L'arrêt cardiaque inopiné représente une urgence médicale absolue, grevée d'une mortalité estimée autour de 90%. Bien que touchant plus fréquemment les hommes d'âge moyen, il est crucial de comprendre les spécificités des crises cardiaques chez l'enfant. Cet article vise à éclaircir les différences entre crise cardiaque, arrêt cardiaque, arrêt cardio-respiratoire, malaise cardiaque et mort subite, tout en explorant les causes, les symptômes et les traitements des crises cardiaques infantiles.
Démystification des Termes Cardiaques
Il est essentiel de distinguer les différents termes pour mieux comprendre les enjeux liés aux problèmes cardiaques :
Malaise cardiaque : Un terme vague regroupant divers symptômes fonctionnels, tels que tachycardie, palpitations, oppression thoracique, céphalées, vertiges, troubles respiratoires ou angoisse. Un malaise peut s'accompagner d'un état léthargique ou pré-syncopal sans perte totale de conscience.
Crise cardiaque (infarctus du myocarde) : Survient lorsque l'obstruction d'une artère prive le myocarde (muscle cardiaque) de sang oxygéné, entraînant la mort des cellules musculaires.
Arrêt cardiaque : Une cessation soudaine de l'activité cardiaque, entraînant l'arrêt de la circulation sanguine.
Lire aussi: Coliques du nourrisson : astuces éprouvées pour calmer bébé
Arrêt cardio-respiratoire : L'arrêt simultané de la fonction cardiaque et respiratoire.
Mort subite : Un décès inattendu d'origine cardiaque, survenant rapidement après l'apparition des symptômes.
Causes des Crises et Arrêts Cardiaques chez l'Enfant
Contrairement aux adultes, les crises cardiaques chez l'enfant sont rarement dues à l'athérosclérose (accumulation de plaques dans les artères). Les causes sont souvent liées à :
Malformations cardiaques congénitales : Anomalies présentes dès la naissance, affectant la structure du cœur et sa fonction. Elles touchent 7 à 8 enfants pour 1000 naissances et peuvent consister en des communications anormales entre les cavités cardiaques, des rétrécissements des vaisseaux ou des valves, ou d'autres anomalies complexes.
Troubles du rythme cardiaque (arythmies) : Battements irréguliers, trop lents ou trop rapides, non liés à une cause physiologique (comme l'effort). Les arythmies peuvent fatiguer le cœur à long terme et entraîner des complications.
Lire aussi: Risques cardiaques après l'accouchement
Cardiomyopathies : Maladies affectant le muscle cardiaque lui-même.
Infections : Certaines infections virales peuvent affecter le cœur.
Causes neurologiques : Migraines et vertiges peuvent être à l'origine de malaises de type vagal.
Causes psychiatriques : Les attaques de panique peuvent simuler des problèmes cardiaques.
Symptômes et Diagnostic
La reconnaissance précoce des symptômes est cruciale pour une prise en charge rapide. Les symptômes peuvent varier, mais incluent souvent :
Lire aussi: Symptômes de la Panique Infantile
Douleur thoracique : Bien que moins fréquente que chez l'adulte, elle peut être présente.
Palpitations : Sensation de battements de cœur rapides ou irréguliers.
Essoufflement : Difficulté à respirer.
Malaise : Sensation générale de faiblesse ou d'inconfort.
Vertiges ou étourdissements : Peuvent aller jusqu'à la perte de connaissance (syncope).
Sueurs froides : Transpiration excessive.
Nausées ou vomissements : Surtout chez les filles.
Le diagnostic repose sur :
- Interrogatoire et examen clinique : Description précise du malaise, recherche d'anomalies cardiovasculaires (souffle, arythmie). La mesure de la FC et de la TA en décubitus et en orthostatisme peut orienter vers un mécanisme de dysrégulation orthostatique. Recherche de signes cliniques pouvant orienter vers une cause neurologique (hypertension intracrânienne, syndrome d’Arnold Chiari).
- Électrocardiogramme (ECG) : Enregistre l'activité électrique du cœur pour détecter les arythmies ou les signes d'ischémie. L’ECG est recommandé en cas de malaise dont la cause n’est pas évidente.
- Échocardiographie : Utilise des ultrasons pour visualiser la structure et la fonction du cœur.
- Autres examens : Test d'effort, Holter (enregistrement ECG sur 24 heures), imagerie cardiaque (IRM, scanner), étude électrophysiologique si nécessaire.
Traitement et Prise en Charge
La prise en charge d'une crise cardiaque chez l'enfant dépend de la cause sous-jacente. Elle peut inclure :
- Médicaments : Pour contrôler le rythme cardiaque, améliorer la fonction cardiaque ou traiter l'insuffisance cardiaque. Un traitement médicamenteux par l'AAS ou le clopidogrel est généralement donné pour prévenir la coagulation du sang. La prise d'autres médicaments comme des bêtabloquants ou inhibiteurs de l'ECA peut également être prescrite. Ces médicaments aident à alléger la charge de travail du cœur tout en facilitant la circulation du sang expulsé du cœur. Les médicaments contre le cholestérol sont également importants même si votre taux de cholestérol se situe dans une plage normale.
- Chirurgie : Pour corriger les malformations cardiaques congénitales.
- Ablation par cathéter : Pour traiter certaines arythmies.
- Réadaptation cardiaque : Programmes de réadaptation à l'intention des personnes souffrant d'une maladie cardiaque peuvent habituellement être entrepris à l'hôpital. Selon la gravité de la crise cardiaque, ils peuvent se poursuivre pendant des semaines ou des mois après le retour au domicile.
- Défibrillation : En cas d'arrêt cardiaque, l'utilisation d'un défibrillateur peut être nécessaire pour rétablir un rythme cardiaque normal.
En cas de malaise vaso-vagal (cause la plus fréquente de malaise chez l’enfant) : Le traitement préventif consiste à éviter les facteurs favorisants, à maintenir une bonne volémie (sel et boissons), à effectuer un reconditionnement physique, à proposer des collants de compression.
Prévention
Bien que toutes les causes ne soient pas évitables, certaines mesures peuvent réduire le risque de problèmes cardiaques chez l'enfant :
- Dépistage prénatal : Les échographies pendant la grossesse peuvent détecter certaines malformations cardiaques.
- Suivi médical régulier : Permet de détecter et de traiter précocement les problèmes cardiaques.
- Adoption d'un mode de vie sain : Alimentation équilibrée, activité physique régulière, et absence de tabagisme passif.
- Prévention des infections : Vaccination et hygiène rigoureuse.
Troubles du Rythme Cardiaque (Arythmies)
Les troubles du rythme cardiaque, ou « arythmies cardiaques », se caractérisent par l'existence de battements irréguliers, trop lents ou trop rapides, sans que ces modifications du rythme soient liées à une cause dite « physiologique » (par exemple, un effort physique). De gravité variable, ils sont fréquents, en particulier chez les personnes âgées.
Le cœur est un muscle creux composé de quatre cavités : les oreillettes gauche et droite, et les ventricules gauche et droit. Les contractions du muscle cardiaque se font sous l’action d’un influx électrique qui naît dans une zone située en haut de l’oreillette droite, appelée nœud sinusal (également nœud sino-atrial, sino-auriculaire ou de Keith & Flack). Spontanément, le nœud sinusal produit des décharges électriques, environ 100 par minute. L’activité électrique née du nœud sinusal et contrôlée par le nerf vagal est responsable de la contraction des oreillettes qui envoient ainsi le sang qu’elles contiennent dans les ventricules. Mais cette activité électrique ne s’arrête pas dans les oreillettes. Depuis ce nœud, l’activité électrique se propage dans les ventricules le long de fibres dites « de conduction » (ou « faisceau de His ») organisées en deux branches, l’une pour le ventricule gauche, l’autre pour le ventricule droit. Lorsque l’activité électrique parvient aux ventricules, ceux-ci se contractent et expulsent le sang qu’ils contiennent vers l’aorte (ventricule gauche) ou l’artère pulmonaire (ventricule droit).
Au repos, le cœur bat au rythme de 60 à 100 battements par minute chez les adultes et les enfants, et de 90 à 120 battements par minute chez un nourrisson. Au cours d’un effort physique, le système nerveux déclenche une accélération du rythme cardiaque afin que le débit du sang dans les organes soit suffisant pour apporter l’oxygène nécessaire à l’effort.
Dans la plupart des cas, les troubles du rythme cardiaque ne provoquent pas de symptômes perceptibles. Lorsqu’ils sont ressentis, ils se traduisent par une sensation de coups dans la poitrine ou d’emballement du cœur, voire de malaise avec sueurs soudaines et pâleur, pouvant aller jusqu’à une perte de connaissance temporaire, la syncope. Les palpitations ne sont pas considérées comme des troubles du rythme cardiaque au sens propre.
Des complications cardiaques : lorsqu’elles durent et ne sont pas prises en charge, les arythmies cardiaques finissent par fatiguer le cœur. À terme, une insuffisance cardiaque peut s’installer.
Des complications vasculaires : la mauvaise circulation du sang dans les cavités du cœur y favorise la formation de caillots. Des fragments de caillots peuvent se détacher et partir dans la circulation sanguine, provoquant des accidents vasculaires cérébraux (AVC), des troubles de la rétine ou des embolies pulmonaires (c’est ce qu’on appelle le « risque thrombo-embolique »).
Focus sur le Malaise Vaso-Vagal
Le malaise vaso-vagal est la cause la plus fréquente de malaise chez l’enfant. Le diagnostic est facile à porter quand il existe des prodromes, des circonstances favorisantes, des symptômes typiques.
Syndrome de Tachycardie Orthostatique Posturale (STOP)
Ce syndrome comporte une augmentation excessive de la FC (au moins 30 bpm) sans hypotension en position debout associée à de multiples symptômes qui s’améliorent en position allongée. L’âge de survenue est situé principalement entre 15 ans et 25 ans ; prédominance féminine (sex ratio 5 : 1) ; les symptômes sont riches : palpitations, lipothymies, tremblements, céphalées, nausées, flou visuel, faiblesse des jambes, etc…Il existe des facteurs favorisants : infection virale, déconditionnement physique, perturbations psychologiques (état anxieux, conversion, trouble somatoforme).
Tachycardie Sinusale Inappropriée (TSI)
Cette entité se manifeste par des signes fonctionnels associés à une tachycardie sinusale excessive (> 100/min) au repos ou lors d’exercices minimes non liée à l’orthostatisme ; les symptômes sont proches de ceux du STOP et surviennent surtout chez les adolescentes et les femmes jeunes.
Malaise de Cause Neurologique et Psychiatrique
Des pathologies neurologiques comme les migraines et les vertiges peuvent être la cause de malaises de type vagal. Les attaques de panique réalisent des épisodes de sensation de mort imminente avec anxiété majeure, oppression thoracique, palpitations, sueurs, tremblements, vision trouble, hyperventilation et paresthésies des extrémités.
L'importance du Bilan Cardiologique
Lorsqu’une cardiopathie est suspectée après la survenue de malaise, le bilan cardiologique comprend initialement : interrogatoire, examen clinique, ECG, échocardiographie. D’autres examens seront effectués si besoin : test d’effort, Holter de 24 h, imagerie cardiaque (scanner, IRM), étude électrophysiologique.
Insuffisance Cardiaque chez l'Enfant
Certains patients peuvent développer une insuffisance cardiaque juste après la naissance. Ceci résulte souvent d’une cardiopathie congénitale, qui peut impliquer des anomalies des échanges entre le côté gauche et le côté droit du cœur, parfois associées à des anomalies des valves. Ces patients peuvent être opérés du cœur très jeunes et nécessiter des traitements spéciaux. Ces patients ayant des besoins particuliers sont souvent appelés « enfant avec une cardiopathie congénitale ».
Crise Cardiaque (Infarctus du Myocarde)
L’infarctus du myocarde, ou crise cardiaque, correspond à la destruction d’une partie du muscle du cœur, quand celui-ci n’est plus suffisamment approvisionné en oxygène. Ce qui arrive lorsqu’une artère qui l’irrigue se bouche ou diminue brutalement de diamètre. Ceci se produit par exemple lorsqu’un fragment de plaque de graisses se détache de la paroi interne d’un vaisseau sanguin et vient obstruer une artère du cœur. Les cellules du myocarde privées d’oxygène meurent et la zone concernée, plus ou moins étendue, ne parvient plus à se contracter correctement.
Les symptômes de l’infarctus sont une douleur de la poitrine qui dure plus de 20 à 30 minutes. Elle irradie derrière le sternum, dans le dos, les épaules, la mâchoire, ainsi que dans le bras gauche. D'autres symptômes sont possibles : anxiété, sueurs, vertiges, essoufflement, par exemple. Chez les femmes, ces douleurs peuvent être localisées au niveau de l’estomac ou du ventre, ce qui est plus rare chez les hommes. Elles peuvent s’accompagner de nausées, de vomissements, ou de grande fatigue soudaine. Lors d’un second infarctus, les symptômes peuvent être différents. Il faut donc être vigilant à ce que l’on ressent et réagir le plus vite possible, quelles que soient l’intensité et la durée de la douleur. Le patient ou son entourage ne doit jamais hésiter à appeler le Samu (15 ou 112). Il arrive qu’un second infarctus s’annonce quelques jours ou quelques heures à l’avance : sensation de malaise, fatigue, nausées, problèmes de digestion, par exemple.
En France, chaque année, environ 100.000 personnes sont victimes d’un infarctus du myocarde. La gravité de l’atteinte du muscle cardiaque est évaluée grâce à divers examens médicaux : électrocardiogramme, échographie cardiaque, coronarographie, scintigraphie, par exemple. Un infarctus du myocarde expose à des complications potentiellement graves. Outre le décès en cas d’infarctus massif, l’altération du muscle cardiaque peut être à l’origine d’une insuffisance cardiaque, de troubles du rythme cardiaque ou d’un accident vasculaire cérébral.
Que Faire en Cas d'Arrêt Cardiaque ?
La rapidité d'intervention est cruciale. Voici les étapes à suivre :
- Appeler les secours (15 ou 112) : Indiquer clairement la situation et le lieu.
- Vérifier la respiration : Si la personne ne respire pas ou a des difficultés à respirer, commencer la réanimation cardio-pulmonaire (RCP).
- Réanimation cardio-pulmonaire (RCP) : Alterner compressions thoraciques (30 compressions au centre de la poitrine) et insufflations (2 insufflations). Continuer jusqu'à l'arrivée des secours.
- Utiliser un défibrillateur automatisé externe (DAE) : Si disponible, suivre les instructions vocales de l'appareil.
tags: #crise #cardiaque #enfant #causes #symptômes #traitement