Loading...

Fécondation In Vitro (FIV) : Quels sont les risques pour l'enfant ?

La fécondation in vitro (FIV) est une technique de procréation médicalement assistée (PMA) qui a permis à des millions de couples infertiles de concevoir un enfant. Louise Brown, le premier enfant conçu par FIV, est née en 1978, et depuis, plus de 8 millions d'enfants sont nés grâce à cette technique. En France, environ 3 % des naissances sont issues de la FIV.

Cependant, des questions subsistent quant aux risques potentiels pour la santé des enfants conçus par FIV. De nombreuses études se sont penchées sur cette question, et bien que certains troubles aient été observés, aucun ne semble prédominer.

Évolution des techniques de FIV

Depuis 1978, les techniques de FIV ont considérablement évolué. L'introduction de l'ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes) en 1992 a permis de traiter l'infertilité masculine en injectant directement un spermatozoïde dans l'ovocyte. La vitrification, une méthode de congélation embryonnaire, s'est avérée très efficace et a conduit à une réduction du nombre d'embryons transférés. En 2019, 60 % des transferts ont été effectués avec un seul embryon, ce qui a permis de diminuer de moitié le taux de naissances multiples par rapport à 2007.

Risques potentiels pour la santé des enfants

Dès le début de l'utilisation de la FIV, les équipes médicales se sont préoccupées du devenir des enfants conçus par cette technique. De nombreuses études ont été menées dans le monde entier pour évaluer les conséquences potentielles sur leur santé.

Croissance et métabolisme

Une croissance staturo-pondérale légèrement plus faible a parfois été observée chez les enfants conçus par FIV au cours des premiers mois, mais cette différence tend à s'estomper avec le temps. Des études sur les marqueurs cliniques (adiposité) et biologiques des fonctions métaboliques sont plutôt rassurantes.

Lire aussi: Grand-père maternel : un pilier familial

Système cardiovasculaire

Plusieurs études suggèrent que les enfants et jeunes adultes nés de FIV ou d'ICSI présentent un risque modéré d'hypertension artérielle et une fonction endothéliale vasculaire altérée. Des chercheurs chinois ont confirmé une "augmentation mineure mais statistiquement significative de la pression artérielle systolique et diastolique". L’augmentation de la pression artérielle chez l’enfant pourrait engendrer plus tard de l’hypertension artérielle et donc plus de maladies cardiovasculaires, car le cœur est plus fatigué. Le stress oxydant pourrait être induit par les manipulations des gamètes et de l’embryon lors de la FIV/ICSI, ou plus simplement, viendrait des parents (infertilité, âge avancé, obésité, hygiène de vie). Au sujet de ce risque cardiovasculaire qualifié de « modéré », l’Académie Nationale de Médecine s’interroge sur « un suivi précoce préventif avec des mesures d’hygiène et diététiques adaptées » et rappelle l’importance d’avoir plus d’études sur le sujet.

Anomalies épigénétiques

Une prévalence anormalement élevée de conceptions par FIV a été observée chez les enfants présentant un syndrome de croissance excessive tel que le syndrome de Beckwith-Wiedemann et son miroir clinique, le syndrome de Silver-Russell, tous deux liés à des anomalies épigénétiques et/ou d'empreinte génomique. Il est actuellement difficile de déterminer si ces anomalies sont liées aux procédures de l'AMP ou à l'état de santé des parents.

Développement neurologique et cognitif

La conception par FIV ou ICSI ne semble pas avoir d'effet délétère sur le développement neurologique et cognitif des enfants. Certains des troubles décrits sont plutôt associés aux grossesses multiples et à la prématurité. L’Académie Nationale de la Médecine conclut que la conception par FIV ou par ICSI ne semble pas avoir d’effet négatif sur le neurodéveloppement, hormis bien entendu les séquelles dues à la prématurité.

Fertilité

Il est encore trop tôt pour apprécier précisément les conséquences de l'AMP sur la fertilité des jeunes adultes. Une étude a révélé que les garçons nés d’une FIV-ICSI présentent des troubles de la fertilité, similaires à ceux de leur père. Cette étude a porté sur la première génération de garçons nés grâce à la FIV-ICSI suite à des troubles de fertilité masculine. Si de précédentes études avaient mis en évidence un développement pubertaire normal à l’adolescence, il semble qu’à l’âge adulte, ces hommes aient hérité de l’infertilité de leur père. La transmission de l’infertilité masculine lors d’une FIV-ICSI ne concerne donc qu’une partie des couples ayant recours à cette technique. La méthode de fécondation elle-même ne semble pas être en cause, la plupart des études ne trouvant pas de différence entre la FIV standard et l'ICSI.

Autres facteurs de risque

Les traitements hormonaux utilisés pour la FIV, les conditions de culture embryonnaire et la congélation des embryons sont plus souvent suspectés d'être à l'origine des troubles observés. Les risques de stress auxquels un embryon peut être exposé in vitro, avant son transfert dans l'utérus, sont nombreux et susceptibles d'avoir des effets à long terme. La période périconceptionnelle est marquée par une série d'événements épigénétiques touchant les gamètes et les embryons, dont la dérégulation peut entraîner des perturbations du développement.

Lire aussi: L'identité musicale de Shaka Ponk

Des études suggèrent que les couples infertiles sont plus à risque d'avoir des enfants présentant des altérations de santé, qu'il s'agisse de troubles métaboliques, pulmonaires, cardiovasculaires ou autres, pouvant être transmis à leurs enfants. D'autres facteurs environnementaux agissant pendant la période périconceptionnelle sont aussi parfois évoqués.

Cancers pédiatriques

Les études publiées à ce jour n’ont pas trouvé de différence du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement. Une large étude est en cours en France pour mesurer la survenue de cancers chez les enfants conçus par FIV et spécifiquement pour étudier la différence entre les embryons issus d’un transfert d’embryons congelé ou frais.

Importance des études épidémiologiques

En France, l'Agence de la biomédecine (ABM) a pour mission d'évaluer les conséquences éventuelles de l'AMP sur la santé des personnes qui y ont recours et sur celle des enfants qui en sont issus. Des études épidémiologiques sont en cours pour évaluer l'incidence de pathologies spécifiques, comme les cancers pédiatriques.

Âge parental et FIV

L’effet de l’âge de la femme sur la fertilité et la reproduction est connu depuis bien longtemps, l’impact de l’âge de l’homme a été, jusqu’à récemment, négligé. Certaines études ont montré que l’âge de l’homme diminue le volume du sperme, de la mobilité des spermatozoïdes, du pourcentage de formes normales et de façon moindre de la concentration des spermatozoïdes. Ça a en conséquence un impact considérable sur la fertilité masculine et la reproduction. Dans la population générale, plusieurs publications ont montré que l’impact de l’âge de l’homme sur la fertilité du couple pouvait se traduire par un allongement du délai moyen de conception au-delà d’un âge paternel de 40 ans. Une autre étude portant sur plus de 21000 cycles d’inséminations intra-utérines a montré que le risque de FCS est augmenté de près de 2 fois lorsque les hommes sont âgés de 45 ans et plus par rapport aux hommes de moins de 35 ans, après ajustement sur l’âge maternel. Au-delà de l’impact de l’âge de l’homme sur la fertilité, l’âge paternel aurait un impact sur la santé de sa descendance. Ces observations posent la question de la qualité du génome du spermatozoïde vieillissant. Rappelons que chez l’homme, la formation des gamètes est continue à partir de la puberté. Les spermatogonies (cellules germinales primordiales) entrent en division cellulaire tous les 16 jours environ, soit 23 cycles par an. Si aucun seuil critique pour l’âge paternel n’a été clairement identifié, les risques semblent modérés entre 40 et 50 ans et plus importants au-delà de 50 ans.

Conclusion

Les enfants conçus par FIV peuvent être atteints de troubles de la santé et de pathologies les plus diverses, sans qu'un type particulier ne domine particulièrement. Leur incidence est relativement modérée et, quand la différence est significative, elle n'est pas beaucoup plus importante que chez les enfants conçus naturellement.

Lire aussi: Le drame des enfants tués par leur père

Les recherches devraient s'attacher à préciser la responsabilité des différentes procédures utilisées et leurs mécanismes d'action. Quoi qu'il en soit, les recherches menées sur cette population particulière d'enfants permettront de mieux connaître les conséquences à moyen et long termes des événements se produisant autour de la conception. Il est essentiel d'accorder les moyens nécessaires à l'Agence de la biomédecine pour qu'elle puisse accomplir sa mission d'évaluation des conséquences de l'AMP sur la santé des enfants qui en sont issus.

Globalement, les résultats sont plutôt rassurants car l’incidence de pathologies quelles qu’elles soient est relativement modérée par rapport aux enfants conçus naturellement. D’ailleurs, l’Académie Nationale de la Médecine rappelle dans son rapport que l’augmentation modérée de certains troubles viennent peut-être du fait que les chercheurs « sur-analysent » les enfants nés de FIV. De plus, on a de cesse de répéter qu’en matière de fertilité comme de santé, plusieurs facteurs entrent en compte.

tags: #de #pere #en #fiv #risques

Articles populaires:

Share: