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Les Femmes Astronautes et la Gestion des Menstruations dans l'Espace : Un Défi Tabou

Le quotidien dans l’espace remet en question toutes les habitudes terrestres et oblige les astronautes à repenser des aspects apparemment insignifiants de leur vie. Parmi ces aspects, la gestion des menstruations pour les femmes astronautes représente un défi particulier, souvent passé sous silence. Cet article explore les problématiques liées aux règles dans l'espace et les solutions envisagées pour faciliter la vie des femmes astronautes.

La Problématique des Menstruations en Microgravité

Depuis les années 1980, le nombre de femmes astronautes a considérablement augmenté. Si la gestion des menstruations était relativement simple lors des vols courts en navette spatiale, elle est devenue une préoccupation majeure lors des missions de longue durée à bord des stations orbitales. À ce jour, environ 70 femmes ont séjourné dans l'espace, dont 21 pour des périodes de plus d'un mois.

L'absence de pesanteur pourrait poser problème, mais l'expulsion des écoulements sanguins est assurée par un système de contraction musculaire en dehors du vagin, comme pour les autres résidus corporels (urine et matières fécales).

Cependant, la gestion des déchets menstruels et l'hygiène personnelle restent des défis importants dans un environnement confiné comme la Station Spatiale Internationale (ISS).

Défis Logistiques et Hygiéniques

"Une station spatiale est une boîte de conserve", explique Varsha Jain, "gynécologue de l'espace" et chercheuse au King's College London. L'hygiène est compliquée et l'eau est une ressource limitée. De plus, seul un cabinet de toilettes de l'ISS tolère le sang, car l'autre recycle l'urine en eau potable.

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Dans la Station spatiale internationale, seul un cabinet de toilettes tolère le sang. L'autre recycle l'urine en eau potable. L'urine contenant du tissu menstruel ne peut donc pas être traitée par l'Ensemble de traitement des urines (UPA). Les équipements sanitaires permettent de recueillir ce type d’urine séparément et de le mettre à l’écart dans un compartiment non recyclable. Par ailleurs, garder une bonne "hygiène personnelle pendant les règles dans l'espace peut aussi être éprouvant, par exemple le peu d'eau pour se laver ou le fait de devoir changer ses produits hygiéniques avec la microgravité", écrivent les spécialistes.

Solutions Envisagées : Suppression des Règles

Face à ces défis, de nombreuses femmes astronautes choisissent de suspendre leurs menstruations pendant la durée de leur mission. "C'est très important de comprendre qu'il s'agit d'un choix complètement personnel", souligne Varsha Jain. "Il n'existe aucune règle venant de la NASA ou de l'Agence Spatiale Européenne".

La plupart des astronautes choisissent donc de suspendre leurs menstruations. Sur une plaquette de 21 pilules et 7 placebo, elles sautent le placebo. Ainsi, elles n'ont plus leurs règles (ce qui n'est pas contre-indiqué par les médecins en général).

La Pilule Contraceptive en Continu

La méthode la plus courante pour supprimer les règles est la prise de pilule contraceptive en continu, sans interruption pour provoquer les saignements. Cette option est privilégiée pour sa commodité, mais elle présente certains inconvénients pour les missions de longue durée.

Car si une femme part en mission pendant 3 ans, elle doit apporter avec elle environ 1000 pilules, ce qui fait beaucoup d'emballages et de poids à ajouter aux bagages. Par ailleurs, la pilule contraceptive pourrait accroître les risques de développer "un caillot de sang dans les jambes ou les poumons", poursuit Varsha Jain même si ce n'est pas arrivé. Qui plus est, elles écrivent que "la stabilité du médicament n'a pas été testée pour un traitement hormonal sur une si longue durée dans l'espace ou avec l'impact des radiations de l'espace".

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Autres Options Contraceptives

Pour les missions de longue durée, d'autres options contraceptives sont envisagées, telles que les implants et les dispositifs intra-utérins (DIU). Ces méthodes offrent des avantages thérapeutiques sur le long terme et réduisent les déchets à bord par rapport à la contraception orale.

Cependant, ces dispositifs n'ont pas encore été testés sur des astronautes et pourraient poser des problèmes lors du décollage et de l'atterrissage. Jain estime qu’il faudra mieux informer les femmes astronautes sur les possibilités qui s’offrent à elle en termes de contraception et de suppression de leurs règles en vue d’une mission.

Les contraceptifs durables et réversibles, comme les DIU ou les implants, n’ont pas encore été étudiés chez les astronautes. Un dispositif intra-utérin pourrait-il être déplacé par les G subis par les astronautes au décollage ? Un implant sous-cutané pourrait-il s’accrocher à une combinaison spatiale ?

L'Expérimentation avec la Coupe Menstruelle (AstroCup)

Une étude originale, menée par l'équipe du Carl Sagan Institute, s'est penchée sur l'utilisation de coupes menstruelles dans l'espace. L'objectif était de vérifier si cette technique, de plus en plus populaire sur Terre, pouvait également être utilisée en microgravité.

AstroCup n’a pas directement été testée par des astronautes dans la station spatiale, mais le dispositif a bien voyagé en altitude où il a été soumis à différents tests pour s’assurer de sa viabilité. En tout, quatre coupes ont été créées à cette occasion, deux sont restées sur Terre pour servir de point de repère, et deux ont décollé en 2022 pour un vol d’essai soumis aux vibrations.

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Les coupes ont été soumises à des accélérations de 16g, des températures allant jusqu'à 34°C et une pression atmosphérique réduite à 70% de la pression au sol. Les résultats ont été satisfaisants, sans fissures ni fuites constatées.

L’expérience est donc un succès, mais les autrices préviennent : « Il s’agissait d’un vol de courte durée, alors que des missions sur la Lune ou Mars se comptent en jours, voire en mois. Les performances des coupes sur un seul vol sont encourageantes, mais un usage plus étendu reste à tester.

Représentation Féminine et Recherche

Il n'y a que 15% environ des astronautes qui sont des femmes. Peut-être que cette mission permettra, à sa manière, de remonter ce bien trop faible pourcentage. Aujourd'hui, les femmes astronautes sont encore sous-représentées par rapport aux hommes, comme dans la plupart des filières scientifiques et techniques. Ces 50 dernières années, elles sont plus de 50 à avoir voyagé dans l'espace et ce chiffre ne devrait qu'augmenter.

Les deux spécialistes de l'espace espèrent donc que des études seront faites sur l'utilisation d'autres contraceptifs dans l'espace ainsi que sur une meilleure information des astronautes avant qu'elles partent en mission.

L'Anecdote des Tampons de Sally Ride

L'histoire de Sally Ride, la première Américaine dans l'espace en 1983, illustre le manque de préparation et les préjugés entourant la question des menstruations à cette époque.

L'anecdote dit que lorsque Sally Ride est partie dans l'espace en tant que première astronaute américaine en 1983, vingt après Valentina Terechkova la Russe, la Nasa lui avait demandé si 100 tampons pour une mission d'une semaine seraient suffisants…

Avant que les femmes n’aillent dans l’espace, il y a avait non seulement l’inquiétude malheureusement courante sur le fait que les femmes allaient devenir pleurnicheuses ou simplement incapables pendant la période de leurs règles, mais aussi sur le fait que le cycle menstruel pourrait se rompre dans l’espace. Le sang allait-il sortir sans la gravité pour l’attirer en-dehors de l’utérus ? Allait-il plutôt s’accumuler à l’intérieur, ou même s’écouler vers l’abdomen en passant par les trompes de Fallope, une terrifiante condition appelée menstruation rétrograde ?

Les tampons de Sally Ride sont certainement les tampons dont on a le plus débattu au monde. Avant que Ride ne devienne la première femme américaine dans l’espace, les scientifiques ont réfléchi à la question de ses tampons, ils les ont pesés, et le renifleur professionnel de la NASA les a senti (mieux vaut-il prendre un tampon désodorisé ou non désodorisé ?) pour s’assurer que leur odeur ne serait pas trop prégnante dans la capsule spatiale confinée. Les ingénieurs ont dû prendre en considération le nombre de tampons dont elle pourrait avoir besoin pour une semaine dans l’espace. (Ils lui ont posé la célèbre question de savoir si 100 tampons seraient suffisants. « Ce n’est pas le bon nombre, » avait alors répondu Ride.)Les ingénieurs essayaient d’être compréhensifs, voilà tout. Ils auraient même pensé à attacher les tampons par leur ficelle pour éviter qu’ils ne s’éparpillent en flottant.

tags: #femmes #astronautes #menstruation #espace

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