Loading...

Le Processus de Contraction dans la Civilisation Postmoderne selon Lipovetsky

Introduction

Cet article explore le concept de contraction dans la civilisation postmoderne, en s'appuyant sur les travaux de Gilles Lipovetsky et d'autres théoriciens. Il examine comment l'esthétisation du monde, l'accélération sociale, et la fragmentation des valeurs contribuent à une crise du sens et à une transformation profonde de l'expérience humaine.

L'Esthétisation du Monde et le Capitalisme Trans-esthétique

Le pragmatisme de John Dewey, avec ses implications esthétiques, offre une perspective pertinente pour comprendre l'esthétisation du monde et de la vie. Cependant, l'esthétique de Dewey est inextricablement liée à une critique socioculturelle radicale, la distinguant de toute forme complaisante d'action et de création dans le capitalisme artiste. Au contraire, dans la vision de Dewey, le non-dualisme de l'art et de la vie renoue avec la dimension politique de la notion grecque d'art de vivre, tout en établissant un dialogue fructueux avec certains auteurs de la Théorie critique.

La "créativité de l'agir", selon Hans Joas, est devenue un poncif, un motif publicitaire de la civilisation des loisirs. La mainmise actuelle de l'économie, des entreprises et du management sur cette notion peut être comprise comme une attitude générale du capitalisme, capable de récupérer ses propres critiques pour en faire de nouveaux arguments ou de nouvelles forces. Cette créativité de l'agir, telle qu'elle se trouve aujourd'hui promue dans les médias, vante la construction et l'accomplissement de soi, l'autopromotion et l'auto-entreprise.

L'investissement capitaliste des valeurs de l'art et de l'expérience esthétique est un phénomène ambivalent, jouant de sa proximité avec la notion grecque d'art de vivre. Le "capitalisme trans-esthétique", tel que l'appellent Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, pose un triple problème : l'idée d'une esthétisation de l'éthique peut-elle être soluble dans l'économie ? Des valeurs financières peuvent-elles se porter garantes de la vie belle et bonne ? La sphère de l'aisthesis est-elle réductible à une cosmétique, un art de l'apparence et du visible ?

La philosophie pragmatiste de John Dewey offre des réponses à ces questions, en soulignant le non-dualisme de l'expérience esthétique et de l'expérience humaine, de l'esthétique et du social, de la culture et de l'utilité. L'esthétique de Dewey se situe dans une perspective politique étrangère à une fausse et illusoire réunion de l'art et de la vie, que le capitalisme a toujours séparée.

Lire aussi: Gérer les contractions en fin de grossesse

L'Expérience Esthétique selon Dewey

L'expérience est la clé de voûte de la philosophie de Dewey, et c'est à partir d'elle qu'il faut situer ce qu'il entend par "esthétique". L'expérience est à la fois une action et une épreuve, formant la signification pratique de l'expérience, sa réussite ou son échec. Issue de l'héritage darwinien de Dewey, la naturalité de l'expérience doit se comprendre comme la réponse d'un organisme à son environnement, une action réciproque, un ajustement mutuel, de l'organisme et de son contexte de vie.

Toute expérience commence comme une impulsion, mais ne devient un acte expressif que grâce à "l'interprétation réfléchie" de celle-ci. L'expérience inclut donc une dimension à la fois réactive et active, mais aussi somatique, intelligente et cognitive. L'accent porté sur la corporéité de l'expérience, associée à une réflexivité propre, servira notamment d'inspiration à la construction, par Richard Shusterman, d'une soma-esthétique.

L'expérience esthétique n'est pas réductible à l'artistique, puisque toute expérience humaine peut être vécue sous une modalité esthétique. La mesure de la différence entre expérience humaine et expérience esthétique n'est pas l'art, mais la qualité et la complétude de l'expérience, ce qui en compose la dimension créative. L'artistique n'est donc qu'un aspect de l'expérience esthétique aux applications très larges.

L'expérience n'est pas exclusivement subjective, mais plutôt le fruit d'un entrelacs du sujet et de l'objet. L'expérience esthétique articule le fait et la valeur de par l'attention qu'elle porte à l'objet et la valeur qu'elle lui attribue. La créativité de l'agir humain tient au plaisir et à l'épanouissement de l'action elle-même, dans un processus holiste, à la fois pratique, émotionnel, somatique, cognitif, excluant l'absence de but et l'efficacité mécanique.

Art de Vivre et Critique Sociale

L'expérience esthétique est, chez Dewey, indissociable de la notion grecque d'art de vivre et d'une vision de la création comme pratique de vie au sens que lui ont donné Ralph Waldo Emerson et Henry David Thoreau, et que Michel Foucault nommera "culture de soi" ou "souci de soi". Cette esthétisation de l'éthique est corrélative, dans l'esthétique deweyenne, d'une conception hétéronome de l'art, à la fois produit du social et action sur la communauté.

Lire aussi: Tout savoir sur le hoquet

Dewey refuse, du point de vue de l'expérience, la différence entre les arts populaires, les arts utilitaires, et ce que nous qualifions de grand art. Si la séparation est réelle, c'est en tant que l'art est relégué dans les musées et coupé, de fait, de son environnement quotidien. Une telle conception muséale de l'art place les œuvres sur un piédestal, les détournant du plaisir spontané et immédiat de la vie en son ensemble.

Le désir esthétique se tourne alors vers des choses qui, pour être parfois vulgaires et de mauvaise qualité, n'en demeurent pas moins impliquées dans des formes dynamiques d'expérience. La séparation a, dès lors, pour complément une séparation entre une esthétique élitiste, amatrice de grand art, et une esthétique populaire, tournée vers les produits simples et divertissants de tous les jours.

La Contraction du Temps et de l'Espace

La postmodernité se caractérise par une contraction du temps et de l'espace, due en grande partie à l'essor d'Internet et des technologies de communication. Cette contraction s'accompagne d'une atomisation du social, d'une fragmentation des identités, et d'une crise du sens. La ville devient un espace festif et informationnel, où prolifèrent les formes, les signes, et les images.

L'accélération du temps conduit à une société de la satisfaction immédiate, où l'horizon se réduit au court terme. Les individus sont soumis à des exigences d'adaptation permanentes, ce qui engendre un excès de stress chronique, des burn-out, et un sentiment de vide. La disparition de ce qui dure, de ce qui est solide, laisse place à la brièveté et à l'éphémère.

La Crise des Valeurs et la Recherche de Sens

La postmodernité est marquée par une crise des valeurs et une perte de sens. Les grandes narrations de la modernité, telles que le progrès et la raison, ont perdu leur crédibilité. Les individus sont confrontés à une multiplicité de choix et à une absence de repères stables. Cette situation engendre une anxiété généralisée et une recherche effrénée de jouissance et de bien-être.

Lire aussi: Solutions pour les contractions musculaires

Le culte du moi a pris la place du sujet, et le paraître est devenu primordial. Le lien social est malade, et les individus se sentent souvent isolés et déconnectés. La pensée et le sens sont remplacés par la sensation et l'image. La construction de sens devient difficile, et l'accès à la culture est problématique.

Les Tribus Postmodernes et les Nouvelles Formes de Solidarité

Face à la fragmentation sociale et à la perte de sens, les individus se regroupent en tribus postmodernes, des communautés électives basées sur des affinités et des intérêts communs. Ces tribus offrent un sentiment d'appartenance et un partage émotionnel, mais elles sont souvent partielles et éphémères.

Les réseaux sociaux favorisent la création de ces tribus, en permettant aux individus de se connecter et de communiquer facilement. Cependant, ces réseaux peuvent aussi renforcer l'isolement et la superficialité des relations. La recherche de fusion et la communion des affects sont des caractéristiques importantes des tribus postmodernes.

Le Phalanstère revisité : utopie ou dystopie ?

Le concept du phalanstère, tel que développé par Charles Fourier, offre un éclairage intéressant sur les enjeux de la vie communautaire et de l'organisation sociale. Le phalanstère est un regroupement organique d'éléments considérés nécessaires à la vie harmonieuse d'une communauté, la Phalange.

Bien que le phalanstère ait été conçu comme une utopie, il peut aussi être interprété comme une dystopie, en raison de son potentiel de contrôle social et de son uniformisation des individus. Le phalanstère symbolise le progrès industriel et la volonté de rationaliser l'espace de vie, mais il peut aussi conduire à une perte de liberté et d'autonomie.

L'Accélération Sociale et ses Conséquences

Hartmut Rosa analyse l'accélération sociale comme un phénomène central de la postmodernité. Il distingue trois dimensions de l'accélération : l'accélération technique, l'accélération du changement social, et l'accélération du rythme de vie.

L'accélération technique se traduit par une augmentation de la vitesse des procès de production, des transports et des communications. L'accélération du changement social concerne la transformation rapide des formes de la pratique et des orientations de l'action, ainsi que des formes du lien social et des modèles relationnels. L'accélération du rythme de vie se manifeste par une augmentation du nombre d'actions et d'expériences vécues dans un laps de temps donné.

L'accélération sociale a des conséquences importantes sur l'expérience humaine. Elle conduit à une contraction du présent, à une perte de la capacité à se projeter dans l'avenir, et à un sentiment d'aliénation et de déconnexion. Elle engendre aussi un stress chronique, des burn-out, et une recherche effrénée de satisfaction immédiate.

tags: #contraction #processus #civilisation #lipovetsky

Articles populaires:

Share: