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Naissance, Cage, Berceau Symbolique : Humanisme et Insoumission

Introduction

« Comme si le monde par-dessus les siècles ressassait Car enfin, n’est-ce pas, ça y ressemble fort Le XVIe siècle et le nôtre » écrivait Jean Rouaud en 2022, faisant écho à la capacité du discours à forcer le mur du temps, selon Claude Lefort. Pour saisir pleinement la portée du Discours de la servitude volontaire, il est essentiel de le replacer dans son contexte : la Renaissance et l'humanisme.

Une Révolution des Esprits : L'Humanisme

Au moment de la naissance de La Boétie en 1530, l'humanisme transforme les esprits depuis plus d'un siècle, une mutation si profonde que certains historiens parlent de « révolution culturelle ». Ce changement séculaire résulte d'un double élargissement des perspectives.

Élargissement Temporel et Spatial

L'humanisme se caractérise d'abord par un élargissement dans le temps. Les lettrés, souhaitant rompre avec la « barbarie gothique » du Moyen Âge, redécouvrent l'Antiquité. Ils étudient le latin classique, le grec, et même l'hébreu ou l'arabe pour les plus audacieux. Ils se lancent dans une « chasse aux manuscrits » pour retrouver les textes des Anciens, oubliés ou corrompus. Cette redécouverte, facilitée par l'arrivée de savants et de manuscrits byzantins après la chute de Constantinople en 1453, mobilise les meilleurs esprits d'Europe.

Ensuite, il y a un élargissement dans l'espace. Les voyages, motivés par le commerce, la diplomatie, la guerre ou la simple curiosité, permettent de rencontrer la nouveauté. Les guerres d'Italie font découvrir à la noblesse française une civilisation fascinante. Des contrées lointaines sont explorées : les Portugais suivent les côtes africaines, atteignent l'océan Indien, et établissent des rapports avec l'Inde et les îles à épices. Christophe Colomb débarque aux Antilles en 1492, ouvrant la voie à l'exploration et à la colonisation de l'Amérique. Les vaisseaux de Magellan réalisent le premier tour du monde, et Jacques Cartier explore le Canada pour François Ier. Ces « grandes découvertes » enrichissent les cartes géographiques et révèlent l'existence d'autres mondes.

Claude Lévi-Strauss résume ainsi cette transformation : la Renaissance a découvert « le moyen de mettre sa propre culture en perspective » en se confrontant à « d’autres temps et d’autres lieux ». La redécouverte de l'Antiquité offre d'autres références que celles de la civilisation chrétienne, tandis que la rencontre des mondes africains, asiatiques et américains ébranle la primauté de l'Europe. L'ébranlement des certitudes attise l'esprit critique et favorise la recherche.

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Le Surmultiplicateur : L'Imprimerie

La diffusion de cet esprit nouveau est encouragée par des échanges accrus entre les intellectuels et surtout par l'invention de l'imprimerie au milieu du XVe siècle. Gutenberg crée les caractères typographiques métalliques mobiles et met au point sa presse, permettant de produire des ouvrages en grand nombre. Pierre Chaunu parle de « surmultiplicateur », un moyen de diffuser les textes et les idées à une échelle inédite. Les ateliers d'imprimeurs se multiplient rapidement en Europe, avec des dynasties célèbres comme Alde Manuce à Venise, Frobenius à Bâle, et Estienne à Paris. Entre 1450 et 1500, on compte environ 30 000 éditions, soit 15 000 textes différents imprimés et peut-être 20 millions d'exemplaires diffusés. Le livre devient un « ferment » de l'esprit nouveau, diffusant des idées qui frappent « au loin l’ignorance, la moinerie et le fanatisme ». Autour du « petit monde du livre », des réseaux humanistes se constituent, et les idées nouvelles se répandent progressivement.

Nouveau Regard, Nouvelles Idées

Le phénomène humaniste est complexe, avec autant d'humanismes que d'humanistes. Cependant, il est possible d'identifier quelques traits principaux.

Dignité de l'Homme

Dans le chamboulement intellectuel de la Renaissance, l'ici-bas est réhabilité. Sans renier Dieu, on reconnaît et revendique la grandeur de l'homme, et même la « noblesse et préexcellence » de la femme. Pic de la Mirandole, dans son Discours de la dignité de l'homme, réaffirme la « noble condition » de l'homme et sa faculté créatrice. Dieu, « le parfait ouvrier », s'adresse à l'homme en ces termes : « Afin que la place, l’aspect, les dons que toi-même tu aurais souhaités, tu les aies et les possèdes selon ton vœu, à ton idée ». L'homme peut ainsi se donner la forme à laquelle il aspire, capable de faire son histoire et même l'Histoire. Il est faber fortunae, l'artisan de son destin. Machiavel, dans Le Prince, proclame la capacité du grand homme à forger son destin malgré les incertitudes de la Fortune. La Providence chrétienne est réduite à la portion congrue, et l'homme machiavélien doit continuer « à espérer, à se battre, à rêver, à dessiner des utopies ».

Interroger le Monde, Questionner les Autorités

Comme la Fortune, la Nature peut être domptée à condition d'être connue. Les hommes de la Renaissance accordent une attention sans précédent aux réalités physiques et au monde sensible. La curiosité, l'expérimentation et l'invention technique sont omniprésentes : les artistes restituent les paysages, les architectes transforment les villes, et les ingénieurs imaginent des dispositifs nouveaux. On cherche à connaître les choses et à en forcer les mystères.

Cet esprit questionneur s'exerce aux dépens des autorités traditionnelles, notamment l'Église et le dogme. La philologie s'applique aux textes sacrés. Lorenzo Valla prouve que la « donation de Constantin » est un faux tardif, Érasme se permet de modifier la Vulgate, et de grandes traductions en langue vulgaire permettent aux laïcs de lire la Bible sans la médiation du clergé. L'institution religieuse est critiquée. Érasme se moque des dévots, de la superstition, des sermons ennuyeux, des théologiens qui voient des hérétiques partout, des prélats fastueux et des mauvais prêtres. Certains critiques pensent qu'il s'en est même pris au pape Jules II dans un pamphlet intitulé Julius exclusus. Rabelais pourfend la bigoterie, le fanatisme, le puritanisme, la superstition, les moines dépravés et les censeurs de la Sorbonne. Bien qu'il ne soit pas question d'athéisme ou de laïcité, les abus et l'emprise de l'Église sont mis en question.

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Les humanistes critiquent également le mauvais souverain, le tyran qui opprime son peuple et sert ses intérêts sans souci du bien public. Érasme dénonce « ce Prince comme on en voit tant : un homme qui ignore les lois, presque un ennemi du bien public, et qui ne cherche que le sien propre, adonné aux plaisirs, haïssant le savoir, haïssant la liberté et la vérité, se moquant éperdument du salut de la République, mais mesurant tout à sa passion et à ses intérêts ». Un prince doit chercher à être « le meilleur et le plus utile à tous » et ne s'estimer « heureux que s’il rend ses sujets heureux ». Rabelais oppose au tyran Picrochole ses bons géants Gargantua et Pantagruel, des modèles de souverains éclairés.

Cosmopolitique du Genre Humain

Les humanistes condamnent les politiques aventureuses et la passion de la guerre. Érasme voit dans la paix « la source de toutes les félicités ici-bas » et s'étonne que l'homme ait « cette rage insatiable de la guerre ». Il perçoit que le mal est dans le peuple même, où la diversité des noms suffit à diviser. Érasme, cosmopolite, prône l'ouverture.

D'autres affirment que la fraternité humaine ne s'arrête pas aux frontières de la chrétienté. Face aux indigènes du Nouveau Monde, certains reconnaissent en eux des semblables, porteurs de droits et dignes de respect. C'est le cas de Las Casas, qui défend les Indiens contre ceux qui les considèrent comme des êtres vils, voués à l'esclavage. Il affirme qu'« ils ont l’entendement clair, sain et vif » et que « ce sont des êtres libres ». Montaigne salue la découverte d'un Nouveau monde « non moins grand, plein et membru » que l'Ancien et balaie les préjugés en avançant qu'« il n’y a rien de barbare ou de sauvage » chez les indigènes des Amériques, « sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Montaigne utilise l'Autre d'outre-Atlantique pour remettre en question sa propre civilisation et son penchant pour la violence : « Nous les pouvons bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie ».

Famille : Cage ou Berceau Symbolique ?

La famille, creuset de notre développement, est à la fois un lieu de soumission et de révolte. La famille serait, selon le philosophe Patrick Declerck, « le terrain d’une lutte fondatrice ». Nos parents sont des « objets internes » qui nous accompagnent sous forme de souvenirs et d'injonctions. La famille, avec l'école, est une institution éducative incontournable, un lieu de transmission des héritages symboliques et la matrice du « devenir-individu ».

Évolutions et Ruptures de la Famille

Les évolutions de la famille sont marquées par plusieurs ruptures. Le passage du mariage de raison au mariage d'amour représente une mutation capitale. Autrefois, les raisons du mariage étaient essentiellement économiques, et les passions pouvaient s'exercer en dehors. Le mariage d'amour apparaît comme un mélange des genres.

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La notion d'amour parental a également évolué. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'amour parental n'a pas toujours été une priorité. Montaigne ne se souvenait pas du nombre exact de ses enfants morts en nourrice, et Rousseau abandonne ses enfants. Les « devoirs parentaux » ne s'affirment qu'au XVIIIème siècle.

La naissance de la notion de sphère privée et d'intimité accompagne celle de la famille moderne. La première privatisation est celle de la famille. Auparavant, tout le monde vit dans une seule pièce. La communauté intervient dans la vie familiale.

La Famille Face aux Défis Modernes

Aujourd'hui, malgré la crise des mariages, le nombre croissant de divorces, les recompositions familiales et les familles homoparentales, la famille tient bon. Elle prend des formes de plus en plus variées, mais reste une institution importante dans la société.

La famille n'est pas en danger, mais sa forme institutionnelle évolue. La famille est à la fois un berceau et une cage, un lieu de sécurité et de contraintes. La famille est un reflet des bouleversements de la société, un lieu où se jouent les tensions entre tradition et modernité, entre liberté individuelle et contraintes sociales.

Vin : Symbole de Vie et de Culture

Le vin, à travers l'histoire, est un symbole de vie, de culture, de partage et de plaisir. Il est exalté dans la Bible, et le Christ l'a transformé en son sang. Le vin est une source de joie et de convivialité, un lubrifiant social qui favorise les discussions et l'euphorie.

Le Vin et la Terre

Le vin est l'expression d'une passion pour la terre, une recherche de la parfaite combinaison entre le terroir, le cépage et le vigneron. Le vin est aussi le fruit du travail et de l'humilité, une contrainte face aux forces de la nature.

Le Vin et le Plaisir

Le vin est un plaisir simple et accessible, un luxe et un honneur des mets. Il stimule l'appétit et donne du goût à la nourriture. Le vin est un art de vivre, une invitation à la gourmandise et à la fête.

Le Vin et la Connaissance

Le vin est une source de connaissance et de découverte. Il invite à la dégustation et à l'appréciation des saveurs et des arômes. Le vin est un langage, un moyen de communiquer et de partager des émotions.

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