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Contraction, Développement Durable et Paradoxe : Une Analyse Approfondie

Introduction

L'expression "développement durable" (DD), parfois appelée "soutenable", a gagné en popularité suite à la publication du rapport "Our Common Future" (Notre avenir commun) en 1987, élaboré par la Commission mondiale sur l'environnement et le développement (CMED) sous la direction de Gro Harlem Brundtland. Cependant, les racines intellectuelles de cette notion remontent à des réflexions plus anciennes, ancrées dans la pensée écologique et l'économie politique. Le rapport Brundtland a également popularisé la définition du DD comme un développement qui "répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs".

La question du DD a engendré une abondante littérature, émanant de divers acteurs et marquée par des divergences notables. On distingue notamment des approches "modérées", souvent issues des entreprises et de leurs représentants, ou d'institutions internationales comme la Banque mondiale ou l'OCDE, et des approches plus "radicales", généralement portées par des ONG, qui considèrent le DD comme une alternative au modèle de développement économique actuel.

Diversité des Approches Théoriques

Sur le plan théorique, divers courants tels que l'institutionnalisme et le courant néo-classique ont tenté d'intégrer cette nouvelle référence, avec des succès variables. Des approches plus originales, comme l'économie écologique, ont émergé pour offrir d'autres perspectives. On peut ainsi distinguer les approches de la "durabilité faible", issues du courant néoclassique, et celles de la "durabilité forte", relevant de l'économie écologique et de l'institutionnalisme.

Les tenants de la durabilité faible considèrent généralement que les différents facteurs de production (capital naturel, capital physique, travail) sont substituables, voire que l'environnement est un bien économique parmi d'autres. À l'inverse, les partisans de la durabilité forte critiquent cette hypothèse et appréhendent l'environnement comme une variable spécifique. Ces divergences théoriques conduisent à des analyses et des recommandations politiques très différenciées.

Théorie de la Régulation et Développement Durable : Un Rapprochement Pertinent

Cet article ne vise pas à prendre position par rapport à ces différentes contributions, mais cherche à évaluer la pertinence d'un autre courant théorique, la Théorie de la Régulation (TR), qui ne s'est pas encore intéressé de manière approfondie au DD. Ce rapprochement entre DD et TR est pertinent car il permet de dépasser les "zones d'ombre" respectives de ces deux approches.

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Il est important de noter que le DD et la TR ne se situent pas sur le même plan épistémologique. La TR est une théorie qui cherche à expliquer les dynamiques d'accumulation, leurs caractéristiques, leurs crises et leurs enchaînements. Le DD, quant à lui, est un référentiel analytique qui met l'accent sur les interdépendances entre les domaines économique, social, écologique et institutionnel, ainsi qu'entre les échelles de temps et d'espace. Il s'agit également d'un référentiel normatif d'action publique et privée, visant à concilier équité intergénérationnelle et intragénérationnelle.

Malgré ces différences, la TR peut apporter ses schèmes explicatifs pour ordonner les éléments de problématique offerts par le DD et appuyer des projets orientés vers la durabilité. En mettant en évidence ce que l'un met en exergue et ce que l'autre laisse dans l'ombre, on peut constater une complémentarité utile entre les deux registres, permettant de couvrir un champ plus large que ne le ferait leur seul regard exclusif.

Périodisation du Capitalisme et Conceptualisation du Système Économique

Les travaux régulationnistes ont insisté sur la pertinence d'une périodisation du capitalisme. Si des constantes régissent la logique de fond du capitalisme (prééminence de la valeur d'échange, tendance à l'accumulation, crises internes), les formes prises par ces tendances générales varient dans le temps et dans l'espace. Différents modes de développement, conçus comme des combinaisons particulières entre régimes d'accumulation et modes de régulation, s'articulent au fil du temps.

Les premières formes capitalistes sont dominées par l'accumulation extensive, où le capitalisme conquiert de nouvelles branches et de nouveaux marchés sans modifier les conditions de production. Ensuite, l'accumulation devient intensive, avec une transformation systématique des conditions de production pour accroître la productivité du travail. Avec les Trente Glorieuses, le régime d'accumulation intensive se centre sur la consommation de masse, avec une coévolution étroite entre production et consommation.

Contrairement à cette approche historique, la conceptualisation du système économique offerte par les travaux sur le DD est souvent "globale", sans détailler les différents modes de développement du capitalisme. Si une critique du productivisme est présente dans cette littérature, elle n'est pas rapprochée des phases particulières d'accumulation qui aideraient à en expliquer l'avènement et la persistance. De même, les apports sur le DD ne s'accompagnent pas souvent d'une théorisation spécifique du cadre institutionnel.

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L'Omission de la Question Écologique par la Théorie de la Régulation

Il est vrai que, pour parvenir à une analyse plus complète, la TR devrait davantage se pencher sur le rôle de l'environnement naturel dans la dynamique économique. Au milieu des années 90, Alain Lipietz constatait que la TR avait durablement ignoré la question écologique, malgré l'engagement écologiste de nombreux auteurs régulationnistes. Il expliquait ce paradoxe par le fait que ces auteurs sont des "écologistes politiques" et non des environnementalistes, considérant l'environnement comme une production artificielle où se matérialisent les rapports sociaux. De plus, l'approche régulationniste était traditionnellement axée sur le fordisme et sa remise en cause, et "il est difficile de prétendre que le fordisme soit entré en crise par le côté du rapport société-environnement".

Cependant, ces dernières années, plusieurs contributions d'inspiration régulationniste sont venues pallier cette carence, notamment dans l'analyse de la crise agricole et de l'évolution de l'entreprise face à l'environnement. Malgré l'intérêt de ces apports, ils restent trop peu nombreux et insuffisamment coordonnés pour former une véritable théorie régulationniste de l'environnement.

L'Apport du Développement Durable à la Question Environnementale

Les travaux sur le DD, qui insistent sur la question environnementale, pourraient utilement contribuer à cette possible orientation nouvelle. En effet, la question environnementale est omniprésente dans la littérature sur le DD, qu'il s'agisse d'apports théoriques ou de documents d'origine institutionnelle.

L'économie standard se fonde sur la théorie des externalités environnementales et sur l'économie des ressources naturelles. Les partisans de la durabilité forte, en particulier les tenants de l'économie écologique, mettent la spécificité de la logique écologique au cœur de leur analyse et critiquent l'hypothèse de substituabilité des facteurs. Ils reconnaissent le concept de "capital naturel critique", selon lequel certains phénomènes naturels sont irremplaçables et leur dégradation est porteuse d'irréversibilités ruineuses pour la nature et pour l'Homme.

Dans l'ensemble de la littérature non théorique sur le DD, l'environnement naturel occupe une place centrale, voire exclusive. Les contributions portent sur les impacts environnementaux des activités économiques, sur les moyens de limiter ces impacts et sur la possible conciliation entre efficacité économique et préservation de l'environnement.

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Cependant, ces contributions manquent souvent d'une "historicisation" du rapport entre activités économiques et environnement, et ne recherchent pas une périodisation de ce rapport en lien avec les modes de développement prévalant.

Temps Historicisé vs. Temps Sans Ancrage Historique

Bien que la TR et le DD paraissent se rapprocher en privilégiant le long terme, il existe une différence majeure quant au rapport au temps. Alors que la problématique du DD promeut un temps sans réel ancrage historique, la TR constitue un véritable "institutionnalisme historique". Elle s'attache à un temps "historicisé" où les diverses formes sociales se répondent selon des configurations particulières.

Autre différence : le regard de la TR est plutôt rétrospectif, tandis que le DD est davantage tourné vers le futur. Pendant de longues années, le programme régulationniste a été essentiellement axé sur le fordisme, son émergence, sa dynamique et sa remise en cause. Les approches en termes de DD s'intéressent certes au caractère "non durable" des tendances passées, mais leur inclination à la normativité les conduit surtout à dessiner les contours d'un avenir possible et souhaitable.

L'approche néoclassique cherche à identifier les conditions d'un chemin de croissance où l'optimalité irait de pair avec la durabilité. Les conceptions plus fortes de la durabilité insistent plutôt sur la conservation des ressources naturelles et confèrent une place première au principe de précaution. Cependant, la prégnance des effets d'incertitude invite à proposer de nouveaux schémas démocratiques de prise de décision, qualifiés de nouvelles gouvernances.

Renouvellement de l'Analyse Régulationniste des Ruptures

Les contributions relevant du DD pourraient aider au renouvellement de l'analyse régulationniste des ruptures. La TR considère en général deux types de crises : les "petites" et les "grandes". Les petites crises révèlent des déséquilibres partiels et provisoires dans les régimes d'accumulation, tandis que les grandes crises marquent l'épuisement d'un mode d'accumulation et appellent la recherche d'un nouvel ensemble "régime d'accumulation/mode de régulation".

La problématique du DD, toutes obédiences confondues, s'est attachée à préciser des notions telles que l'incertitude, l'irréversibilité, la capacité de charge, la résilience, et à envisager leurs implications sur les conditions écologiques et économiques, ainsi que sur les modes de décision. Plus fondamentalement, et à la différence de la TR, la problématique du DD pose clairement la question de la finitude du système économique face à des ressources naturelles limitées.

Soutenabilité Forte : Reconnaissance des Limites Absolues

Jacques Theys, vice-président du Plan Bleu pour la Méditerranée, plaide pour le retour à une soutenabilité forte, définie comme la reconnaissance de limites absolues à l'action, mais circonscrites aux risques majeurs et aux impasses critiques pour les générations futures. Il souligne les conséquences pour nos relations à la nature et l'articulation avec une approche substantive du développement durable.

L'opposition entre les soutenabilités faible et forte a joué un rôle historique important dans la structuration théorique du développement durable. L'enjeu est de redonner un contenu substantif à une notion de DD qui s'est progressivement affadie. La conséquence est que notre génération va devoir assumer la responsabilité d'avoir accepté des politiques insoutenables.

La distinction entre soutenabilité faible et forte est une formalisation théorique autour "d'idéaux-types" plutôt que de catégories de l'action publique directement opérationnelles. Le DD est un concept politique et non scientifique, un principe de justice intergénérationnelle, sur lequel s'est greffé un objectif de justice et de solidarité intragénérationnelle. Son objet, ce sont les stratégies ou logiques de développement, et l'environnement n'apparaît que parce qu'on peut penser que les générations futures disposeront a priori de plus de revenus ou de capitaux économiques, et que le facteur limitant essentiel au développement sera la capacité de l'environnement à supporter cet accroissement.

Il est impossible de savoir a priori quels seront les besoins des générations futures, ni d'évaluer les limites naturelles qu'ils vont devoir concrètement surmonter pour les satisfaire, ni de trouver des critères simples d'arbitrage entre générations ou dimensions du développement. Il est plus facile de savoir ce qu'est un développement non durable qu'un DD.

Les différentes disciplines scientifiques se sont emparées de ce principe politique pour lui donner une forme, une structuration théorique. L'économie a le plus investi sur ce thème, car elle avait depuis très longtemps investi sur les ressources naturelles et sur les relations entre croissance et ressources physiques.

Soutenabilité Faible vs. Forte : Un Jeu de Miroirs

Les économistes ont défini deux visages possibles de la soutenabilité, qui se répondent comme dans un jeu de miroirs et ne peuvent se comprendre l'un sans l'autre. Ces deux conceptions se différencient essentiellement sur la manière dont sont perçues les limites liées à la nature.

Pour les tenants de la soutenabilité faible, les limites imposées par la nature sont relatives et peuvent être surmontées par un système de prix efficace et la substitution de ressources ou fonctions naturelles rares ou menacées par d'autres capitaux. Les deux seules conditions pour un développement durable sont la vérité des prix et le maintien dans le temps du stock global de capital. C'est une vision économiciste du développement et fonctionnaliste de la nature.

L'avantage de la soutenabilité faible est qu'elle est en théorie facile à mettre en pratique et qu'elle n'impose pas de contraintes très fortes aux générations présentes. Le problème est qu'elle repose sur une hypothèse en large partie fausse et que la confiance qu'elle place dans le marché et la technique a été infirmée par ce qui se passe dans le monde réel.

La soutenabilité forte, telle que défendue par les tenants de l'économie écologique, se définit par opposition presque terme à terme avec la soutenabilité faible. Les limites imposées par la nature sont absolues et non relatives. Les différents capitaux ne sont pas substituables mais complémentaires. Ce n'est donc pas le stock de capital total dont il faut assurer la constance dans le temps, mais le stock de capital naturel. Les prix ne garantissent pas les régulations nécessaires et tout n'est pas évaluable en monnaie. La confiance dans la technique est surestimée.

Sur le plan de la mise en œuvre, les avantages et inconvénients sont aussi symétriques. On peut attendre de la soutenabilité forte qu'elle garantisse aux générations futures un potentiel minimum de ressources naturelles suffisant pour leur développement. Inversement, les problèmes d'opérationnalisation sont considérables.

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