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Guerre et Sacré : Une Contraction Selon Roger Caillois

Introduction

La guerre, un thème omniprésent dans l'histoire et la culture, est souvent abordée à travers des récits factuels, des témoignages poignants et des œuvres de fiction saisissantes. Cet article explore la contraction entre la guerre et le sacré, en s'inspirant des réflexions de Roger Caillois et en utilisant des exemples littéraires et historiques pour illustrer cette relation complexe.

Les Mots de la Tribu : Une Généalogie de la Guerre

Natalia Ginzburg, dans Les mots de la tribu, raconte sa famille à travers les mots qui y avaient cours. Ces expressions, ces phrases, sont comme des bornes hérissées sur le territoire de l’enfance. De même, la guerre est souvent perçue à travers le prisme des mots, des récits et des souvenirs transmis de génération en génération. L'histoire de la Grande Guerre s'est écrite sur le fond du souvenir, de l’archive et de l’imagination. Des livres d’histoire, d’innombrables témoignages, des Mémoires et des œuvres de fiction décrivent les lieux, les jours et les hommes. La guerre - et celle-là en particulier - est devenue un genre à part. Pour le pire et pour le meilleur, elle a donné et donne encore ses écrivains, ses historiens et ses spécialistes, et chaque année qui passe permet de découvrir d’autres titres, des correspondances, des journaux mis en forme et publiés et des romans qui font de cette guerre le cœur de leur récit.

Onomastique de la Guerre : Le Nom Comme Passeport

Dans un roman, les noms propres sont comme de petites giclées de vie, d’évocations, d’émotions. Passeport vers la fiction, le nom propre ouvre un voyage au lecteur. De même, les noms des batailles, des généraux et des héros de guerre résonnent avec une force évocatrice, ouvrant un voyage dans l'histoire et la mémoire collective. Du côté de Guermantes au rivage des Syrtes, on galope avec Emma Bovary, on part en quête de Moby Dick. Et pour celui qui prend pseudonyme, le nom est passeport vers l’écriture. Les exemples abondent, du besoin de distinguer deux identités (Marguerite de Crayencour devenue Yourcenar par la grâce de l’anagramme) à celui de cacher, jouer avec elles (Gary/Ajar, faces d’une même pièce, la ribambelle d’hétéronymes d’Antoine Volodine). De quoi le nom est-il le nom ?

Clichés et Réalités de la Guerre

Pour ne retenir que le temps civil de la guerre, celui de la France entrant dans le plus terrible conflit du siècle et celui de l’arrière pendant l’affrontement, il me semble que l’histoire s’est construite autour de clichés. Ici et là, les images se forment autour de scènes identiques de femmes au travail, de familles éprouvées et silencieuses, d’enfants sages lisant les lettres envoyées par les pères soldats. Cette idée de cliché doit être prise dans sa définition typographique, celle d’une « plaque portant en relief la reproduction d’une page de composition, d’une image, et permettant le tirage de nombreux exemplaires. Pour Rémy de Gourmont, auteur prolifique du XIXe siècle, le cliché est ce fruit, tentant et défendu en littérature. Il y consacre un chapitre de son Esthétique de la langue française (1899). Au-delà du cliché du cliché-paria-de-la-littérature, il y a dans cette forme quelque chose d’incertain, de sournois, de relatif et même d’explosif.

L'Entrée en Guerre : Entre Enthousiasme et Consternation

Le 1er août 1914, la France veille sur ses champs et sur ses récoltes. Le temps est lourd, lent, sans vent et sans bruit, étouffant de chaleur et de vide. Soudain, c’est la rupture : les cloches sonnent, les roulements de tambour retentissent. Aussitôt, c’est la pagaille avec ses courses, ses cris, ses pleurs de femmes. Les couples se forment et s’embrassent, les voisins se rapprochent, se serrent. A Pieusse dans l’Aude, à Saint-Malo, à Valensole et partout en France, c’est la même scène. A Peyriac-Minervois, le tonnelier Louis Barthas assiste à cette scène incroyable : « On vit des choses extraordinaires : des frères irréconciliables se réconcilièrent, des belles-mères avec leurs gendres ou belles-filles qui la veille encore se seraient giflées et arraché les cheveux échangèrent le baiser de paix, des voisins qui ne voisinaient plus reprirent les plus amicales relations. Il n’y eut plus d’adversaires politiques, insultes, injures, haines, tout fut oublié.

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Deux images générales s’opposent dans le tableau qui rend compte des impressions au moment de l’entrée en guerre : l’enthousiasme contre la gravité, l’ivresse contre la tristesse. Dans La Grande Guerre des Français, Jean-Baptiste Duroselle (1994) a noté ce contraste. Il revient sur le mythe si souvent répandu de « la fleur au fusil », des cris « à Berlin ! » lancés par des millions d’hommes. Selon lui, cette attitude est surtout un phénomène urbain : « Dans les villes moyennes, c’est l’enthousiasme qui l’emporte. Mon père, Albert Duroselle, m’a raconté que, vers le 10 août, le détachement de complément du 8e BCP marchant, musique en tête, de la citadelle à la gare d’Amiens - sans doute un millier d’hommes - a vécu des minutes inoubliables : la population entière acclamant les soldats, les femmes jetant des fleurs, embrassant les soldats, les hommes leur offrant à boire, les drapeaux tricolores partout brandis » (Duroselle 1994 : 62). Notons qu’au même moment l’écrivain Stefan Zweig (1982 : 263) a constaté le délire qui a saisi Vienne : « Pour être vrai, je dois avouer que dans cette levée des masses il y avait quelque chose de grandiose, d’entraînant et même de séduisant, à quoi il était difficile de résister.

Au contraire des villes, la tristesse semble générale dans les campagnes. En Auvergne, dans l’Ile-de-France, en Bourgogne ou ailleurs, une même question revient, obsédante et sans réponse : « Qui va faire la moisson imminente ?

Une échelle des sentiments qui mène de la surprise à la stupeur en passant par l’étonnement plus ou moins marqué, le refus de croire et l’effroi. Selon lui, la réaction « reflète l’existence d’une fraction de la population si éloignée de l’idée d’une guerre que les observateurs n’ont pas manqué d’en être frappés au point de la noter ».

Dans cet inventaire, l’accueil réservé occupe la plus grande place, la consternation semblant être le sentiment le plus partagé. Ainsi, à Langueux, près de Saint-Brieuc, l’instituteur relève : « A 19 heures, le tocsin annonce la mobilisation. Tout le monde est consterné » (Becker 1977 : 293). A Benest, en Charente, le maître d’école observe : « C’est au son des cloches et du tambour que cette triste nouvelle fut connue du public. En moins d’une heure, tous les habitants de la commune étaient massés devant la porte de la mairie. Quelle consternation !… » (id. ibid.

Plus encore que la consternation, les pleurs, ceux des femmes en général, sont soulignés : « Les hommes ne disaient mot ; les femmes et les enfants pleuraient » (Becker 1977 : 293). Mais ces pleurs, selon Becker (ibid. : 293-294), sont d’une nature particulière : « Il n’est pas possible de considérer ces pleurs comme seulement dus aux prochaines séparations, surtout au moment où ils se produisent. Ils sont une indication de cette profonde tristesse que la mobilisation provoque dans un grand nombre de cas. » Le sentiment de tristesse générale est exacerbé. A Pordic, dans les Côtes-du-Nord, il est immense : « Le tambour bat la générale dans les rues du bourg. C’est bien la mobilisation que l’on affiche aussitôt à tous les coins de rue. Les gens sortent sur le seuil des portes ; ils ont des larmes aux yeux. On s’approche des affiches ; quelqu’un lit tout haut, on écoute, on questionne en proie à une tristesse indicible… » Cette tristesse, pour Becker, est « un sentiment fortement ressenti », « le sentiment d’une population et non celui de quelques-uns ». Et l’émotion, « qui prend à la gorge », l’angoisse, le chagrin s’ajoutent encore à la consternation, à la tristesse.

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Roger Caillois : Guerre et Sacré

Roger Caillois a exploré la relation entre le jeu, le sacré et la guerre. Pour Caillois, le sacré se manifeste dans des moments de transgression, de rupture avec l'ordre quotidien. La guerre, avec sa violence extrême et ses sacrifices, peut être perçue comme une forme de sacré, un moment où les règles et les valeurs ordinaires sont suspendues.

La Contraction : Une Tension Inhérente

La contraction entre la guerre et le sacré réside dans la tension inhérente entre la destruction et la création, la mort et la transcendance. La guerre, tout en étant une source de souffrance et de désolation, peut aussi être un catalyseur de changement social, de renouveau spirituel et de création artistique.

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