Introduction
En prison de femmes, la contradiction entre la mission de sécurité et celle d’insertion est accentuée par la tension entre le souci de sécurité et la préservation de la féminité. Cet article explore la situation particulière des mères incarcérées avec leurs enfants, en se basant sur des enquêtes menées dans plusieurs établissements pénitentiaires français. Il analyse comment la maternité en prison est à la fois une protection relative et un dispositif de surveillance accru.
La Maternité en Prison: Une Protection Relative
La maternité peut constituer une protection relative au risque d’incarcération pour les femmes. La fonction maternelle est perçue comme un gage de représentation, voire un levier de réinsertion, expliquant la clémence des tribunaux à l’égard de certaines femmes. Ce bénéfice secondaire à la situation de dominée reproduit la différence des sexes et la division sexuelle du travail éducatif. En France, des mesures réglementaires ou législatives permettent aux mères de famille d’éviter l’enfermement carcéral ou de sortir plus vite de prison.
Les Quartiers Mères-Enfants: Un Dispositif Spécifique
Le cas des « quartiers mères-enfants » ou « nurseries » en prisons de femmes illustre bien cette logique. L’identification de la catégorie des « mères détenues avec leur enfant » et des femmes enceintes oblitère la logique universaliste et égalitaire du droit pénal français. Les dispositions législatives spécifiques aux conditions de détention des mères sont avantageuses et témoignent de la logique de protection qui entoure les mères devant la justice pénale.
Historique des Nurseries en France
En France, les établissements pour peines accueillant des femmes ont toujours permis aux détenues d’être incarcérées avec leur(s) enfant(s) en bas âge. À Paris, le « quartier des nourrices » est d’abord installé à Saint-Lazare, puis transféré à Fresnes en 1925. En 1977, le quartier des nourrices de Fresnes est transféré à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis.
Conditions de Détention Actuelles
Aujourd’hui, les conditions de détention des femmes enceintes et des mères détenues avec leur enfant sont loin d’être uniformes sur le territoire national. Au moment de l’enquête, parmi les 64 établissements pénitentiaires accueillant des femmes en France, 25 pouvaient théoriquement recevoir des enfants. Si certaines maisons d’arrêt pour femmes bénéficiaient de locaux spécifiques, comme celles de Montluc et de Fleury-Mérogis, dans d’autres établissements, rien n’était prévu pour les mères, en dehors de quelques cellules réservées comme à la maison d’arrêt des femmes de Loos. Dans tous les cas, la situation des mères détenues avec leur enfant était décrite comme « meilleure ».
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La Surveillance Accrue des Mères en Nurserie
Derrière les avantages qu’il y a à purger sa peine en quartier mères-enfants, on trouve la mise en place d’un dispositif étroit de surveillance. Protégées, les mères sont perçues comme une population à risque. Le risque ici n’est pas seulement d’ordre sécuritaire : au nom de l’intérêt de l’enfant, il est mesuré en termes éducatifs et psychologiques. Délinquantes, les détenues accueillies sont aussi de potentielles « mauvaises mères », ce qui suppose des disciplines au féminin aux marges du carcéral, dans des dispositifs régis par le droit civil et le droit social quand ils touchent à la famille et à la protection sociale.
L'Espace de la Nurserie: Une Frontière Floue
La nurserie se présente comme une zone frontière ou d’exception au sein de l’univers carcéral. Elle est à l’image des logiques d’encadrement de la maternité qui régissent la situation hors les murs. Les nurseries permettent de mieux saisir le contrôle social des mères, qui se partage entre protection et surveillance et emprunte d’autres voies disciplinaires que la voie pénale. Ces espaces hybrides où s’articulent des référentiels apparemment contradictoires entre État social et État pénal, sont des révélateurs de la pénalité par rapport au genre.
Organisation Spatiale et Atmosphère de la Nurserie
L’organisation spatiale, les discours et les pratiques de surveillance contribuent à distinguer ce lieu de l’ensemble de l’espace carcéral. La nurserie peut se présenter comme une crèche au cœur même de la prison. La vitre qui sépare le quartier mères-enfants du reste de la détention marque d’emblée la différence : colorée, elle est ornée d’un autocollant « Bébé à bord » et d’animaux peints. Les odeurs de bébés et de nourriture tranchent nettement, tout comme les bruits : pas de haut-parleurs, pas de grincements de clefs, pas de claquements de grilles, mais des rires ou des pleurs d’enfants. Les murs, jaunes, bleus ou roses ont fraîchement été repeints.
Personnel et Ambiance
À la place des uniformes réglementaires, les surveillantes portent une blouse d’infirmière sur leurs habits civils. Le bureau des surveillantes est clair, relativement petit et un aquarium est posé au-dessus d’un réfrigérateur. À côté, le bureau du « personnel petite enfance » est le lieu des entretiens avec les éducateurs. Attenant, le cabinet médical accueille le pédiatre qui reçoit les mères et leur enfant une fois tous les quinze jours.
Rappel de l'Univers Carcéral
Une petite rotonde vient toutefois signifier l’univers carcéral. Deux téléviseurs projettent des images en noir et blanc et rappellent la surveillance des couloirs par une série de caméras. Un système d’interphones permettant le contact avec les détenues en cellule est également en place. Mais ces éléments proprement carcéraux sont contrebalancés par les photos d’enfants scotchées sur les vitres, une affiche annonçant « Club mieux-être » et une pancarte sur le modèle des plaques de rues parisiennes où l’on peut lire « Avenue de l’évasion ».
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Organisation des Cellules et Espaces Collectifs
De part et d’autre de cette rotonde s’étend un long et étroit couloir circulaire. Les ailes sont distinguées selon la « carrière maternelle » : à gauche, les cellules des femmes enceintes, à droite, celles des mères avec enfants. Ces cellules individuelles comportent un lit d’adulte et un lit d’enfant qui se font face, une table avec un nécessaire pour le change, un rangement et un coin fermé pour le lavabo et les toilettes. Cinq espaces collectifs s’ajoutent à ce tableau. L’une est appelée « salle de jeux » avec une piscine à boules. L’autre pièce, dite « salle à manger », ou « réfectoire », est prévue pour les repas collectifs des enfants. Elle ouvre, par portes vitrées, sur une sorte de patio, également appelé « jardin ».
Réglementation Spécifique
La séparation matérialisée des territoires d’incarcération est doublée d’un dispositif réglementaire spécifique. Les cellules sont ouvertes à 8h, closes de 12h à 14h puis refermées à 18h, même le week-end. Le droit de circuler fait l’objet de mesures ad hoc, offrant une liberté bien plus grande de mouvement. En dehors du moment des repas, les promenades sont autorisées à toute heure. Les mères détenues avec leur enfant et les femmes enceintes ont droit à une douche par jour, contre trois fois par semaine dans le reste de la détention.
Rythme Temporel et Événements Spéciaux
Le cadre temporel obéit également à des règles informelles et calquées sur le monde du « dehors », comme la ritualisation des fêtes du calendrier civil (anniversaires, fête des mères, Noël, Jour de l’An). À cette occasion, on mobilise personnel d’encadrement et direction.
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