Loading...

Lactation induite chez l'adulte : Exploration d'une possibilité méconnue

L'allaitement, traditionnellement associé à la maternité, suscite un intérêt croissant dans des contextes diversifiés. La relactation, c'est-à-dire la reprise de l'allaitement après un arrêt, et la lactation induite, qui consiste à provoquer la lactation en l'absence de grossesse préalable, sont des phénomènes autrefois considérés comme marginaux, voire mythiques. Cependant, les mentalités évoluent, et la possibilité d'allaiter sans avoir accouché gagne en reconnaissance, tant au sein de la communauté médicale que dans la société en général.

L'émergence de la lactation induite : du mythe à la réalité

Pendant longtemps, la relactation et la lactation induite étaient des sujets méconnus, relégués au rang de curiosités anecdotiques. Seules quelques mères allaitantes, animatrices de La Leche League (LLL) et ethnologues étaient au courant de ces possibilités. Le corps médical et le grand public restaient largement ignorants, voire sceptiques.

Aujourd'hui, la situation change progressivement. L'allaitement par une mère adoptive, bien que rare en France, est de plus en plus considéré comme une option viable. Aux États-Unis, cette pratique est plus répandue, au point d'être incluse dans les recommandations de l'Académie Américaine de Pédiatrie, qui encourage à fournir un accompagnement aux mères adoptives souhaitant induire la lactation. Certaines agences d'adoption américaines intègrent même cette question dans leurs formulaires d'information.

Dans le domaine humanitaire, l'allaitement par une femme autre que la mère biologique est également envisagé en cas de nécessité. Au Kenya, par exemple, les grands-mères sont encouragées à allaiter leurs petits-enfants lorsque la mère est séropositive.

Témoignages et expériences : l'allaitement hors grossesse en pratique

Plusieurs témoignages illustrent la réalité de la lactation induite et de l'allaitement par des mères adoptives ou des partenaires.

Lire aussi: Comprendre la baisse de lactation à 2 mois

Françoise-Marie, animatrice LLL et modératrice du Forum Alllaiter Sans Accoucher, souligne le caractère unique de chaque parcours d'allaitement sans accouchement. Elle raconte comment elle a découvert cette possibilité lors d'un congrès sur l'adoption et l'allaitement, plusieurs années après avoir adopté sa fille aînée. Elle a ensuite entrepris de se préparer à allaiter son deuxième enfant adopté, en recherchant des informations sur le protocole médical nécessaire.

Grâce à Internet, elle a trouvé des articles de Jack Newman décrivant clairement le traitement à suivre. Après avoir convaincu son médecin, elle a mis en place un traitement adapté, comprenant une pilule contraceptive en continu et de la dompéridone à forte dose. Quelques semaines avant l'arrivée de son enfant, elle a commencé à tirer son lait, et le miracle s'est produit : elle avait suffisamment de lait pour nourrir son bébé.

L'orphelinat a bien accueilli son projet, et sa fille a accepté le sein après quelques hésitations. Françoise-Marie témoigne de la force du lien créé par l'allaitement, un lien qu'elle estime plus fort que celui qu'elle avait tissé avec son premier enfant adopté, qu'elle n'avait pas allaité.

Cécile et Sonia, un couple de femmes, ont également partagé leur expérience d'allaitement partagé. Cécile, la mère biologique, a mis au monde leur fille après une grossesse issue d'un don d'ovocytes de Sonia. Sonia souhaitait également allaiter, et elles se sont renseignées sur la lactation induite dès l'annonce de la grossesse.

Elles ont consulté une sage-femme spécialisée, et Sonia a commencé un protocole au troisième mois de grossesse, comprenant une pilule contraceptive et de la dompéridone. Le traitement a été difficile au départ, mais elle a persisté et a commencé à tirer son lait à huit mois de grossesse. Dès le premier tirage, elle a obtenu plusieurs millilitres de lait.

Lire aussi: Tout sur la lactation

Après la naissance de leur fille, Sonia a continué à tirer son lait, et l'équipe médicale de la maternité a été trèsEncourageante, malgré leur méconnaissance de la lactation induite. Leur fille a été nourrie au sein par les deux mamans, ainsi qu'au biberon, sans difficulté. Grâce aux conseils d'une animatrice LLL, Sonia a augmenté sa production de lait en mettant plus souvent sa fille au sein.

Ces témoignages démontrent que la lactation induite est une réalité accessible, bien qu'elle nécessite une préparation, un suivi médical et un soutien adéquat.

Protocoles et traitements : induire la lactation, comment ça marche ?

Induire la lactation implique de stimuler les hormones nécessaires à la production de lait, en l'absence de grossesse. Plusieurs protocoles peuvent être utilisés, souvent combinés, pour obtenir des résultats satisfaisants.

Stimulation hormonale

Le protocole le plus courant consiste à imiter les fluctuations hormonales de la grossesse. Cela peut être réalisé en prenant une pilule contraceptive contenant des œstrogènes et de la progestérone, suivie de l'arrêt de la pilule pour simuler la chute hormonale après l'accouchement.

La dompéridone, un médicament initialement utilisé pour traiter les problèmes gastro-intestinaux, est souvent prescrite pour augmenter la production de prolactine, l'hormone responsable de la lactation. Il est important de noter que la dompéridone peut avoir des effets secondaires et doit être prescrite et surveillée par un médecin.

Lire aussi: Guide sur l'Allaitement Mixte

Stimulation physique

La stimulation physique des seins est essentielle pour déclencher et maintenir la lactation. Cela peut être réalisé en tirant le lait régulièrement, idéalement toutes les deux à trois heures, à l'aide d'un tire-lait. La succion du bébé peut également stimuler la lactation, mais cela peut prendre du temps avant que le bébé ne puisse téter efficacement.

Compléments alimentaires et plantes galactogènes

Certains compléments alimentaires et plantes sont réputés pour favoriser la lactation. Le fenugrec est l'une des plantes les plus populaires, mais d'autres options incluent le chardon béni, le galéga et l'anis vert. Il est important de consulter un professionnel de santé avant de prendre des compléments alimentaires, car ils peuvent interagir avec certains médicaments ou avoir des effets secondaires.

Le rôle du tire-lait

Le tire-lait est un outil précieux pour stimuler la lactation induite. Il permet de reproduire la succion du bébé et d'envoyer des signaux au corps pour produire du lait. Différents types de tire-lait sont disponibles, et il est important de choisir un modèle adapté à ses besoins et à sa morphologie.

Maeva, animatrice LLL France, recommande le tire-lait Spectra S pour sa capacité à effectuer un double pompage et à adapter différentes tailles de téterelles. Elle souligne également l'importance de choisir la bonne taille de téterelle pour optimiser l'expression du lait. Cependant, elle met en garde contre la robustesse limitée du moteur de ce modèle, et conseille de le louer plutôt que de l'acheter pour pouvoir le remplacer en cas de panne.

Aspects psychologiques et sociaux : au-delà de la production de lait

La lactation induite ne se limite pas à la production de lait. Elle implique également des aspects psychologiques et sociaux importants.

Le lien mère-enfant

L'allaitement, qu'il soit biologique ou induit, favorise la création d'un lien fort entre la mère et l'enfant. Le contact peau à peau, les échanges de regards et les caresses pendant la tétée contribuent à renforcer l'attachement et à apaiser le bébé.

Françoise-Marie témoigne de l'intensité du lien qu'elle a créé avec sa fille adoptive grâce à l'allaitement. Elle souligne que ce geste ancestral lui a permis de remplacer la mère biologique dans sa fonction nourricière, même partiellement.

Le rôle du père

Si la lactation induite est généralement pratiquée par des femmes, il est important de noter que les hommes ont également la capacité de produire du lait, dans certaines conditions. Bien que rares, des cas d'hommes allaitant leurs enfants ont été documentés à travers l'histoire.

Les hommes possèdent les mêmes structures anatomiques et hormonales que les femmes, mais leur production de prolactine est généralement inhibée par la dopamine. Cependant, certains événements, tels que des désordres hormonaux, des traitements médicaux ou un stress intense, peuvent lever cette inhibition et permettre la lactation.

Même si l'allaitement paternel reste exceptionnel, il est important de reconnaître le rôle du père dans l'alimentation et le soin de l'enfant. Le contact peau à peau, le portage et les câlins peuvent renforcer le lien père-enfant et contribuer au bien-être du bébé.

Les défis et les préjugés

La lactation induite peut être confrontée à des défis et des préjugés. Les mères adoptives ou les partenaires peuvent se sentir jugées ou incomprises par leur entourage, voire par les professionnels de santé. Il est important de s'entourer de personnesEncourageantes et de rechercher un soutien auprès de groupes de parents ou d'associations spécialisées.

Il est également essentiel de se renseigner sur les aspects médicaux et pratiques de la lactation induite, et de consulter un médecin ou une consultante en lactation pour obtenir un accompagnement personnalisé.

tags: #lactation #induite #chez #l'adulte

Articles populaires:

Share: