Introduction
La question de la consommation d’alcool pendant la grossesse ne se pose plus : il est reconnu depuis de nombreuses années que l’alcool a des effets délétères chez le fœtus et sa consommation est plus que déconseillée chez la femme enceinte. Mais qu’en est-il de la consommation d’alcool au cours de l’allaitement ? Cet article tente de répondre à cette question et aux mamans qui ont peut-être envie de lâcher un peu de lest après 9 mois de restrictions.
La question de la consommation d’alcool pendant l’allaitement peut être abordée sous trois angles différents et complémentaires :
- L’effet sur l’enfant
- L’effet sur la lactation
- L’effet sur la maman
Notions de base
Quelques notions de base concernant le métabolisme de l’alcool doivent être développées afin de bien comprendre ce qui se joue lorsqu’une maman allaitante consomme une boisson alcoolisée :
L’alcool passe dans le lait au même titre qu’il passe dans le sang, et ce, même s’il a été démontré que la biodisponibilité de l’alcool était moindre chez les mères allaitantes (cela est dû à des modifications digestives). Ses effets seront donc directement reliés à la quantité ingérée par la mère. De même, l’alcool s’élimine du lait en même temps qu’il s’élimine du sang. La concentration d’alcool retrouvée dans le lait maternel après l’ingestion d’une boisson alcoolisée est identique à celle présente dans le sang. Ainsi, après un verre, votre taux d’alcool montera en moyenne de 0,20 à 0,25 gramme par litre de sang (0,30 g/L pour les mères les plus minces).
La quantité d’alcool atteint sa concentration maximale dans le sang (et donc dans le lait) au bout de 30 à 90 min après l’ingestion. Donc, si on boit un seul verre, on peut faire téter bébé pendant qu’on boit le verre tout en étant sûre que la quantité qu’il recevra sera minime. Si l’alcool est pris à l’occasion d’un repas, la nourriture va ralentir son absorption et ainsi le pic de concentration sera moindre. Cet effet sera d’autant plus important que le repas sera riche en graisses. Pour limiter le pic d’alcoolémie, il est souhaitable que la maman ne boive pas à jeun : « plus la consommation d’aliments est récente, plus l’alcool met de temps à pénétrer dans l’organisme », déclare Carole Hervé.
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L’alcool est métabolisé en 2-3 h, ce qui veut dire que 2-3 h après un verre il ne restera pas d’alcool dans le lait. Évidemment ce temps d’élimination augmente en même temps que la quantité d’alcool ingéré. Votre organisme a besoin d’environ deux heures pour éliminer 10 g d’alcool. Un petit verre de vin contient environ 9 g d'alcool, tandis qu'une bouteille de bière contient environ 13 g. Cependant, la durée d’élimination de l'alcool dépend non seulement de la quantité, mais aussi de votre poids. Une femme pesant 60 kg doit attendre environ 2 heures pour que 10 g d'alcool soient éliminés. Pour 70 kg, il faut attendre 1 h 45 pour éliminer 10 g. Ce tableau canadien vous donne approximativement le nombre d’heures dont vous auriez besoin pour éliminer l’alcool éventuellement consommé de votre lait, en fonction de votre poids et de votre consommation.
De plus, la notion de verre normalisé (standard) est quelque chose à connaître afin de sécuriser sa consommation d’alcool, encore plus pendant l’allaitement. Quelle que soit la boisson alcoolisée, un verre d’alcool standard contient 10 g d’alcool pur. Certaines boissons sont plus concentrées en alcool pur, mais sont de ce fait servies en plus petites quantités. Ainsi, que vous consommiez un verre de vin de 10 cl à 12° ou un verre standard de 2,5 cl de pastis à 45°, vous absorberez la même quantité d’alcool pur.
L’effet sur l’enfant
Si la maman boit de l’alcool le bébé en boit aussi. Cependant, pour une consommation limitée à 1 verre (environ 10g d’alcool), il n’a pas été démontré que la quantité d’alcool reçue par l’enfant le mette en danger. En effet, pour cette quantité le lait contiendra au plus 0,25g d’alcool par litre. Ainsi, plus l’enfant sera petit, plus les quantités de lait consommées seront importantes, plus les tétées seront rapprochées et plus il sera exposé à l’alcool. Pour résumer, plus un bébé est jeune, plus ses capacités de métabolisation de l’alcool sont limitées (pour les premières semaines de vie la métabolisation est deux fois moins importante que chez l’adulte).
Également, il peut être utile de savoir que l’alcool qui se retrouve dans le lait maternel peut produire un léger effet sédatif sur le bébé. Une autre conséquence peut être le changement transitoire du goût et de l’odeur du lait, ce qui peut éventuellement gêner bébé. « L’alcool rend les bébés somnolents. Ils tètent avec difficulté à partir du moment où il y a des doses significatives d’alcool dans le lait », explique le Dr Pierre Bitoun, pédiatre et président du conseil scientifique de la Société Européenne pour le Soutien à l’Allaitement Maternel (SESAM). Le problème ? Les enfants ainsi allaités se nourrissent moins et leur croissance ralentit.
Enfin, une consommation excessive de boissons alcoolisées chez une maman allaitante peut avoir les conséquences délétères suivantes :
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- Perturbation du sommeil
- Risque d’hypoglycémie
- Altération du développement moteur
Enfin, il est important de noter que les possibles conséquences d’une consommation régulière d’alcool par une mère allaitante sur le développement neurologique de son enfant ne sont pas clairement établies. Comme le souligne le Dr Bitoun, « c’est surtout pendant la grossesse que boire de l’alcool peut entraîner des troubles du développement. Quant aux capacités motrices d’un bébé allaité, des chercheurs américains ont démontré qu’elles diminuaient de 4 à 5 % à partir d’un verre de vin par jour… Aucune autre étude n’a pu confirmer ces résultats, ni même prouver que ce déficit persistait quand l’enfant grandissait.
L’effet sur la lactation
L’alcool va inhiber le réflexe d’éjection. Cela vient du fait qu’il diminue la sécrétion d’ocytocine. Cet effet va être limité pour une prise d’alcool ponctuelle en petite quantité mais peut être problématique pour une ingestion d’alcool conséquente (attention à l’engorgement !) ou chronique (problème de croissance du bébé). La consommation d’alcool par la maman a tendance à perturber les productions d’hormones liées à l’allaitement, avec une incidence sur la production de lait. En effet, la présence d’alcool dans le sang provoque une baisse de la production d’ocytocine, à savoir l’hormone responsable du réflexe d’éjection du lait, et parallèlement, de l’augmentation de la sécrétion de prolactine qui augmente le volume de lait produit par la maman. Pour faire simple : la maman produit davantage de lait, mais elle a plus de mal à le donner à son nourrisson puisque l’éjection est réduite. En effet, il a été démontré qu’après la prise d’une boisson alcoolisée, l’enfant ingérait moins de lait, et ce malgré des tétées plus fréquentes.
L’effet sur la maman
Nous connaissons tous l’effet majeur de l’alcool à court terme : la diminution de la vigilance. Là encore, pour un verre d’alcool, cet effet est limité mais si on a tendance à ne pas tenir l’alcool, c’est un paramètre à prendre en compte lorsqu’on doit s’occuper d’un petit être fragile totalement dépendant.
Pour rappel, le cododo est déconseillé en cas de consommation d’alcool, d’autant plus si celle-ci est importante. Gardez en tête qu’après avoir consommé des boissons alcoolisées, votre niveau de vigilance peut être altéré.
Donc si une femme allaitante prévoit de consommer plusieurs verres d’alcool sans les compter, le mieux est de confier son enfant à quelqu’un de confiance et de tirer son lait pour éviter l’engorgement afin d’éviter un inconfort et une baisse de lactation (le lait tiré étant non consommable). Bien évidemment, et dans l’idéal, la personne de confiance respectera l’allaitement à la demande en utilisant si possible un contenant alternatif au biberon.
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Recommandations et Conseils Pratiques
Par prudence, il est recommandé d’éviter toute boisson alcoolisée (bière, vin, cidre, alcools forts, apéritifs, etc.) pendant l’allaitement. La consommation est particulièrement à éviter pendant les premières semaines de l’allaitement. Tous les alcools sont à éviter. Un demi de bière, un verre de vin, une coupe de vin mousseux ou un verre de rhum contient la même dose d’alcool.
Passées les premières semaines d’allaitement, si une occasion spéciale se présente et/ou que vous ne pouvez pas résister, un verre d’alcool reste envisageable, mais de manière exceptionnelle. La consommation de boissons alcoolisées (bière, vin, cidre, alcool fort, apéritif) est à éviter pendant l’allaitement maternel, particulièrement pendant les premières semaines.
Néanmoins, si vous souhaitez consommer de l’alcool durant votre allaitement, il est alors recommandé que cette consommation soit exceptionnelle, modérée et respecte certaines règles. Néanmoins, si vous pouvez éviter, c’est toujours mieux !
Voici quelques recommandations clés :
- Quantité et Fréquence: Votre consommation doit être la plus faible et exceptionnelle possible : 1 à 2 verres, 1 à 2 fois par semaine maximum. Limitez-vous à une portion modérée. Un verre de vin (environ 150 ml) ou une boisson à base de cidre est généralement considéré comme acceptable. Ne consommez pas plus de 20 g d'alcool (par exemple : un à deux petits verres de vin).
- Timing: Attendez au moins 2 à 3 heures par unité d’alcool consommée avant d’allaiter à nouveau. Après avoir bu 1 verre standardisé d’alcool, attendez au minimum 2 à 3 heures avant de redonner le sein à votre bébé. S’il réclame entre temps, utilisez le lait précédemment tiré pour le nourrir. N’oubliez pas : si vous consommez plus d’un verre, vous devrez attendre plus de temps. Allaitez votre bébé juste avant de consommer votre boisson alcoolisée. Si ce n’est pas l’heure de la tétée, vous pouvez tirer votre lait et le lui donner plus tard. On considère qu’il faut environ 2 heures à l’alcool contenu dans un verre de vin pour être métabolisé par une personne moyenne. C’est donc le temps idéal que la maman devra attendre après la prise d’alcool, avant d’allaiter son enfant.
- Tirer et Jeter le Lait (si nécessaire): Dans le cas d’une soirée alcoolisée, il est impératif que vous respectiez un délai de 12 heures après le dernier verre d’alcool bu, avant de remettre votre bébé au sein. Pour éviter tout risque d’engorgement et pour continuer à stimuler votre lactation durant ces 12 heures, tirez votre lait et jetez-le. Attention, certaines femmes tirent leur lait après avoir bu pour le jeter, pensant enlever l’alcool qui s’y trouve : mais tirer son lait n’a aucun impact sur la rapidité d’élimination de l’alcool !
- Alimentation: Mangez un repas avant et pendant que vous consommez une boisson alcoolisée. Pour limiter le pic d’alcoolémie, il est souhaitable que la maman ne boive pas à jeun : « plus la consommation d’aliments est récente, plus l’alcool met de temps à pénétrer dans l’organisme », déclare Carole Hervé. Il est préférable de consommer un mélange de boissons alcoolisées et non alcoolisées (par exemple, de l'eau) afin de limiter la quantité d'alcool dans le sang et donc le lait maternel.
- Surveillance et Précaution: Soyez attentif aux signes de réactions inhabituelles de votre bébé après avoir bu de l’alcool. Certains bébés peuvent être plus sensibles à l’alcool que d’autres. Évitez le co-sleeping après avoir consommé de l’alcool : L’alcool peut altérer votre vigilance.
Alternatives à l'Alcool
De nombreuses alternatives à l’alcool existent : jus de légumes ou de fruits, sirops, eaux aromatisées, smoothies, cocktails sans alcool. C’est le moment de tester de nouvelles recettes délicieuses !
Les occasions de boire peuvent être nombreuses : dîner entre amis, anniversaire, barbecue, réveillon, mariage… En soirée, on peut opter pour les mocktails (cocktails sans alcool, aux fruits, au thé, aux fleurs…). Internet regorge de recettes maison faciles à réaliser. Proposer un défi à des proches : zéro alcool pour eux aussi !
Voici quelques idées de boissons non alcoolisées :
- Un jus de fruits
- Un soda
- Un jus de tomates
- Une bière sans alcool
- Un mocktail
Pour vous inspirer, vous trouverez pleins d'idées de cocktail sans alcool simples et rapides sur le site de Badoit.
Mythes et Réalités
Selon la légende, la bière stimulerait la production de lait. Une étude réalisée par le chercheur Louis-Marie Houdebine a montré que ce pouvoir galactogène provenait du malt d’orge (principal composant de la bière). Bref, lorsqu’on souhaite augmenter sa sécrétion lactée, il est conseillé d’absorber, une à plusieurs fois par jour, plusieurs verres de bière sans alcool riche en malt (donc en bêta-glucanes). On peut aussi conseiller la consommation régulière de produits contenant du malt d’orge, comme le Tonimalt ou l’Ovomaltine.
La consommation de boissons alcoolisées par la maman n’a aucun impact sur la composition nutritionnelle du lait qu’elle produit. Il ne sera donc pas moins riche, ni en nutriments, ni en micronutriments, ni en anticorps protecteurs.
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