L'insémination artificielle (IA) est une technique de procréation médicalement assistée (PMA) qui consiste à introduire artificiellement du sperme dans l'utérus d'une femme afin de provoquer une grossesse. Bien que largement pratiquée de nos jours, son histoire est riche et complexe, marquée par des avancées scientifiques, des débats éthiques et des évolutions sociétales. Cet article explore l'histoire de l'insémination artificielle, en mettant en lumière ses origines, son développement, ses controverses et son impact sur la société.
Les Prémices de l'Insémination Artificielle
L'histoire de l'insémination artificielle remonte à plusieurs siècles. Les premières tentatives documentées remontent au XVIIIe siècle. Sir Everard Home publia les travaux de Hunter en 1799. Thouret, doyen de la faculté de médecine de Paris, publie en 1803 son livre Application sur l'espèce humaine des expériences faites par Spallanzani sur quelques animaux. Le modèle de référence est donc l'insémination artificielle d'une chienne, réalisée par Spallanzani en 1780 alors que le cas d'insémination artificielle humaine relaté par Home en 1799 concerne la réussite d'une tentative en 1776.
C'est Sir Everard Home qui publia les travaux de Hunter en 1799. Thouret, doyen de la faculté de médecine de Paris, publie en 1803 son livre Application sur l'espèce humaine des expériences faites par Spallanzani sur quelques animaux. Le modèle de référence est donc l'insémination artificielle d'une chienne, réalisée par Spallanzani en 1780 alors que le cas d'insémination artificielle humaine relaté par Home en 1799 concerne la réussite d'une tentative en 1776.
Le XIXe Siècle : Progrès et Discrétion
Au XIXe siècle, l'insémination artificielle a connu des progrès significatifs, bien que les pratiques restaient discrètes et souvent entourées de secret. Il s'agit des plis cachetés déposés par Serre en 1847, Baumers en 1852, Tessier en 1861 et Dehaut en 1865 ; cf. Didier David, « Les débuts de l'insémination artificielle au xixe siècle : à propos de quatre plis cachetés », La vie des sciences. Comptes rendus, 1987, n° 4, p. 449-458. X… « Troisième exemple de fécondation artificielle », La réforme Médicale, 29 septembre 1867. C'est le docteur Nicolas qui utilise, en 1828 à Nancy, l'insémination artificielle pour une femme frigide. C'est le docteur Gigon qui est le premier à réaliser des inséminations intra-utérines et non plus seulement intra-vaginales.
Plusieurs médecins ont contribué à l'avancement de la technique. On peut citer, par exemple, les contributions de Jacques Gelis, La sage-femme ou le médecin : une nouvelle conception de la vie, Paris, éd. Fayard, 1988, 560 p. ; Yvonne Knibiehler, Histoires des mères, Paris, éd. Montalba, collection Pluriel, 1977, 356 p. ; Yvonne Knibiehler, La femme et les médecins, Paris, éd. Hachette, 1983, 329 p. ; Yvonne Knibiehler, « Femmes et médecins, regards sur l'histoire » in L'ovaire-dose ? Actes du colloque des 3-4 décembre 1988, organisé par le Mouvement Français pour le Planning Familial, Paris, éd. Syros, 1989, p. 297-310 ; et de Danièle Carricaburu, « Les sages-femmes face à l'innovation » in Les métiers de la santé, ouvrage collectif sous la direction de Aïach P., Fassin D„ Paris, éd. Anthropos, 1994, p. 281-308. Il s'agit du livre Clinical notes on uterine surgery, with special reference to the management of the sterile condition, Londres, ed. Hardwicke, 1866. Ces inséminations aboutirent à dix grossesses dont une gémellaire. Ces résultats furent publiés dans son Étude sur la génération artificielle dans l'espèce humaine aux éditions « Abeille Médicale ». Ce qui permet d'identifier a posteriori la publication anonyme de son père de 1867. Cité par D. David, op. cit., 1984, p. 9.
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Un couple, abusé par la publicité sur la guérison infaillible de la stérilité, faite par le docteur Lejatre, refusa de payer les honoraires exigés après échec de la tentative. Le praticien s'adressa aux tribunaux pour réclamer ses honoraires. Le Tribunal débouta le médecin et le condamna pour violation du secret professionnel à reverser une amende de 1 500 F. Ainsi par exemple, ce billet d'Alphonse Allais mettant en cause les membres du jury ayant refusé la thèse du docteur Gérard : « en cette affaire de fécondation artificielle, lui et ses collègues se sont mis dans l'œil un doigt grand comme celui de la Providence » [cité par D. David (1984)]. La nouvelle Le faiseur d'hommes (Rambaud et Laforest, Paris, 1884, éd. Marpon et Flammarion) fut encouragée par Georges Barrai, ami dévoué et élève de Claude Bernard, à la suite d'une conversation avec ce dernier qui estimait que les ressources littéraires pourraient être utilisées pour faire accepter au public le progrès scientifique. Cette nouvelle, dédicacée à Claude Bernard et préfacée par Georges Barrai, trace le portrait du docteur Gérard et prend, bien entendu, parti pour la méthode d'insémination artificielle.Le lendemain de la deuxième soutenance, la thèse du docteur Gérard fut publiée et reçut un accueil extraordinaire : il fallut procéder à une réimpression pour satisfaire les demandes et il ne resta que six exemplaires des cent-vingt mille de cette édition, conservés pour des occasions particulières. Cité par D. David, op. cit., 1984.
Le XXe Siècle : Démocratisation et Enjeux Éthiques
Le XXe siècle a été témoin d'une démocratisation progressive de l'insémination artificielle, ainsi que de l'émergence de nouveaux enjeux éthiques liés à son utilisation.
Alors que resurgit le débat sur l’assistance médicale à la procréation dans ses aspects éthiques et légaux, l’histoire de la prise en charge de la stérilité et des technologies reproductives reste, elle, peu connue. Le Cecos a été créé en 1973 pour apporter une réponse aux couples dont la stérilité conjugale est d’origine masculine. “En 1970 la reproduction était encore considérée comme un sanctuaire, on n’était pas encore complètement sorti du XIXe siècle. D’où l’inquiétude du directeur de Bicêtre quand je lui avais annoncé que j’allais monter un laboratoire s’occupant du sperme”, explique Georges David, aujourd’hui membre de l’Académie nationale de médecine. “Comment obtient-on le sperme ?” m’avait-il demandé ! Je lui avais répondu qu’on n’avait encore rien inventé de plus efficace que la masturbation. Les formes prises en France par le don de gamètes et par les technologies de PMA en général ont été soumises à toutes sortes de questionnements sur la morale sexuelle sous-jacente, sur les risques liés à la manipulation du vivant ou sur les bouleversements introduits dans l’ordre de la filiation. Mais la restitution de l’histoire sociale, institutionnelle et matérielle a été relativement négligée. L’IA (insémination artificielle) comme l’IAD (insémination artificielle avec don de sperme) figurent de toute évidence au répertoire de certains médecins bien avant les années 1970. En cas d’infertilité masculine absolue, le recours à un tiers donneur, qui peut s’effectuer artisanalement sans grande compétence médicale, se pratique aussi bien dans le secret de certains cabinets privés que dans des services hospitaliers. Le fonctionnement adopté par les Cecos ne se comprend que rapporté à ce contexte. Cherchant d’abord à mettre fin aux arrangements clandestins, les Cecos se positionnent également contre des pratiques d’IAD non dissimulées mais encore fondées sur la rémunération des donneurs, telles que les propose la “spermiothèque” d’Albert Netter à l’hôpital Necker à Paris. Georges David, quant à lui, a introduit le non-paiement des donneurs de sperme, en s’inspirant du modèle du don de sang. “J’ai transposé le modèle du don de sang au don de sperme en imposant la gratuité et l’anonymat du don, explique-t-il. J’y ai associé la notion du don de couple à couple, c’est-à-dire d’un couple fécond à un couple infécond. Le seul accord d’un donneur ne suffisait pas. Encore devait-il répondre à une exigence de situation maritale comportant l’accord de la conjointe. Quant à la receveuse, elle devait également être en couple. Pourquoi cette double exigence ? Premièrement, parce que je souhaitais éviter une situation dont j’avais pris conscience au cours de mes réflexions préparatoires, qui reposaient sur les échanges que j’avais pu avoir avec des donneurs rétribués. C’étaient de jeunes hommes le plus souvent, célibataires sans enfants. J’avais constaté à maintes reprises que, lorsque par la suite ils se mariaient, ils ne révélaient pas à leur épouse cette situation d’ancien donneur. Symétriquement, il allait de soi que la femme profitant de ce don devait elle-même être assurée de l’accord de son conjoint. On sortait ainsi d’une situation trouble pour entrer dans un cadre plus formalisé. Quand l’examen biologique du sperme du donneur était satisfaisant, un examen génétique était pratiqué avec la réalisation d’un caryotype. “On s’intéressait au nombre de chromosomes, à leur longueur, à leurs caractéristiques morphologiques. Ce qu’on recherchait, c’étaient surtout des cassures, des gros manques, des choses assez grossières”, raconte Georges David. “On appliquait à l’époque les connaissances les plus avancées dans le domaine. On commençait à connaître quelques maladies héréditaires, et nous avions le souci de ne pas transmettre une affection lourde par le sperme d’un donneur. Parallèlement à l’analyse cytogénétique, nous menions une enquête généalogique sur les pathologies familiales et leurs risques de transmission”. Le couple ne pouvait pas choisir le donneur ou ses caractéristiques. “En revanche, nous devions procéder à des appariements du donneur et du couple en fonction de critères d’apparence physique. Concernant le débat sur la levé de l’anonymat, le Pr David estime que “il va de soi que la naissance d’un enfant dans un couple homosexuel féminin posera légitimement la question du procréateur ; il y aura une ouverture… On demandera révélation du nom du donneur. Cela constituera une brèche dans ce que j’appelle le socle du don, comme échange de produits humains. Dans le Code civil et le Code de la santé publique, il est bien dit que l’identité du donneur et du couple receveur ne peut être divulguée. Mais il y a déjà des associations très actives qui font pression pour la levée de l’anonymat, présenté comme une mutilation. Une telle levée de l’anonymat entraînerait un nouveau statut du sang… pardon, du sperme, et ouvrirait la voie à la marchandisation….. Il y a dans de nombreux pays des banques de sperme qui vendent des gamètes sur catalogue.
L'Insémination Artificielle avec Donneur (IAD)
L'insémination artificielle avec donneur (IAD) a permis à de nombreux couples confrontés à l'infertilité masculine de réaliser leur désir d'enfant. Cependant, elle a également soulevé des questions complexes concernant l'anonymat des donneurs, les droits des enfants nés de cette technique et la définition de la famille.
L'Impact Sociétal et les Perspectives d'Avenir
L'insémination artificielle a profondément transformé la procréation et la conception de la famille. Elle a offert de nouvelles possibilités aux couples infertiles, aux femmes célibataires et aux couples de même sexe désireux d'avoir des enfants. Cependant, elle a également suscité des débats éthiques et sociétaux importants, notamment en ce qui concerne l'accès à ces techniques, la filiation et l'identité des enfants nés de PMA.
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Alors que la science continue de progresser, l'insémination artificielle et les autres techniques de PMA devraient continuer à évoluer, offrant de nouvelles solutions aux problèmes d'infertilité et ouvrant de nouvelles perspectives pour la procréation. Cependant, il est essentiel de poursuivre la réflexion éthique et sociétale afin de garantir que ces technologies soient utilisées de manière responsable et équitable, dans le respect des droits et du bien-être de toutes les personnes concernées.
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