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Pourquoi Éviter le Mot « Menstruation » : Impacts et Alternatives

L'utilisation du mot « menstruation » et le tabou qui l'entoure ont des impacts profonds sur la santé mentale, l'économie, la société et l'environnement. Il est essentiel de comprendre ces conséquences pour agir et changer les mentalités.

Les Impacts Profonds de la Stigmatisation

Le silence et la gêne qui entourent les règles ne sont pas de simples désagréments. Ils tissent une toile d’impacts négatifs qui s’étendent bien au-delà de l’inconfort passager, affectant profondément la santé mentale, la situation économique, les dynamiques sociales et même notre environnement. Prendre la mesure de ces conséquences est indispensable pour comprendre l’urgence d’agir.

L’Épée de Damoclès sur la Santé Mentale

L’un des impacts les plus insidieux et pourtant les moins discutés de la stigmatisation des règles concerne la santé mentale. Vivre ses règles dans une société qui les considère encore comme un sujet tabou peut générer un fardeau psychologique considérable. L’anxiété et le stress sont des compagnons fréquents pour de nombreuses personnes réglées. La peur constante de la fuite, la crainte d’une tache visible sur un vêtement, l’appréhension du jugement ou des moqueries si l’on doit s’absenter ou si l’on semble moins performante… tout cela crée un état de vigilance permanent, épuisant nerveusement. Cette angoisse peut être particulièrement aiguë à l’adolescence, période de grande vulnérabilité, mais elle perdure souvent à l’âge adulte, notamment dans le contexte professionnel où l’image de soi est constamment en jeu.

La honte et la baisse de l’estime de soi ont également des conséquences directes. Lorsque la société renvoie l’image que quelque chose d’aussi naturel que les règles est sale ou doit être caché, il est difficile de ne pas intérioriser ces messages. Beaucoup de personnes développent un rapport compliqué à leur propre corps, se sentant « impures » ou « anormales » pendant leurs règles. Cette honte peut miner la confiance en soi et affecter la manière dont on interagit avec les autres et dont on se perçoit.

Plus grave encore, le tabou entourant les menstruations rend extrêmement difficile la communication autour des douleurs et des problèmes gynécologiques. Des millions de personnes souffrent de douleurs menstruelles invalidantes, de Syndrome Prémenstruel (SPM) sévère, ou de maladies chroniques comme l’endométriose. Pourtant, la peur d’être jugée, de ne pas être prise au sérieux (« c’est normal d’avoir mal », « tu exagères »), ou simplement la gêne d’aborder un sujet intime, empêchent souvent de chercher de l’aide, de consulter un professionnel de santé ou même d’en parler à ses proches. Ce silence peut entraîner des retards de diagnostic dramatiques, des souffrances inutiles et un sentiment d’isolement profond. On se sent seule face à sa douleur, incomprise, parfois même coupable de ne pas « gérer » comme il le faudrait.

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Les Conséquences Économiques : Un Coût Invisible Mais Réel

La stigmatisation des règles ne se contente pas d’affecter le bien-être psychologique ; elle a également des conséquences économiques tangibles, souvent sous-estimées ou invisibilisées. Ces impacts financiers pèsent de manière disproportionnée sur les personnes menstruées et, par ricochet, sur l’ensemble de la société.

La manifestation la plus directe et la plus discutée est la précarité menstruelle. En France, selon les données de Règles Élémentaires (Baromètre 2023), près de 4 millions de femmes sont concernées par la précarité menstruelle, soit une augmentation alarmante par rapport aux années précédentes (2 millions en 2021). Cela signifie que des millions de personnes n’ont pas les moyens financiers suffisants pour se procurer régulièrement des protections périodiques en quantité adéquate. Elles sont alors contraintes d’utiliser des solutions de fortune (papier toilette, tissus usagés, etc.), de porter des protections plus longtemps que recommandé, ou de choisir entre acheter des protections et subvenir à d’autres besoins essentiels comme l’alimentation. Cette situation indigne a des répercussions directes sur la santé (risques d’infections), la dignité et la participation à la vie sociale et éducative.

Au-delà de la précarité, le coût des protections périodiques représente une charge financière spécifique et contrainte pour toutes les personnes qui ont leurs règles, quels que soient leurs revenus. Sur toute une vie fertile, cette dépense s’accumule et constitue une inégalité économique de fait par rapport aux personnes qui n’ont pas de règles. Cet aspect est d’autant plus problématique qu’il s’inscrit souvent dans un contexte d’inégalités salariales persistantes entre les femmes et les hommes. Les règles ajoutent une couche d’inégalités à un « millefeuille existant ».

La stigmatisation a aussi un impact sur la productivité et l’absentéisme au travail et à l’école. Les douleurs menstruelles, lorsqu’elles ne sont pas reconnues ou prises en charge, peuvent rendre la concentration difficile, voire impossible. La peur de la fuite, le manque d’accès à des sanitaires adéquats ou à des protections en cas d’oubli peuvent générer un stress qui nuit à la performance. Certaines personnes sont contraintes de s’absenter, parfois sans oser en donner la véritable raison par crainte du jugement ou de l’incompréhension. Ces absences, ou cette baisse de productivité « cachée », ont un coût pour les entreprises et pour l’économie en général, un coût qui pourrait être largement diminué par une meilleure prise en compte des besoins liés aux menstruations.

Enfin, dans de nombreuses régions du monde, et parfois même en France dans des contextes de grande précarité, le manque d’accès à des protections et la stigmatisation des règles constituent un frein majeur à l’éducation des jeunes filles. L’absentéisme scolaire lié aux règles, par manque de produits ou par peur des moqueries, peut entraîner un décrochage et limiter les opportunités futures de ces jeunes. 130 000 collégiennes et lycéennes sont concernées chaque mois par l’absentéisme scolaire en France pour ces raisons, un chiffre qui interpelle sur l’urgence d’agir également dans le milieu éducatif.

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Les Conséquences Sociales : Entrave à l’Égalité et Isolement

Au-delà des impacts individuels sur la santé mentale et la situation économique, la stigmatisation des règles tisse une toile de conséquences sociales qui affectent la dynamique collective et freinent la marche vers une véritable égalité.

L’un des effets les plus manifestes est l’entrave à l’égalité des genres. En maintenant les règles dans la sphère du tabou, du caché, voire du honteux, la société perpétue une forme de discrimination qui pèse spécifiquement sur les personnes réglées. Cela renforce l’idée que certains aspects du corps sont problématiques ou moins « nobles » que d’autres. Ce fardeau invisible contribue à maintenir des déséquilibres et à légitimer, insidieusement, des inégalités de traitement dans d’autres domaines.

La peur de la fuite, l’inconfort lié aux douleurs, ou simplement la gêne d’avoir ses règles peuvent conduire certaines personnes à s’isoler ou à renoncer à des moments de convivialité et d’épanouissement. Cette auto-restriction, bien que compréhensible dans un contexte de tabou, appauvrit la vie sociale et peut renforcer un sentiment de différence ou d’exclusion.

De plus, le manque de dialogue ouvert sur les règles crée des difficultés de communication et d’incompréhension au sein des familles, des couples, et même entre collègues. Comment expliquer sereinement à son partenaire, à ses enfants (garçons comme filles), ou à un collègue masculin ce que l’on vit si le sujet est d’emblée considéré comme gênant ou inapproprié ? Ce silence nourrit les malentendus, les idées reçues et peut empêcher la mise en place d’un soutien adéquat de la part de l’entourage. Il est pourtant essentiel que chacun et chacune puisse comprendre ce phénomène naturel pour mieux accompagner les personnes concernées et déconstruire les préjugés.

Enfin, la stigmatisation des règles peut avoir des répercussions sur la manière dont les politiques publiques et les entreprises abordent la question. Si le sujet reste tabou, il est plus difficile de faire émerger des revendications légitimes pour un meilleur accès aux protections périodiques, pour une meilleure prise en charge des douleurs menstruelles, ou pour une adaptation des conditions de travail. Le silence collectif freine la prise de conscience et donc l’action politique et organisationnelle. Heureusement, des voix s’élèvent de plus en plus pour changer cela, mais le poids des représentations sociales négatives reste un obstacle important.

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Les Conséquences Environnementales : Un Tabou Qui Pèse Sur la Planète

Si les impacts sociaux, économiques et psychologiques de la stigmatisation des règles sont de plus en plus documentés, ses conséquences environnementales restent parfois dans l’ombre. Pourtant, le tabou qui empêche de parler ouvertement des menstruations a aussi un coût écologique non négligeable, principalement lié à la production, à l’utilisation et à l’élimination des protections périodiques conventionnelles.

Le silence entourant les règles a longtemps freiné les discussions sur la composition des protections périodiques que des milliards de personnes utilisent chaque mois. Pendant des décennies, la priorité a été donnée à la discrétion et à l’efficacité, sans que la question des matériaux utilisés et de leur impact sur l’environnement ne soit réellement soulevée publiquement. Or, une grande majorité des tampons et serviettes jetables conventionnels contiennent des matières plastiques (polypropylène, polyéthylène, etc.), des polymères super-absorbants (SAP), des parfums et des agents blanchissants comme le chlore. La charte éditoriale de Marguerite & Cie rappelle d’ailleurs que la marque Natracare, partenaire de l’entreprise, considère que les protections périodiques peuvent contenir jusqu’à 90% de plastique. Un chiffre alarmant quand on sait que, selon Planétoscope, 45 milliards de serviettes sont jetées chaque année dans le monde.

Cette utilisation massive de protections jetables contenant du plastique a des répercussions directes sur notre environnement. Une fois utilisées, ces protections deviennent des déchets qui mettent des centaines d’années à se dégrader. Jetées dans les toilettes (une pratique encore trop courante malgré les interdictions), elles contribuent à la pollution des systèmes d’assainissement et des milieux aquatiques. Surfrider Foundation Europe, citée dans notre article sur le plastique dans les protections périodiques, recense régulièrement des milliers de tampons et d’applicateurs sur les plages européennes. Ces déchets plastiques menacent la faune marine, qui peut les ingérer ou s’y emmêler, et se fragmentent en microplastiques qui contaminent durablement les écosystèmes et la chaîne alimentaire.

La production de ces protections conventionnelles est également source de pollution. La culture du coton non biologique, souvent utilisé dans leur fabrication, requiert d’importantes quantités d’eau et de pesticides. Les processus de transformation et de blanchiment des matériaux peuvent aussi être énergivores et générer des effluents polluants. Le tabou des règles, en limitant la demande pour des alternatives plus écologiques et transparentes, a indirectement soutenu ce modèle de production peu respectueux de l’environnement.

Heureusement, une prise de conscience émerge. Le lien entre la stigmatisation des règles et l’impact environnemental des protections devient plus clair. Lever le tabou, c’est aussi pouvoir exiger plus de transparence sur la composition des produits que nous utilisons au contact de notre intimité, et c’est pouvoir choisir des options plus écologiques : protections réutilisables (coupes menstruelles, culottes et serviettes lavables) ou protections jetables fabriquées à partir de matériaux biodégradables et biologiques, sans plastique ni produits chimiques nocifs. Marguerite & Cie, en s’associant à Natracare et en promouvant des produits sains, s’inscrit dans cette démarche. Parler ouvertement des règles, c’est donc aussi parler de notre responsabilité collective envers la planète. C’est reconnaître que nos choix de consommation, même les plus intimes, ont un impact, et que nous avons le pouvoir de choisir des solutions plus respectueuses de notre corps et de l’environnement.

Le Langage Codé : Symptôme d'un Tabou Persistant

Dans le langage courant, il est rare que le mot « règles » soit utilisé. On parle des ragnagnas, on dit que les Anglais ont débarqué, que c’est les chutes du Niagara, qu’on est dans la zone rouge, que le nez du clown saigne… tout un tas d’expression qui invisibilise les règles. Il existe 5000 expressions différentes dans le monde pour ne pas dire règles. C’est comme les pubs avec le liquide bleu à la place du sang sur les serviettes hygiéniques. Il a fallu attendre 2018 pour qu’une marque s’autorise à montrer un liquide rouge.

Depuis que j'ai mes règles, on m'a appris à ne surtout pas en faire mention, surtout pour les hommes. Je milite pour que cesse le tabou. Les règles, parlons-en !

Quand j’allais aux toilettes effectuer le changement d’identité de mes protections, je les cachais dans ma manche ou dans mes poches pour que personne ne sache ce que j’allais faire. Comme si je commettais un crime. Lorsqu’on parlait ragnagna avec mes copines, on employait toujours un langage codé, comme ce petit mot ridicule que je viens de citer ou encore « semaine rouge » et le classique « t’as tes trucs ? ». Le mot « règles » c’est un peu comme le mot « noir », c’est un gros mot.

Parler de ses règles ? Aujourd’hui, j’ai 22 ans et je n’ai encore jamais parlé ouvertement de mes règles avec mes grands frères par exemple, je pense que ça les gênerait. Quand c’est le ramadan et que je suis indisposée, que je ne peux pas jeûner, je fais des missions pas possible pour aller manger dans la cuisine sans être prise, ou alors ma mère dit que je suis « malade » pour justifier le fait que je ne jeûne pas et éviter de parler de ce sujet si tabou que sont les règles. C’est pas méchant en soi, c’est juste pour éviter le malaise.

Avec du recul, en lisant des revues féministes et en m’instruisant sur le sujet, j’ai capté que j’avais été aliénée par la société qui considère que les règles sont impures et qu’il fallait protéger la sensibilité des garçons à tout prix, parce que vous comprenez, c’est trop degueuuuu les règles.

L’Éducation : Un Pilier Essentiel pour Briser le Tabou

A l'occasion de la journée de l'hygiène menstruelle, le 28 mai, l'association "Règles élémentaires" lance son premier festival "Sang gène" pour déconstruire les tabous autour de la question des règles. Une action qu'elle mène toute l'année dans les établissements scolaires.

Pour déconstruire ces tabous et idées reçues, elle va donc reprendre les choses à la base en commençant par expliquer comment fonctionne le cycle féminin. Elle va aussi les faire réfléchir à la notion de tabou en constatant par exemple que dans le langage courant, il est rare que le mot "règles" soit utilisé. L'animatrice de Règles élémentaires fait circuler les différentes protections qui existent actuellement dans le commerce, serviettes hygiéniques jetables, tampon avec ou sans applicateur, cup menstruelle et culotte de règles. Elle rappelle que les trois premiers ne doivent pas être utilisés plus de 4 heures alors que la dernière peut être gardée toute la journée, jusqu'à 12 heures d'affilées.

Florence Lépine donne aussi des repères chiffrés aux jeunes qui sont face à elle : 12,5 ans, l'âge moyen des premières règles pour les jeunes filles en France, 5 jours pour la durée moyenne des règles, 51 ans, l'âge moyen de la ménopause. 2250 jours de règles dans la vie d'une femme. L'équivalent d'une tasse à café de sang perdu par cycle. 45 millions de déchets de protections périodiques produits chaque année. 500 millions de femmes dans le monde qui n'ont pas les moyens de se procurer régulièrement ces protections et qui les remplacent par des torchons, du papier toilette, de la paille ou des bouteilles en plastique coupées en guise de cup. En France, chaque année, 130 000 élèves ratent les cours à cause de leurs règles.

Le message porté par Règles élémentaires passe d'autant mieux qu'il est concret pour ces jeunes. Vient enfin la séance de questions anonymes. De nouveaux sujets apparaissent, comme celui de la couleur des règles, de la normalité du cycle et, comme à chaque atelier, de la sexualité pendant les règles. Florence Lépine répond aux questions et rassure.

Stop de séparer la classe en deux pour parler des règles aux collégiens (dans un premier temps au moins), les garçons aussi doivent savoir ce que c’est et ça éviterait probablement les moqueries qu’on se tape en milieu scolaire.

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