une seule « lettre » dans la séquence génétique codant pour la protéine FGFR3. Cette mutation entraîne une production excessive de la protéine FGFR3, perturbant ainsi l'ossification, le processus de transformation du cartilage en os qui se déroule de l'enfance à la puberté.
Le cartilage constitue une grande partie du squelette au cours du développement précoce. La croissance osseuse est contrôlée par la protéine FGFR3 présente à la surface des cellules du cartilage, les chondrocytes, mais aussi des formes précoces de cellule osseuse, les ostéoblastes. En raison de sa mutation chez les patients achondroplases, FGFR3 est en permanence activée, ce qui perturbe l'équilibre entre prolifération et différenciation dans les cellules de la plaque de croissance, siège de la progression osseuse. Pendant la petite enfance et l'enfance, la croissance osseuse se produit progressivement, avec une phase active avant la puberté.
Il est important de noter que dans 80 % des cas, la mutation survient spontanément lors de la fécondation, sans antécédents familiaux de la maladie. L'incidence de ces mutations de novo semble augmenter avec l'âge du père. Le mode de transmission étant autosomique dominant, un conseil génétique est justifié. Si l'un des parents est atteint d'achondroplasie, le risque de transmettre la maladie à ses enfants est de 50 % à chaque grossesse.
Diagnostic Anténatal et Postnatal
Le diagnostic prénatal de l'achondroplasie peut être suspecté lors d'une échographie de routine, généralement au troisième trimestre de la grossesse, si un raccourcissement des os longs est observé. Ces caractéristiques n’apparaissent généralement qu’après 26 semaines de gestation. Dans ce cas, ou si l'un des parents est atteint d'achondroplasie, un test ADN fœtal peut être effectué pour rechercher la mutation du gène FGFR3 et confirmer le diagnostic. Toutefois, seule l’analyse du gène FGFR3 certifie le diagnostic en période prénatale.
Si le diagnostic n'a pas été établi avant la naissance, il est généralement posé après la naissance suite à des analyses cliniques et radiologiques. Il n'existe pas de critères de diagnostic clinique de l'achondroplasie. Celui-ci repose sur les résultats radiologiques et cliniques. Un examen du squelette met en évidence des irrégularités métaphysaires généralisées.
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Prise en Charge et Traitement
La prise en charge de l'achondroplasie est multidisciplinaire et doit être initiée le plus tôt possible. Chez les nouveau-nés, une imagerie du cerveau et de la colonne cervicale est recommandée pour évaluer le foramen magnum et détecter une éventuelle hydrocéphalie. Une polysomnographie peut également être réalisée pour dépister l'apnée centrale du sommeil. Toute anomalie détectée lors de ces examens nécessite une consultation immédiate avec un neurochirurgien.
Indépendamment des résultats de l'imagerie, il est crucial d'éviter toute activité pouvant entraîner des blessures au niveau de la jonction cranio-cervicale. Les infections de l'oreille et les otites moyennes séreuses doivent être traitées rapidement, et tout problème auditif doit être évalué par un spécialiste. L'orthophonie peut être bénéfique dans certains cas.
L'apnée obstructive du sommeil peut être traitée par adénotonsillectomie (ablation des amygdales et des végétations adénoïdes), perte de poids et/ou ventilation en pression positive continue (PPC). La prise de poids doit être surveillée attentivement pendant l'enfance pour prévenir les complications à long terme. Un soutien social et psychologique est également essentiel pour les personnes atteintes d'achondroplasie et leurs familles. La courbure progressive et symptomatique des jambes peut être corrigée chirurgicalement. Les patients adultes peuvent avoir besoin d'une laminectomie lombaire pour traiter une sténose rachidienne.
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