Loading...

La Contraction de Texte et la Redéfinition de l'Action Volontaire : Une Analyse Méthodologique à la Lumière des Théories de Joëlle Proust

Introduction

La contraction de texte, telle que pratiquée et théorisée notamment par Joëlle Proust, exige une compréhension fine des arguments et des concepts clés d'un texte source. Dans le contexte des neurosciences et de la psychologie cognitive, cette compétence devient cruciale pour analyser des notions complexes telles que l'action volontaire et le contrôle exécutif. Cet article explore comment les mécanismes conscients et inconscients interagissent dans la prise de décision et l'exécution des actions, en s'appuyant sur des modèles théoriques et des études expérimentales.

L'Ambiguïté de l'Action Volontaire

La mise au jour de l’importance de l’inconscient cognitif nous invite par conséquent à redéfinir ce que constitue une action volontaire. Le terme d'action volontaire est employé de manière ambiguë en neurosciences et en psychologie cognitive. Il désigne parfois des actions qui paraissent spontanées, émanant d'un sujet sans contrainte ni réflexe pur, même sans volonté consciente d'agir. Le terme d’action « intentionnelle » est lui aussi employé pour désigner des actions effectuées de manière spontanée, liées à des représentations « internes » de l’organisme (conscientes ou inconscientes) par opposition aux actions effectuées en réponse à des stimuli externes. Pour autant, ces actions ne sont pas toujours accompagnées du sentiment de volonté consciente : certains cas pathologiques ont notamment été examinés lors de l’étude de la théorie épiphénoménaliste de la conscience développée par Daniel Wegner.

Certaines actions automatiques ne nécessitent pas d'intention proximale, mais seulement distale, tout en étant classées comme volontaires ou intentionnelles. Il est donc nécessaire d’expliciter les caractéristiques qui permettent de qualifier ainsi telle ou telle action. Par ailleurs, on ne saisit pas clairement si la notion de contrôle telle que l’emploient les neuroscientifiques coïncide avec la notion intuitive que nous nous faisons du contrôle nécessaire à l’effectuation d’une action volontaire, et a fortiori d’une action libre. Il est donc légitime de nous interroger à présent sur le caractère conscient ou inconscient des mécanismes du contrôle exécutif, qui jouent un rôle prépondérant dans l’étude neuroscientifique de la prise de décision, ainsi que de l’action volontaire.

Modèles du Contrôle Exécutif : Norman et Shallice, Koechlin

Il existe un certain nombre de modèles rendant compte du contrôle exécutif, c’est-à-dire des capacités cognitives de haut niveau qui permettent aux organismes d’avoir des comportements flexibles, en s’adaptant à des contextes sans cesse changeants. Norman et Shallice ont développé un modèle de l’attention qui a acquis une certaine renommée. Le modèle développé par Norman et Shallice s’appuie sur les notions de « gestionnaire des conflits » et de « système attentionnel de supervision ». Lorsque certains schémas d’action sont en conflit, le gestionnaire des conflits s’occupe de sélectionner, de manière automatique, le schéma d’action dont la valeur d’activation atteint un certain seuil. Le système attentionnel de supervision (SAS) est requis dans des situations spécifiques comme la planification, la prise de décision, la correction d'erreurs, les apprentissages, les situations difficiles ou l'inhibition de réponses automatiques. Norman et Shallice appuient leur modèle sur des découvertes faites en neuropsychologie, et localisent leur système attentionnel de supervision au niveau des zones préfrontales du cerveau, tandis que le gestionnaire des conflits pourrait correspondre à certains mécanismes se déroulant au sein du corps strié des ganglions de la base. Les patients avec des lésions préfrontales montrent des dysfonctionnements du SAS, avec des difficultés à effectuer des actions nouvelles, planifier ou corriger des erreurs.

Le système attentionnel de supervision, malgré son rôle important dans la flexibilité du comportement et son adaptation au contexte, comme nous venons de le voir, ne pourrait pourtant que contrôler la sélection et l’amorce des schémas, et non la synchronisation et la précision des étapes ultérieures. Ces opérations requièrent des mécanismes plus rapides, notamment pour l’exécution de tâches expérimentées. De plus, selon ce modèle, lorsque le SAS n’est pas sollicité pour la sélection d’un schéma d’action, mais simplement capturé par un stimulus extérieur déclencheur d’action (« trigger » en anglais), ou bien est sollicité pour superviser une séquence d’action, cela correspond aux actions idéomotrices décrites par William James. Au contraire, une action proprement volontaire fait intervenir la capacité qu’a le système attentionnel de supervision d’influencer la sélection des schémas d’action de manière indirecte, à savoir en modulant leurs valeurs d’activation, soit pour les augmenter, soit pour les diminuer. Norman et Shallice montrent cependant que, si ce critère permet effectivement de distinguer les actions volontaires dans les cas extrêmes, il devient en revanche plus difficile d’identifier le caractère volontaire d’une action lorsque celle-ci requiert peu d’effort attentionnel. Norman et Shallice rendent compte de l’effort de la volonté en montrant que, pour que le système attentionnel de supervision sélectionne un certain schéma d’action, il faut disposer d’une connaissance des conséquences de ce schéma. Or, si les conséquences sont négatives, cela produit une inhibition du schéma d’action en question, qui doit alors être contrebalancée par l’effort du SAS pour sélectionner le schéma d’action correspondant.

Lire aussi: Gérer les contractions en fin de grossesse

Etienne Koechlin et son équipe ont développé un modèle qui porte le nom de « modèle en cascade du contrôle cognitif ». Le contrôle cognitif est défini par Etienne Koechlin comme « la capacité de coordonner ses pensées et ses actions en relation avec des buts internes2 ». Or, le modèle en cascade permet de rendre compte de trois niveaux distincts de contrôle, chacun correspondant à une zone cérébrale spécifique. Le premier type de contrôle associé à l’aire prémotrice correspond à de simples associations stimulus-réponse, le second niveau de contrôle guide le premier en prenant également en compte des indices liés au contexte, enfin le troisième niveau de contrôle prend en compte des informations épisodiques, c’est-à-dire des événements passés pertinents pour évaluer le type d’action à effectuer, et il agit donc en retour sur les deux premiers niveaux. Ce modèle est fondé sur une hiérarchisation des niveaux de contrôle, puisque chaque niveau guide les niveaux inférieurs. Enfin, il existe un quatrième niveau de contrôle, le contrôle d’embranchement (« branching control »), qui inclut des « processus contrôlant l’activation de sous-épisodes emboîtés dans les épisodes comportementaux en cours de déroulement3 ». Ce type de contrôle permet d’interrompre une tâche en cours afin d’en effectuer temporairement une autre, tout en ayant la possibilité de revenir ultérieurement à la première.

Ce modèle permet de rendre compte du contrôle cognitif en montrant que les zones impliquées dans les processus cognitifs de haut niveau (le contrôle d’embranchement et le contrôle épisodique) rétroagissent sur les zones inférieures de perception des stimuli et de prise en compte du contexte. Différents types de contrôle liés à l’effectuation d’une action complexe sont ainsi modélisés, et associés à différentes régions du cortex préfrontal.

Le Caractère Conscient ou Inconscient du Contrôle Exécutif

Des études telles que celle de Marcel Brass et Patrick Haggard4 sur la « signature neurale du contrôle de soi » ne permettent pas, en effet, de répondre à cette question. Tandis que les zones responsables de la formation d’intention ou de la sélection entre différentes alternatives ont été identifiées comme étant l’aire motrice supplémentaire (SMA), l’aire motrice présupplémentaire (pre-SMA) et l’aire motrice cingulaire (CMA), ils ont démontré que l’inhibition d’une action impliquait plus particulièrement le cortex fronto-médian dorsal (dFMC). Ils écrivent ainsi que « le dFMC pourrait être impliqué dans ces aspects du comportement et de la personnalité qui reflètent un “contrôle de soi5” ». D’autre part, leurs résultats montrent que l’inhibition d’une action constituerait un contrôle top-down bloquant le passage de l’intention à son implémentation, plutôt qu’une sélection entre les deux termes d’une alternative : effectuer ou ne pas effectuer l’action. Cependant, ces résultats ne disent rien du lien entre la conscience de l’intention d’agir, ou l’inhibition consciente de cette intention, et le type de contrôle identifié. Les auteurs évoquent l’hypothèse, développée par Libet, d’une intervention de la conscience comme veto précédant l’effectuation de l’action, et rejettent cette hypothèse dualiste en montrant que leurs résultats vont dans le sens d’une activation inconsciente du processus de veto lui-même. Cela étant, il manque selon nous à ces études du contrôle exécutif le développement d’une phénoménologie élaborée, afin de mettre en parallèle ces données objectives avec le vécu des sujets. Seule cette mise en parallèle pourrait nous informer davantage sur le caractère conscient ou inconscient des différents types de contrôle identifiés.

Nous voyons donc que le caractère conscient ou inconscient du contrôle exécutif est difficile à déterminer. Il est néanmoins admis que les contrôles les plus élevés dans la hiérarchie, à savoir le contrôle épisodique et le contrôle d’embranchement, nécessitent l’intervention de la conscience. Diverses expériences contribuent à identifier l’influence que pourraient avoir les processus inconscients sur ces niveaux élevés de contrôle, et réciproquement. Par exemple, les expériences de Lau et Passingham7 ont montré que lors de tâches complexes, le système du contrôle cognitif pouvait être influencé par des perceptions subliminales. Lors de cette expérience, les sujets devaient effectuer l’une ou l’autre de deux tâches quand on leur présentait une série de mots : repérer d’une part ceux qui faisaient référence à des objets concrets, d’autre part ceux qui étaient constitués de deux syllabes. Ces deux tâches ont été choisies parce qu’elles activent des régions du cerveau très distinctes. Préalablement à la présentation des mots cibles, une forme géométrique indiquait au sujet quelle tâche il devait effectuer. Or, les résultats montrent que dans les cas non congruents, l’activité cérébrale que présentent les sujets indique que la perception subliminale les a conduits à commencer à effectuer la tâche alternative, plutôt que la tâche qu’ils devaient en réalité effectuer. La présence du stimulus masqué a donc inconsciemment contribué à activer les zones responsables de la tâche alternative. De plus, le stimulus masqué a également contribué à activer le cortex préfrontal dorsolatéral médian (mid-DLPFC), zone habituellement associée au contrôle cognitif de haut niveau. Or, cette zone est supposée mettre en jeu la conscience et l’attention, selon le modèle de l’attention développé par Norman et Shallice, et a également été considérée comme faisant partie du réseau du traitement conscient par Jack et Shallice (20018) ou encore par Stanislas Dehaene.

Nous voyons que les zones cérébrales associées à la conscience ne sont pas encore bien identifiées, et que d’autre part les perceptions subliminales peuvent influencer des processus aussi complexes que la mise en route d’une tâche cognitive de haut niveau. Des études de psychologie expérimentale vont également dans le sens de cette influence des processus inconscients sur le déclenchement d’actions complexes. Notamment, Bargh et Chartrand10 montrent que la recherche de certains buts peut être suscitée de manière automatique par les perceptions de l’environnement. Ces deux mécanismes se produisent par suite de l’utilisation constamment répétée des mêmes processus mentaux, qui conduit progressivement à l’automatisation de certaines tâches. Néanmoins, dans le second cas, nous n’avons pas conscience d’avoir acquis ces processus automatiques, tandis que dans le premier, une décision consciente est à l’origine de cette acquisition. Ce phénomène est dû, selon les auteurs, au fait qu’un individu poursuit de manière stable certains buts, et qu’il a ainsi tendance, dans des situations similaires, à toujours poursuivre ces mêmes buts et à se comporter en accord avec eux. Au fur et à mesure que les associations entre situations et comportements se répètent, l’effectuation d’un choix conscient devient superflue. Ces résultats sont consistants avec le fait que l’exercice du contrôle de soi serait une ressource limitée11, et que par conséquent l’activation de certains buts, quand ils sont stables et impliquent la réalisation des mêmes comportements dans les mêmes situations, n’implique pas nécessairement le contrôle conscient pour l’effectuation de ces actions. Les études qu’ils rapportent comparent le comportement de sujets ayant été implicitement conduits à réaliser certains buts (en leur présentant des mots relatifs à ce but, de manière subliminale, préalablement à l’effectuation d’une tâche), avec celui de sujets n’ayant pas été implicitement conduits à le réaliser.

Lire aussi: Tout savoir sur le hoquet

Bargh et Chartrand montrent ainsi que dans certaines situations, l’effectuation d’actions dirigées vers un but peut être activée inconsciemment, et que ces actions présentent les mêmes caractéristiques que lorsqu’elles sont accompagnées de conscience. Les auteurs écrivent que « les représentations mentales conçues pour remplir une certaine fonction, rempliront cette fonction une fois activées, peu importe l’origine de l’activation13 ». Cette affirmation réduit donc l’importance du rôle causal spécifique joué par les processus conscients, bien que ces derniers soient parfois nécessaires, lors de situations dans lesquelles un réel choix entre différentes options doit être effectué. Néanmoins, l’action qui résulte de ces activations inconscientes présente, selon les auteurs, des caractéristiques en tout point identiques à celles d’une action réellement intentionnelle.

Enfin, les expériences menées par Haggard et Eimer14 vont également dans le sens d’une importance accrue des processus inconscients dans la prise de décision, contrairement à l’intuition que nous pouvons avoir : ils montrent que le choix entre différentes possibilités alternatives est effectué, dans la plupart des cas, de manière inconsciente. En reprenant le protocole expérimental utilisé par Libet, ils ont demandé à des sujets de choisir entre bouger la main gauche ou la main droite. Or, les résultats montrent que l’intention consciente n’est pas liée aux processus cérébraux les plus avancés, mais bien plutôt aux processus cérébraux plus tardifs qui sont spécialisés, c’est-à-dire qu’ils impliquent que la sélection du mouvement à effectuer a déjà eu lieu : le potentiel tardif est nommé LRP, ou « potentiel de préparation motrice latérale ».

Lire aussi: Solutions pour les contractions musculaires

tags: #contraction #de #texte #méthode #joelle #proust

Articles populaires:

Share: