Loading...

Mifépristone (Mifégyne): Utilisation, Effets et Considérations

Introduction

La mifépristone, commercialisée sous le nom de Mifégyne, est un médicament utilisé principalement dans l'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse. Cet article vise à fournir une information complète sur la mifépristone, son mécanisme d'action, son utilisation, ses effets secondaires potentiels et les considérations importantes pour les femmes et les professionnels de santé.

Qu'est-ce que la Mifépristone?

La mifépristone est un stéroïde antiprogestérone qui bloque les récepteurs de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse. Elle est utilisée en association avec un analogue de prostaglandine, tel que le misoprostol, pour induire l'interruption de grossesse.

Mécanisme d'Action

À des doses allant de 3 à 10 mg/kg par voie orale, la mifépristone inhibe l'action de la progestérone endogène ou exogène chez diverses espèces animales. Chez la femme, à des doses supérieures ou égales à 1 mg/kg, elle antagonise les effets endométriaux et myométriaux de la progestérone. Pendant la grossesse, la mifépristone sensibilise le myomètre aux contractions induites par les prostaglandines et permet la dilatation et l'ouverture du col utérin au cours du premier trimestre.

Plus précisément, la mifépristone entraîne une nécrose déciduale, provoquant ainsi le détachement de l'œuf et son expulsion. Elle stimule également la sécrétion de prostaglandines, ce qui contribue aux modifications cervicales nécessaires à l'expulsion.

Utilisation de la Mifépristone dans l'IVG Médicamenteuse

Protocole Standard

Le protocole standard d'IVG médicamenteuse implique l'administration de 200 mg de mifépristone (un comprimé de Mifégyne ou MIFFEE), suivie 24 à 48 heures plus tard par l'administration de misoprostol, une prostaglandine, pour expulser les tissus et compléter l'IVG. À la 8e et 9e semaine d'aménorrhée, seul le gemeprost par voie vaginale peut être utilisé en association avec la mifépristone.

Lire aussi: Ce qu'il faut savoir sur Berocca et l'allaitement

Efficacité

La mifépristone seule interrompt la grossesse dans environ 60 à 80 % des cas, selon l'âge gestationnel. Le risque d'échec de la procédure combinée (mifépristone et misoprostol) est d'environ 5 %, avec un risque de grossesse évolutive inférieur à 1 %.

Déroulement de la Procédure

  1. Première Consultation : Réception d'informations claires et précises sur la procédure et les choix offerts, y compris les options d'anesthésie. Orientation vers un entretien social, obligatoire pour les mineures.

  2. Examen Clinique : Interrogatoire et examen clinique pour évaluer l'âge gestationnel, avec possibilité de dépistage des IST et de réalisation d'un frottis.

  3. Consentement et Explications : Remise de l'attestation d'entretien social par la mineure, consentement signé précisant la méthode souhaitée, et explication de l'organisation et du déroulement de l'acte.

  4. Administration de la Mifépristone : En cas d'IVG médicamenteuse, la prise de mifépristone peut être réalisée. Une dose d'Ig anti-D est administrée si la patiente est Rhésus négatif.

    Lire aussi: Allaitement et consommation d'alcool

  5. Administration du Misoprostol : Après 24 à 48 heures, le misoprostol est administré pour provoquer les contractions utérines et l'expulsion de l'œuf.

Structures de Prise en Charge et Suivi Administratif

Les établissements de santé doivent disposer de lits en gynécologie-obstétrique et prendre en charge sans délai toute complication liée à cette pratique. Les établissements publics ne peuvent refuser de pratiquer des IVG et doivent disposer d'une ligne téléphonique pour les rendez-vous, qui doivent être proposés dans les 5 jours suivant l'appel. Sauf cas exceptionnel, les IVG doivent être réalisées en HDJ (hospitalisation de jour < 12h). En dehors des établissements de santé, l'IVG médicamenteuse peut être pratiquée par des médecins ou des sages-femmes jusqu'à 7 SA et dans des centres de planification.

Effets Secondaires Potentiels

Effets Indésirables Courants

  • Saignements : Des saignements peuvent survenir dès la prise de mifépristone, mais ils sont plus fréquents 2 à 4 heures après la prise de misoprostol. L'expulsion se produit dans la moitié des cas dans les 4 heures suivant la prise de misoprostol. La période de saignement abondant ne doit pas excéder 2 à 4 heures.
  • Douleurs : Les douleurs sont maximales 1 à 3 heures après la prise de misoprostol, puis diminuent et disparaissent peu après l'expulsion complète.

Complications Immédiates et Secondaires

  • Échec : L'échec peut être complet (grossesse évolutive) ou partiel (avortement incomplet).
  • Métrorragies : La patiente doit être informée de la possibilité de métrorragies prolongées, parfois abondantes, jusqu'à 12 jours après la prise de mifépristone. Une visite de contrôle est nécessaire 14 à 21 jours après la prise de mifépristone pour vérifier l'expulsion complète et l'arrêt des métrorragies.
  • Infections : Des cas de choc toxique et de choc septique graves ou fatals, causés par des bactéries telles que Clostridium sordellii ou Escherichia coli, ont été rapportés suite à une administration vaginale ou buccale non autorisée de comprimés de misoprostol destinés à l'utilisation orale.
  • Effets Cutanés : Des effets indésirables cutanés sévères, y compris des cas de nécrolyse épidermique toxique et de pustulose exanthématique aiguë généralisée, ont été rapportés en association avec la mifépristone.

Effets Cardiovasculaires

Des accidents cardiovasculaires rares mais graves (infarctus du myocarde et/ou spasme des artères coronaires et hypotension sévère) ont été rapportés après l'utilisation d'un analogue de prostaglandines. Pendant la prise du médicament et pendant les trois heures qui suivent l'administration, la patiente doit être sous surveillance au centre prescripteur afin de déceler les effets éventuellement aigus de l'administration de prostaglandines.

Risques Tératogènes et Surveillance Prénatale

En cas d'échec de l'IVG médicamenteuse et de poursuite de la grossesse, un suivi particulier du futur enfant devra être effectué. Les médicaments utilisés dans l'IVG médicamenteuse sont tératogènes, c'est-à-dire qu'ils peuvent provoquer des malformations graves chez les enfants exposés pendant la grossesse, notamment au niveau des membres, de la face et du cerveau.

Mifépristone

Des données limitées chez les femmes enceintes exposées à la mifépristone au premier trimestre de la grossesse ont révélé quelques anomalies du cervelet chez les fœtus. Dans l'attente de données complémentaires, une surveillance prénatale du cervelet fœtal est souhaitable en cas d'exposition à la mifépristone au premier trimestre de la grossesse.

Lire aussi: Allaitement et Oméprazole: Comprendre les Risques

Misoprostol

Les malformations décrites en association avec le misoprostol comprennent des anomalies des noyaux des paires crâniennes (syndrome de Moebius), des anomalies de membres (arthrogrypose, pieds bots, anomalies réductionnelles distales), et quelques cas d'hydrocéphalie associée aux anomalies précédentes. L'incidence des malformations pourrait être de l'ordre de 2 % en cas d'exposition au premier trimestre de la grossesse. Pour le syndrome de Moebius, l'exposition au misoprostol multiplierait le risque par 30 à 50.

En cas de grossesse évolutive après la prise de misoprostol, une surveillance échographique fœtale ciblée sur les membres, la motilité fœtale, le système nerveux central et le massif facial est recommandée.

Interactions Médicamenteuses

  • Inhibiteurs du CYP3A4 : L'administration concomitante de mifépristone avec des inhibiteurs du CYP3A4 (par exemple, itraconazole, kétoconazole, érythromycine ou jus de pamplemousse) peut augmenter l'exposition à la mifépristone.
  • Inducteurs du CYP3A4 : L'administration concomitante de mifépristone avec des inducteurs du CYP3A4 (par exemple, rifampicine, dexaméthasone, millepertuis et certains anticonvulsivants) peut diminuer l'efficacité de la mifépristone.
  • AINS : Des données limitées suggèrent que l'administration concomitante d'AINS le jour de l'administration des prostaglandines n'a pas d'influence négative sur les effets de la mifépristone ou de la prostaglandine.

Grossesse et Allaitement

Grossesse

La mifépristone est contre-indiquée pendant la grossesse, sauf dans le cadre d'une interruption de grossesse. En cas de grossesse évolutive après la prise de mifépristone, des risques tératogènes existent, nécessitant une surveillance prénatale attentive.

Allaitement

La mifépristone est éliminée dans le lait maternel en petites quantités.

Rétractation Après la Prise de Mifégyne

Il est possible d'intervenir après la prise de Mifégyne tant que le processus n'est pas allé à son terme. Des études médicales confirment qu'il est possible de neutraliser l'effet de la Mifégyne en administrant un traitement à base de progestérone, comme l'Utrogestan, pour contrer les effets de la Mifégyne.

Contre-indications

La mifépristone est contre-indiquée dans les cas suivants :

  • Grossesse extra-utérine connue ou suspectée
  • Insuffisance surrénale chronique
  • Allergie à la mifépristone ou à l'un des excipients
  • Troubles de la coagulation ou traitement anticoagulant

Précautions d'Emploi

  • Insuffisance Hépatique : La prudence s'impose chez les patientes souffrant de troubles hémostatiques associés à une hypocoagulabilité ou une anémie.
  • Maladies Cardiovasculaires : Des accidents cardiovasculaires rares mais graves ont été rapportés après l’utilisation d’un analogue de prostaglandines.

tags: #crat #ivg #mifepristone

Articles populaires:

Share: