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Crise d'Angoisse chez l'Enfant : Causes, Symptômes et Prise en Charge

L'enfance est une période de découvertes et d'apprentissages, mais elle peut aussi être source d'anxiété et d'angoisse pour certains enfants. Il est essentiel de comprendre les causes, les symptômes et les différentes approches de prise en charge des crises d'angoisse chez l'enfant afin de leur offrir le soutien nécessaire pour s'épanouir pleinement.

Anxiété Normale vs. Troubles Anxieux : Savoir Distinguer

L'anxiété est une réaction naturelle face à un danger perçu, agissant comme un signal d'alarme pour le corps. Elle se manifeste par un malaise diffus, une détresse, la sensation d'un danger imminent ou une peur parfois intense. L'anxiété est considérée comme normale à certaines étapes du développement de l'enfant, comme l'anxiété de séparation avant l'âge de 3 ans.

Cependant, l'anxiété devient pathologique lorsqu'elle perturbe le développement de l'enfant, pose des problèmes importants au quotidien ou lorsque les stratégies d'évitement prennent toute la place. On parle alors de "trouble anxieux". Les troubles anxieux regroupent différents types de troubles qui sont des manifestations d'une anxiété ou d'une angoisse importante.

Les Cinq Grands Types de Troubles Anxieux chez l'Enfant

L'anxiété peut se manifester de manière très différente selon les enfants. On distingue ainsi cinq grands types de troubles anxieux :

  • L'Anxiété de séparation: Elle est définie comme la survenue d'une anxiété excessive et inappropriée lorsque l'enfant doit se séparer de ses parents (ou d'un substitut parental). Il s'agit du trouble anxieux le plus fréquent chez le jeune enfant, avec une prévalence de 2 à 8 % chez les enfants de moins de 12 ans. Elle est présente dès les premiers mois de vie avec un pic vers l'âge de 11 ans, à l'entrée en 6ème. Le symptôme principal est une détresse significative et inadaptée au niveau de développement, liée à une séparation avec une figure d’attachement. Les manifestations diffèrent avec l’âge du patient et surviennent lorsque l’enfant est laissé à la crèche ou seul à la maison, monte dans le bus pour l’école, doit aller au lit, change d’environnement, passe une nuit dans un autre lieu sans ses parents comme lors d’un voyage scolaire (colonie de vacances). Le diagnostic requiert au moins trois des symptômes suivants, présents pendant 4 semaines : détresse excessive ou crainte récurrente lors des séparations ; peur qu’un malheur touchant l’enfant ou ses parents rende la situation définitive ; réticence ou refus d’aller à l’école, de dormir seul hors de la maison, ou d’y rester seul ; cauchemars à thème de séparation ; plainte somatique répétée lors des éloignements ; signe d’angoisse extrême en cas de séparation réelle ou anti-cipée avec parfois colères ou pleurs associés ; retrait social, apathie, tristesse ou difficulté à se concentrer sur le travail ou le jeu en l’absence d’une figure d’attachement.
  • L'Anxiété généralisée : Il s'agit d'une anxiété envahissante, présente tous les jours, dans différents secteurs de la vie (école, maison, activités etc.). Elle concerne de 3 à 7 % des enfants. L'anxiété généralisée est plus élevée chez les premiers nés et les enfants uniques. Il est défini par une préoccupation irréaliste pendant plus de 6 mois concernant des actions quotidiennes. Les enfants sont le plus souvent inquiets de tout en permanence, ont volontiers des troubles du sommeil et beaucoup de ruminations négatives. C’est un des troubles les plus fréquents chez l’adolescent.
  • Le Trouble panique : Crise d'angoisse aiguë, survenant de façon brutale. Les personnes vont se mettre à craindre l'apparition d'une nouvelle crise ou ses conséquences. Elle est plus rare chez l'enfant et concerne près de 1 % d'entre eux. A l'inverse, elle est plus fréquente à l'adolescence. La crise survient de façon brutale, le plus souvent spontanée et imprévisible, du moins au début de l’évolution du trouble. On ne retrouve pas forcément la présence d’un facteur déclenchant. Elle dure généralement une trentaine de minutes, pendant laquelle l’enfant est en proie à une crainte panique irrépressible et un malaise intense. Les symptômes physiques, spectaculaires, qui accompagnent la crise d’angoisse de l’enfant sont également très impressionnants pour son entourage et peuvent induire celui-ci en erreur : il n’est pas rare qu’on évoque une crise d’épilepsie, une crise d’asthme, une crise cardiaque… Or l’attitude de l’entourage est primordiale car si l’entourage panique à son tour, appelle les secours, les pompiers… cet affolement va augmenter encore l’anxiété de l’enfant ainsi que ses symptômes et sa crise n’en sera que plus intense et plus longue. Le trouble panique est un trouble anxieux caractérisé par la répétition des attaques de panique et par la peur anticipée qu’elles surviennent. La répétition des crises entraîne l’apparition d’une anxiété par anticipation : l’enfant vit dans la crainte continuelle de la survenue d’une attaque de panique.
  • Les Phobies : Les phobies sont définies comme une peur irrationnelle, très excessive ou sans fondement. L'agoraphobie (peur intense en rapport avec des lieux d'où il serait difficile ou gênant de s'échapper) ou la phobie sociale (difficulté à s'affirmer devant un public) sont deux types de phobies particulièrement invalidantes. Il s’agit d’une peur intense, permanente et irrationnelle vis-à-vis d’un objet ou d’une situation précise : animaux, environnement, sang, injection. Elle débute vers 6-7 ans. Le thème varie avec l’âge. Elle peut s’amender ou se chroniciser et devenir invalidante à l’âge adulte. C’est la confrontation à l’objet ou la situation qui déclenche une série de manifestations somatiques : tachycardie, polypnée, sueurs, avec parfois sentiment de mort imminente.
  • Les Troubles obsessionnel-compulsif (TOC) : Ils se caractérisent par la présence massive d'obsessions (pensées récurrentes et obsédantes) et/ou de compulsions (comportements répétitifs en réaction à une obsession).

Fréquence des Troubles Anxieux chez l'Enfant

Les troubles anxieux sont très communs pendant l'enfance et l'adolescence. Leur prévalence est évaluée entre 9 et 32 %. Ce qui veut dire qu'entre un enfant sur dix et un enfant sur trois risque de souffrir d'une anxiété excessive. La plupart des adultes avec un trouble anxieux, ou un trouble de l'humeur, ont d'abord eu des difficultés avec l'anxiété lorsqu'ils étaient jeunes.

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Symptômes de l'Anxiété chez l'Enfant

Les symptômes suivants peuvent être le signe d'un trouble anxieux chez l'enfant :

  • Modification soudaine du comportement : Agitation, irritabilité, crises de colère intenses, l'enfant pleure ou semble inquiet. L’irritabilité : votre enfant peut devenir plus impulsif, répondre de façon agressive ou tendue. Dans certaines situations, vous avez peut-être observé des crises de colère ou des changements rapides de comportement. Il peut passer du calme à l’agitation, du rire au calme, ou des pleurs à l’agressivité. Jouer avec lui devient difficile, car il perd vite patience. Ce n’est clairement plus le même enfant.
  • Symptômes somatiques : Maux de tête, maux de ventre, tensions ou crispations dans le corps.
  • Troubles du sommeil : Difficultés à s'endormir ou à bien dormir, cauchemars fréquents. L'enfant refuse d'aller se coucher ou se met à demander de dormir avec ses parents. L'insomnie chez les enfants peut souvent passer inaperçue, mais elle est un signal important à surveiller. Les parents peuvent remarquer que leur enfant fait souvent des cauchemars ou se plaint de réveils nocturnes accompagnés d’un sentiment de peur ou de panique. Des études sur le sommeil menées auprès de populations pédiatriques ont suggéré un lien entre les troubles anxieux et les troubles du sommeil.
  • Besoin excessif d'être rassuré : L'enfant a excessivement besoin de réassurance ou n'arrive plus à lâcher ses parents.
  • Conduites d'évitement : L'enfant refuse d'aller à l'école ou de se faire garder. Les enfants peuvent commencer à éviter des lieux tels que l’école, les réunions sociales ou même les transports publics - des lieux où une crise de panique peut être particulièrement dérangeante ou où il peut être difficile de s’échapper. Ce niveau d’évitement est plus qu’une simple préférence ou un caprice d’enfant ; il s’agit d’une manœuvre défensive, souvent inconsciente, enracinée dans le besoin d’éviter une anxiété écrasante.
  • Problèmes de concentration : L'école peut, par exemple, faire état de difficultés de concentration inhabituelles.

Âge de Début des Troubles

Voici des estimations de l'âge moyen de survenue de différents troubles anxieux chez l'enfant (il s'agit bien sûr de moyennes, les troubles pouvant débuter plus tôt chez certains enfants) :

  • 5-6 ans : phobie des animaux.
  • 6-7 ans : anxiété de séparation (avant, il est plus rare de parler d'anxiété de séparation pathologique).
  • 10-12 ans : anxiété généralisée.
  • 11-13 ans : phobie sociales.
  • 13-15 ans : troubles obsessionnels compulsifs.
  • Début de l'âge adulte (20ans) : troubles paniques.

Évolution et Risques Associés

Les troubles anxieux font partie des formes les plus stables des troubles psychiques. Il est rare qu'ils disparaissent spontanément, "attendre que ça passe" n'est donc souvent pas une bonne idée. Les enfants anxieux présentent, de plus, un risque plus élevé de souffrir d'autres difficultés psychiques à l'adolescence ou à l'âge adulte. Des études sur plus de vingt ans ont montré que les enfants anxieux ont un risque majoré d'anxiété et de troubles de l'humeur à partir de l'adolescence et ont plus de risque de développer une addiction ou de faire une tentative de suicide à l'âge adulte.

Rôle de la Thérapie

Le déroulement d'une psychothérapie différera grandement en fonction du type de trouble anxieux. On ne travaillera pas de la même façon avec un enfant qui souffre de TOC et avec un enfant qui souffre de phobie scolaire. Même si chaque enfant est différent, on peut néanmoins faire quelques remarques générales.

Psychothérapie de l'Anxiété : Le Rôle de l'Environnement

La question qui se pose avec l'anxiété est donc d'une manière plus générale de savoir si le problème c'est l'anxiété elle-même ou les réactions de l'environnement à l'anxiété. Dans un monde parfait (qui malheureusement n'existe pas), un enfant anxieux serait rassuré et soutenu face à ses inquiétudes par ses professeurs, ses camarades, ses frères et sœurs et par tous les membres de la famille élargie. Dans ce cas, je suis sûr que cet enfant souffrirait assez peu de son anxiété. Le problème est que, bien souvent, les choses ne se passent pas comme cela. L'anxiété est vue comme une faiblesse ou une anormalité par l'extérieur. Des enfants vont se moquer, tel enseignement ou professionnel de santé va trouver que ce n'est pas normal et que c'est très inquiétant pour son avenir, tel membre de la famille va dire que c'est la faute de ses parents qui le protègent trop ou pas assez, qui lui transfère son stress, etc.

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Ainsi, ces réactions vont rajouter à l'anxiété la honte, la culpabilité ou le sentiment de ne pas être comme il faut. Des émotions qui ne vont pas aider à vaincre l'anxiété, c'est certain. Dans un premier temps, la thérapie va donc avoir souvent pour objectif de réfléchir à toutes ces réactions extérieures: est-ce que le problème tient à l'enfant ou à la manière dont il est vu? Ce changement de perspective permet parfois d'ouvrir des pistes: Il est possible de parler avec tel ou tel camarade, tel membre de la famille,etc pour lui dire de ne plus se moquer ou de ne plus donner de conseil.

Ne Plus Culpabiliser les Parents

Il est assez fréquent qu'un des parents d'un enfant souffre également d'un trouble anxieux. Là encore, la culpabilisation risque de ne faire qu'accentuer le problème. Beaucoup de parents me disent qu'ils aimeraient "ne pas transmettre" leur stress ou leurs peurs à leur enfant. Le problème c'est que c'est très difficile et que, là encore, on renvoie aux parents l'idée qu'être anxieux ou être stressé est une mauvaise chose dont il faudrait se débarrasser, comme s'il s'agissait d'une mauvaise habitude. Imaginons qu'un événement douloureux soit arrivé à un des parents : cela veut dire que non seulement il ou elle va souffrir du souvenir de cet événement mais qu'en plus, si la douleur a des conséquences sur l'enfant, ce serait aux parents de s'en culpabiliser ou d'être pointés comme responsable…

La question du sens de l'anxiété est donc essentielle. Une fois que l'origine de l'anxiété est mieux comprise, il est bien sûr possible de chercher à être moins impactée par cette anxiété. Mis il ne s'agit plus alors de simplement se débarrasser d'une mauvaise partie de soi.

Quand Consulter ?

Il est important de consulter un professionnel de la santé (médecin généraliste ou pédiatre) si vous pensez que votre enfant souffre d'un trouble anxieux. N'attendez pas un mois pour consulter un professionnel de santé. Les pédiatres et médecins généralistes sont expérimentés et voient de nombreux enfants.

Identifier la Cause du Stress et Apporter un Soutien Adapté

Pour apporter la réponse au stress de votre enfant et l’apaiser, vous devez commencer par en identifier la cause. L’observation est indispensable pour détecter d’où vient la perturbation. Vous devez déjà savoir si elle provient de la maison, de l’école, du club sportif ou de tout autre endroit que fréquente l’enfant. Chaque enfant nécessite des réponses différentes. Dans tous les cas, vous devez lui prouver que vous êtes à ses côtés, quoi qu’il arrive. Vous devez lui apporter soutien et réconfort et il doit le comprendre.

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Quelques Conseils Supplémentaires

  • Maintenir une routine stable : Maintenir des horaires réguliers du coucher et du lever. Cette routine renforce le sentiment de stabilité dont votre enfant a besoin en ce moment. Structurer la journée. La planification aide à (re)construire ses repères. Pensez à alterner des activités stimulantes avec des moments de calme.
  • Encourager l'expression des émotions : Invitez votre enfant à s’exprimer librement. Dites-lui qu’il a le droit de partager ses émotions, même si elles sont perçues comme très négatives, lourdes ou honteuses. Montrez-vous disponible pour écouter. Si votre enfant sait déjà identifier et verbaliser ses ressentis, faites-lui savoir que vous êtes là pour lui.
  • Promouvoir un mode de vie sain : Un enfant doit mener une vie saine qui comprend une alimentation appropriée et de l’exercice physique. Les écrans représentent une pollution psychologique que beaucoup de parents ne mesurent pas. Sortez, allez vous promener, faites-lui pratiquer un sport, incitez-le à lire en même temps que vous (s’il est petit, lisez-lui des histoires), etc. Il faut que vous partagiez du temps et des activités. En même temps que cela l’apaisera, vous allez resserrer les liens entre vous.
  • Favoriser la confiance en soi : L’anxiété est intimement liée à la perte de confiance. Pour gérer stress et nervosité, il faut être bien dans sa peau. Ne forcez pas votre enfant à faire une activité qu’il n’aime pas. Beaucoup de parents imposent des activités sportives et/ou artistiques à leurs enfants, car ils en rêvaient petits, mais n’en ont jamais eu l’opportunité. C’est la meilleure façon de générer du stress et de déclencher une aversion pour cette activité. Vous devez trouver quelque chose qu’il aime et qui lui permet de se dépasser. Ne le surprotégez pas, mais, au contraire, donnez-lui plus d’autonomie, c’est ainsi qu’il reprendra confiance en lui. S’il en a l’âge, il peut par exemple choisir comment s’habiller. S’il a le choix entre deux options à l’école ou ailleurs, vous pouvez l’accompagner dans sa réflexion, sans lui imposer votre choix. Vous l’aidez seulement à peser le pour et le contre et la décision finale lui revient.

Traitements

En première intention, si le trouble est d’intensité légère à modéré, une psychothérapie de type TCC est recommandée pendant 12 à 20 semaines. En deuxième intention et en l’absence d’amélioration après cette TCC menée par un psychothérapeute expérimenté, on ajoute un ISRS (inhibiteur de la recapture de la sérotonine) comme la fluoxétine (débuter par 5-10 mg/j, pour atteindre 25 mg - dose optimale, et jusqu’à 50 mg autorisés chez les plus de 15 ans) ou la sertraline (commencer par 25 mg, dose optimale : 50-100 mg, et jusqu’à 200 mg pour les plus de 15 ans). Un suivi en pédopsychiatrie est nécessaire. Si le trouble anxieux est d’intensité sévère et a un retentissement social et fonctionnel majeur, on commence par l’association TCC et médicament. On peut proposer une thérapie de soutien aux parents en fonction des difficultés rencontrées par la famille, une guidance parentale ou une thérapie familiale. Quelques conseils concernant les médicaments :- les ISRS sont prescrits hors AMM, en dehors de l’indication trouble obsessionnel compulsif (TOC) ; - éviter les médicaments avant 6 ans ; - pas de benzodiazépine (risque d’effet paradoxal chez l’enfant de moins de 12 ans et risque de dépendance à l’adolescence).

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