La coqueluche, une infection respiratoire bactérienne très contagieuse, causée principalement par la bactérie Bordetella pertussis, représente un risque significatif, particulièrement pour les nourrissons. Autrefois une des principales causes de mortalité infantile, elle demeure une préoccupation majeure en raison de sa contagiosité et des complications potentielles, notamment chez les nourrissons. La contamination se produit par les gouttelettes de salive émises lorsqu'une personne infectée tousse, éternue ou parle.
Épidémiologie et recrudescence
L'épidémiologie de la coqueluche est cyclique, avec des pics tous les 3 à 5 ans. Un DGS-Urgent du 7 juin 2024 a alerté sur une hausse importante des cas en France et en Europe, en prévision des grands rassemblements liés aux Jeux olympiques et paralympiques. Les données européennes montrent une tendance similaire, avec 32 037 cas recensés dans 30 pays au cours des trois premiers mois de l'année, contre 25 130 en 2023. Depuis début 2024, la France connaît une recrudescence des signalements de cas de coqueluche, avec plus de 5800 cas recensés entre janvier et mai 2024.
Symptômes et diagnostic
La coqueluche se manifeste initialement par une toux légère ou un simple rhume, souvent accompagné d'une légère fièvre. Après une à deux semaines, la toux évolue en quintes répétées et sévères, suivies d'inspirations bruyantes caractéristiques, surtout la nuit. Chez les bébés, la maladie peut se traduire par une toux quinteuse prolongée, parfois asphyxiante. Le diagnostic repose sur l'identification des symptômes et peut être confirmé par des examens biologiques.
Identification des symptômes
Chez les nourrissons ou les personnes non immunisées, la toux est assez caractéristique avec généralement des quintes typiques insomniantes et émétisantes avec une reprise bruyante de l'inspiration, appelée le chant du coq. Chez les personnes immunisées, elle prend parfois, la forme d’une toux banale de plus de 7 jours sans cause évidente retrouvée.
Confirmation du diagnostic
Pour confirmer qu'il s'agit bien de la coqueluche, une analyse PCR (sur prélèvement naso-pharyngé) doit être réalisée dès la suspicion clinique et au plus tard jusqu'à 21 jours après le début de la toux (examen remboursé selon certains critères). Elle est recommandée dans les situations suivantes :
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- Nouveau-nés et nourrissons de moins de 6 mois ou de plus de 6 mois non ou incomplètement vaccinés avec une toux quinteuse ou associée à des apnées.
- Enfants, adolescents et adultes vaccinés présentant une toux supérieure à 7 jours sans cause évidente (y compris si le rappel vaccinal date de moins de 5 ans). Le remboursement de la Cpam sera possible que si le vaccin date de plus de 3 ans (Il ne sera pas possible si le vaccin date de moins de 3 ans)
La PCR n'est pas indiquée chez des personnes asymptomatiques contacts d'un cas. En période épidémique ou de tension sur les laboratoires, on peut ne pas réaliser de PCR chez une personne avec clinique évocatrice elle-même contact d’un cas confirmé microbiologiquement. Lors de la survenue de cas groupés dans une collectivité (Ehpad, services hospitaliers), il ne faut tester que les 3 premiers cas et considérer les autres personnes symptomatiques comme des malades.
Les seuls diagnostics biologiques remboursés sont l’isolement de la bactérie (culture) ou la détection de son matériel génétique par PCR à partir d’une aspiration ou d’un prélèvement nasopharyngé.
Complications chez le nourrisson
La coqueluche peut entraîner des complications graves, en particulier chez le nourrisson, notamment :
- Coqueluche maligne du nourrisson (< 3 mois)
- Formes neurologiques chez les bébés (< 12 mois)
- Pneumonie
- Crises convulsives
- Encéphalite
- Détresse respiratoire
- Défaillance cardiaque
Plus de 90 % des décès par coqueluche surviennent chez les bébés de moins de six mois. Entre janvier et août 2024, 277 nourrissons de moins de 12 mois ont été hospitalisés en raison de la coqueluche en France, et un nombre provisoire de 22 enfants sont décédés suite à cette infection (données Santé Publique France).
Prise en charge et traitement
Le traitement de la coqueluche repose sur l'administration d'antibiotiques, principalement des macrolides tels que la clarithromycine et l'azithromycine. Ces antibiotiques visent à prévenir le risque de contagion en éliminant la bactérie des sécrétions. Les recommandations concernant le choix des molécules et les indications de l'antibiothérapie ont été émises par la HAS et les sociétés savantes d'infectiologie et de pédiatrie.
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Recommandations pour le malade
Afin d'éviter toute transmission, il est préconisé d'instaurer, avant le 21e jour de toux :
- une antibiothérapie curative : en première intention les macrolides et en 2e intention le Cotrimoxazole. A noter que cette antibiothérapie a une action sur la contagiosité mais peu sur la symptomatologie
- une éviction de toute collectivité (y compris dans l’attente du résultat du test) pendant 3 à 5 jours selon l’antibiotique prescrit (et 3 semaines en cas d'absence de traitement).
Antibiotiques recommandés pour traiter une coqueluche
| Antibiotique | Enfant | Adulte | Femme enceinte | Durée de l'éviction |
|---|---|---|---|---|
| Azithromycine | 20 mg/kg/jour en une prise par jour (sans dépasser 500 mg/jour), pendant 3 jours | 500 mg/jour en une prise par jour, pendant 3 jours | Même dosage que pour l'adulte, quelque soit le terme | 3 jours |
| Clarithromycine | 15 mg/kg/j en 2 prises (maximum 500 mg 2 fois par jour) pendant 7 jours | 500 à 1000 mg/jour en 2 prises pendant 7 jours | Même dosage que pour l'adulte, quelque soit le terme | 5 jours |
| Cotrimoxazole | 6 mg/kg/jour de triméthoprime en 2 prises pendant 14 jours | 320 mg/jour de triméthoprime en 2 prises pendant 14 jours | envisageable au cours de la grossesse en associant une supplémentation en acide folique | 5 jours |
Recommandations pour l'entourage
Lors d’un diagnostic de coqueluche, il faut également :
Évaluer la protection des personnes considérées comme contacts
Prescrire une antibioprophylaxie, identique à la curative, aux contacts identifiés selon les modalités ci-dessous :
- Dans les 21 jours qui suivent le contact à risque à tous les nourrissons dit à « haut risque » ;
- Dans les 14 jours après le contact à risque et si le contact n’est pas protégé contre la coqueluche par un vaccin datant de plus d'une semaine et de 5 ans maximum ou par une de coqueluche survenue dans les 10 ans précédents :
- Aux personnes à risque.
- Aux femmes enceintes au 3ème trimestre de grossesse.
- Aux personnes ayant des contacts avec des bébés à Haut risque et qui ne peuvent pas porter le masque en permanence en leur présence.
Demander au malade d’informer le plus rapidement possible son entourage Le malade doit également informer son cercle familial, social et professionnel (médecine du travail) et les collectivités fréquentées (crèche, école).
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Ces contacts doivent consulter un médecin pour :
- vérifier leur vaccination et la mettre à jour le cas échéant ;
- évaluer la nécessité d’un traitement préventif
- ou évaluer la nécessité d'un traitement curatif, en cas d'apparition de toux dans les 21 jours après le dernier contact.
Prévention : Vaccination et stratégies
La vaccination est la meilleure prévention contre la coqueluche. En France, la vaccination contre la coqueluche repose sur trois stratégies :
- La vaccination précoce et obligatoire des nourrissons : la vaccination contre la coqueluche est obligatoire pour les nourrissons nés depuis le 1er janvier 2018. Pour un schéma vaccinal complet, il faut 3 doses : une première injection à 2 mois, une autre à 4 mois, puis à 11 mois.
- La vaccination des femmes enceintes dès le 2nd trimestre de grossesse : cette vaccination doit être réalisée à chaque grossesse.
- La vaccination de l'entourage (stratégie de cocooning) : En l’absence de vaccination de la mère en cours de grossesse, la vaccination est recommandée aux personnes susceptibles d’être en contact étroit avec le nourrisson durant les six premiers mois de sa vie (stratégie de cocooning) : parents, grands-parents, assistante maternelle, etc. (hors période de recrudescence de circulation de la maladie).
Importance de la vaccination
La vaccination est la solution idéale pour le contrôle des maladies transmissibles. Dans toutes les régions où les jeunes enfants ont été intensivement vaccinés par des vaccins composés de germes entiers efficaces, la morbidité et la mortalité ont considérablement diminué. Cependant, l’immunité infectieuse, tout comme l’immunité vaccinale, est de courte durée.
Coqueluche : vérifier le statut vaccinal des patients
Aussi, nous vous recommandons de vérifier le statut vaccinal de vos patients à chaque consultation.
Recherche et perspectives d'avenir
La recherche continue d'explorer de nouvelles stratégies vaccinales pour améliorer la protection contre la coqueluche. Les efforts portent sur le développement de vaccins plus efficaces et durables, ainsi que sur une meilleure compréhension de la maladie et de son évolution. Un nouveau vaccin nasal, BPZE1, est actuellement en développement clinique et pourrait offrir une protection non seulement contre les symptômes, mais aussi contre l'infection et la transmission.
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