L'émergence du SARS-CoV-2 a soulevé de nombreuses questions concernant son impact sur la santé des femmes enceintes et de leurs bébés. Cet article vise à faire le point sur les connaissances actuelles concernant le COVID-19 et la barrière placentaire, en s'appuyant sur les études scientifiques disponibles et les recommandations des experts.
Impact du COVID-19 sur les femmes enceintes
Au début de la pandémie, les données sur le COVID-19 et la grossesse étaient limitées. Cependant, il est vite apparu que les femmes enceintes n'étaient pas plus susceptibles d'attraper le coronavirus que le reste de la population. L'importance des gestes barrières et du confinement a donc été soulignée.
Le troisième trimestre de la grossesse semble être une période plus à risque pour le développement de formes graves de la maladie. Cela est dû aux modifications physiologiques respiratoires et cardiovasculaires qui se produisent pendant cette période, ainsi qu'à une diminution naturelle de l'immunité cellulaire. Il est important de noter que ce risque accru ne signifie pas que toutes les femmes enceintes développeront une forme grave de la maladie.
Transmission du SARS-CoV-2 de la mère au fœtus : contamination verticale
La question de la transmission verticale du SARS-CoV-2 de la mère au fœtus a fait l'objet de nombreuses recherches. Bien que les premières études n'aient pas mis en évidence de transmission de la mère à l'enfant, d'autres ont suggéré une possible transmission in utero.
Un cas décrit à l'hôpital Renmin de Wuhan a apporté de nouveaux éléments en faveur de cette hypothèse. Une femme enceinte de 34 semaines d'aménorrhée a été diagnostiquée positive au SARS-CoV-2. Après la naissance de l'enfant par césarienne, des taux élevés d'anticorps (IgG et IgM) anti-SARS-CoV-2 ont été retrouvés chez le nourrisson. La présence d'IgM, qui ne traversent pas la barrière placentaire, suggère une infection in utero.
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Une étude française publiée dans la revue Nature Communications a également montré la transmission du virus pendant la grossesse pour un bébé né en mars 2020. Le bébé a présenté des symptômes neurologiques, mais s'est rétabli en trois semaines.
Cependant, la communauté scientifique reste prudente et estime que si la transmission de la mère à l'enfant est possible pendant la grossesse, elle est très rare. Une étude américaine menée à Boston a suivi 127 femmes enceintes, dont 64 atteintes du COVID-19. Aucun nouveau-né n'a été testé positif et aucune trace du virus n'a été retrouvée dans le sang du bébé ou dans le placenta.
Mécanismes potentiels de transmission
Plusieurs mécanismes potentiels de transmission du virus de la mère au fœtus ont été étudiés :
- Transmission transplacentaire : Le virus pourrait traverser la barrière placentaire et infecter directement le fœtus. Cependant, aucune infection placentaire n'a été décrite dans la littérature. De plus, le récepteur du SARS-CoV-2, l'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 (ACE2), est présent à de très faibles taux au niveau placentaire chez l'homme pendant le premier tiers de la grossesse.
- Transmission par les cellules sanguines : Le virus pourrait être véhiculé par une cellule sanguine infectée. Cependant, le SARS-CoV-2 ne semble pas réplicatif dans les cellules mononuclées du sang périphérique.
- Contamination per-partum ou post-partum : L'infection pourrait être acquise lors du passage dans la filière génitale via les sécrétions maternelles ou via l'allaitement.
Impact de l'infection maternelle sur le nouveau-né
Bien que la majorité des enfants nés de mères infectées ne présentent pas de symptômes, certains peuvent développer une pneumonie sévère. Une infection maternelle au SARS-CoV-2 peut également avoir des conséquences néfastes sur les issues obstétricales et sur les nouveau-nés, entraînant notamment des détresses respiratoires, des anomalies biologiques, des accouchements prématurés et même une mort fœtale in utero.
Une étude a révélé une augmentation des troubles du neurodéveloppement (langage, motricité) chez les enfants exposés au virus avant leur naissance. Cependant, il est important de noter que ces troubles ne sont pas forcément des handicaps lourds et irréversibles. La plasticité cérébrale des jeunes enfants est une force majeure et un retard de langage ou une difficulté motrice identifiés tôt peuvent être largement compensés par des prises en charge adaptées.
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Allaitement et COVID-19
L'allaitement maternel est généralement encouragé si la maman le souhaite. Les données actuelles ne montrent aucun cas de transmission de l'infection par l'allaitement au sein. Dans quelques rares prélèvements, le virus a été retrouvé dans le lait, mais de manière transitoire.
Le risque de contamination du bébé semble davantage lié à la proximité avec sa maman infectée. L'allaitement est possible en respectant certaines précautions standard, telles que le port d'un masque et le lavage fréquent des mains.
Surveillance de la grossesse et accouchement
Le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) recommande d'adapter la prise en charge de la grossesse au contexte épidémique. Il est conseillé aux femmes ne présentant pas de symptômes de la maladie d'appliquer rigoureusement les gestes barrières. Le CNGOF recommande par ailleurs aux professionnels de suivre de très près les patientes atteintes par la Covid-19 durant la grossesse.
Pour la plupart des patientes, l'accouchement et le suivi post-partum apparaissent très peu modifiés :
- L'accouchement par voie basse reste possible.
- Le bébé n'est pas séparé de sa maman à la naissance.
- Le séjour en maternité n'est pas allongé, sauf si complications pour la maman ou le bébé.
Cependant, pour les patientes présentant une détresse respiratoire aiguë, une étude américaine montre un risque augmenté d'accouchement prématuré et de recours à la césarienne.
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Vaccination et grossesse
Les femmes enceintes étaient initialement exclues des recommandations en matière de vaccination. Désormais, la vaccination est proposée aux femmes enceintes, en particulier celles âgées de plus de 35 ans ou présentant un facteur de risque (obésité, diabète, problèmes cardiaques ou pulmonaires).
La vaccination permettrait une transmission possible des anticorps au bébé. Pour qu'elle soit efficace, il est préférable que la vaccination ait lieu en amont, plutôt au milieu de la grossesse. Les femmes vaccinées présentent un risque de complications placentaires réduit par rapport aux femmes non vaccinées.
Impact psychologique de la pandémie sur les femmes enceintes
La pandémie de COVID-19 a eu un impact psychologique important sur les femmes enceintes. La détresse psychologique est en hausse depuis le début de la pandémie, en raison du stress lié à l'épidémie et de l'isolement lié au confinement.
La peur d'être contaminée ou d'infecter son bébé, l'angoisse d'accoucher à l'hôpital avec des patients atteints de la Covid-19, un suivi de grossesse chamboulé, l'absence de séances de groupe de préparation à la naissance, des conditions d'accouchement inédites avec parfois l'absence du papa lors de la naissance, et l'impossibilité de présenter son bébé à la famille sont autant d'éléments qui alertent les professionnels de la santé et les incitent à mieux entourer et informer les parents.
Il est important de prendre en charge le plus tôt possible les douleurs psychiques de la mère et du bébé pour le bien-être de la maman et le bon développement du nouveau-né.
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