Introduction
La cétose de lactation est un trouble métabolique fréquent chez les chèvres, particulièrement en début de lactation. Il résulte d'un déséquilibre énergétique où la demande en glucose excède l'apport, entraînant une mobilisation excessive des réserves adipeuses et une accumulation de corps cétoniques. Cet article explore les causes, les symptômes, les méthodes de diagnostic et les stratégies de traitement de la cétose de lactation chez la chèvre.
Causes de la Cétose de Lactation
La cétose de lactation et la toxémie de gestation sont deux exemples de ruptures de l’équilibre du métabolisme énergétique. La cétose affecte les vaches laitières et les chèvres en début de lactation, tandis que la toxémie de gestation, quant à elle, survient chez la chèvre et la brebis en fin de gestation. Les ruminants sont sensibles aux troubles métaboliques tels que la cétose et la toxémie de gestation.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la cétose de lactation chez la chèvre :
- Besoins énergétiques accrus: Après la mise bas, les besoins nutritionnels des femelles augmentent considérablement en raison de la production de lait.
- Déficit énergétique: La cétose de type I a lieu au moment du pic de lactation, vers trois à huit semaines post partum. Elle est due à un apport énergétique insuffisant en début de lactation : il n’y a pas assez de précurseurs du glucose dans la ration, le foie synthétise des corps cétoniques à partir des graisses de réserve.
- Mobilisation des réserves adipeuses: Pour répondre aux besoins du fœtus, les femelles puisent dans leurs réserves adipeuses, mais leur utilisation massive entraine une accumulation de molécules toxiques dans leurs corps et notamment dans le foie pouvant aller jusqu’à la stéatose hépatique.
- Alimentation inadéquate: Un changement alimentaire brusque, surtout lors du tarissement, peut perturber l'équilibre métabolique. Lors du tarissement, attention à la ration qui doit être équilibrée afin d’éviter les excès.
- Facteurs liés à la gestation: Les 4 à 6 dernières semaines de gestation sont une période charnière pour assurer la santé générale du troupeau, la reprise des cycles de reproduction ainsi qu’une bonne lactation. En effet, le développement des fœtus (70 à 80 % du poids de la portée durant le dernier mois) accroît fortement les besoins des femelles sur cette période (+30 à 40%). Or, la capacité d’ingestion de la mère diminue, conséquence de la croissance même des fœtus. Pour éviter qu’elle ne puise dans ses réserves corporelles, il faut adapter l’alimentation pour couvrir ses besoins spécifiques en énergie, azote, oligo, vitamines et minéraux durant cette période.
- Excès d'acide butyrique: La cétose de type III, plus rare, est due à l’ingestion de ration contenant de l’acide butyrique (essentiellement de l’ensilage d’herbe humide).
Symptômes de la Cétose de Lactation
Les symptômes de la cétose de lactation peuvent varier en intensité. Les symptômes de la toxémie de gestation se manifestent progressivement. Quand ils s’expriment, ils sont perceptibles durant les 6 dernières semaines de gestation et le premier mois de lactation.
Au début, l‘animal s’isole, refuse la nourriture, présente des troubles oculaires tels qu’une diminution des réflexes de protection, une odeur de pomme (acétone) de l’air expiré peut être remarquée ou encore des troubles ou absences de la rumination. En l’espace de 2 à 5 jours, l’animal perd sa capacité à se lever, grince des dents et des difficultés respiratoires sont constatées.
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Voici quelques symptômes courants :
- Perte d'appétit: Une diminution de l’appétit et de prise de boisson.
- Diminution de la production laitière: diminution de production depuis quelques jours.
- Amaigrissement: Elle présente un amaigrissement plus important que les autres vaches du troupeau.
- Odeur d'acétone: Une odeur de pomme (acétone) de l’air expiré peut être remarquée.
- Troubles neurologiques: Une trop grande concentration en corps cétoniques dans le sang provoque des troubles nerveux (pica ou tourner en rond ou meuglements incessants par exemple).
- Léthargie: Les premiers signes sont un syndrome en « hypo » : nonchalance, tristesse, anorexie, animal à l’écart avec regard dans le vague.
- Pica: Elle ne mange plus la ration mais veut manger du fumier, et elle lèche les cornadis ainsi que les murs (cette ingestion d’éléments non nutritifs et non comestibles est appelée pica).
- Hypoglycémie: hypoglycémique.
Diagnostic de la Cétose de Lactation
Le diagnostic de la cétose de lactation repose sur plusieurs éléments :
- Examen clinique: comprenant l'évaluation des symptômes et de l'état général de l'animal.
- Mesure des corps cétoniques: Le diagnostic peut être confirmé par dosage des corps cétoniques dans les urines (bandelettes urinaires) ou le lait pour la cétose de lactation (bandelettes spécifiques).
- Analyses sanguines: Pour confirmer cette hypothèse, nous dosons les taux sanguins de glucose et de betahydroxybutyrates (BHB, c'est-à-dire l’acétonémie), le résultat est sans appel ! Cette vache fait bien une crise d’acétonémie, c'est-à-dire que la teneur sanguine en corps cétoniques est trop élevée et que sa glycémie est trop basse.
- Autopsie: En dernier lieu, une autopsie permettra de mettre en évidence : un état d’engraissement interne excessif, un utérus très volumineux avec 2 à 3 chevreaux, un rumen tout petit et un gros foie, jaunâtre et mou.
Traitement de la Cétose de Lactation
Le traitement de la cétose de lactation vise à rétablir l'équilibre énergétique et à réduire l'accumulation de corps cétoniques. Plusieurs approches peuvent être utilisées :
- Administration de glucose: Le foie présente une forte infiltration graisseuse. hépatique en apportant du glucose ou des précurseurs du glucose. du glucose ainsi que d’autres électrolytes. en intraveineux permet une activation de la néoglucogenèse. On utilise soit des solutés riches en sucre par voie intraveineuse (Energidex ND…), l'action est immédiate mais fugitive (utile lors des formes aiguës) soit des précurseurs du glucose par la bouche (Monopropylène glycol).
- Corticostéroïdes: L’administration de corticoïdes. 20-25 mg de dexaméthasone permettent la mise bas.
- Induction de la mise bas: Elle induit aussi la mise bas qui permet de limiter les exportations fœtales. est à proximité du terme.
- Compléments alimentaires: Pour les troupeaux où les toxémies de gestation sont fréquentes, il est possible de sécuriser la fin de la gestation en distribuant un produit adapté (riche en précurseurs du glucose).Contactez votre vétérinaire ou votre technicien caprin pour plus de renseignements.
- Soutien métabolique: Il faut relancer le « recyclage » au niveau du foie des corps cétoniques ce qui nécessite du glucose.
- Aliments fibreux: Il faut donc veiller à donner un aliment suffisamment fibreux en début de tarissement pour préserver la capacité d’ingestion sans engraisser l’animal.
Prévention de la Cétose de Lactation
La prévention est essentielle pour minimiser l'incidence de la cétose de lactation dans les élevages caprins. Plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre :
- Gestion de l'alimentation: La prévention de la toxémie de gestation repose sur la gestion du régime alimentaire, qui sera adapté aux besoins physiologiques de chaque animal. Une nouvelle stratégie alimentaire : Après la mise bas, les besoins nutritionnels des femelles augmentent considérablement en raison de la production de lait. Il est donc essentiel de fournir une alimentation adéquate et équilibrée (fourrages de très bonne qualité) pour répondre à ces besoins accrus en énergie, en protéines et en minéraux.
- Surveillance de l’état corporal (NEC): Suivre l’évolution de la condition corporelle des animaux est essentiel pour ajuster l’alimentation de manière appropriée.
- Distribution de concentrés: Entre 4 à 6 semaines avant la mise bas, il est recommandé de commencer à distribuer des concentrés pour répondre aux besoins croissants des animaux. En général, la prévention de la toxémie de gestation peut être plus efficace que sa gestion une fois qu’elle est survenue.
- Alimentation adaptée en fin de gestation: La prévention passe avant tout par une complémentation et un régime alimentaire adaptés en fin de gestation.
- Éviter les changements brusques d'alimentation: changement alimentaire brusque…
- Maîtrise des risques parasitaires: De part le rôle du foie dans le métabolisme des ruminants, il est primordial de réaliser des coproscopies afin de traiter de façon plus ciblée, plus raisonnées (la biodiversité du maquis vous en remerciera !) et donc plus efficace. La grande et la petite douve peuvent être à l’origine de toxémies de gestation, d’avortements par anémie et ils peuvent aussi perturber la synthèse des immunoglobulines du futur colostrum. Il est important de maîtriser ces risques, grâce à la couverture des besoins des futures mères.
- Équilibre de la ration: Aussi, il convient d’équilibrer la ration avec un apport de concentré, en fonction de la ration de base, du poids vif des animaux et du niveau de prolificité attendu.
- Surveillance du BACA: Pour lutter contre l’hypocalcémie, il faut mettre les mères en acidose métabolique (BACA Négatif) : ceci permet d’assurer une bonne circulation du calcium et du magnésium dans le sang. Pour y parvenir, il faut donc apporter les aliments adéquats aux mères. C’est pourquoi l’herbe jeune (riche en potassium et urée), les légumineuses, les tourteaux avec urée, le bicarbonate de sodium… sont à proscrire car ils sont défavorables à la mobilisation du calcium.
Complications Associées
La cétose de lactation peut entraîner plusieurs complications, notamment :
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- Rétention placentaire: On considère qu’il y a une rétention placentaire (ou non-délivrance) quand le placenta n’est pas sorti dans les 12 heures post-partum.
- Métrite: La métrite est une infection de l’utérus qui suit le plus souvent une mise-bas difficile.
- Fièvre de lait: La fièvre de lait (aussi appelée fièvre vitulaire ou hypocalcémie puerpérale) est due à une forte augmentation de la demande en calcium suite au démarrage de la lactation. L’hypocalcémie se traduit par des torsions de matrice, prolapsus, l’expulsion de l’utérus, des femelles qui ne poussent pas à la mise-bas (vêlage lent, atonie utérine, …). Mais cela impacte aussi directement la qualité et la quantité de colostrum et de lait, l’allongement de la gestation, la mauvaise vidange de l’utérus et les risques de métrite. C’est également préjudiciable pour la santé des petits : plus le part est lent et difficile, plus il y a de risques d’ataxie cérébrale, épuisement, sensibilité aux infections, …
- Réduction de la fertilité: Des déficits en fin de gestation peuvent conduire à un risque de mortalité pour les laitières.
Produits de Soutien
Certains produits peuvent être utilisés en complément du traitement pour soutenir la santé des chèvres :
- B18TE: solution à base de chlorure de magnésium, de sarriette et d’armoise. En cas de métrite ou de mauvaise délivrance, le produit permet de favoriser les contractions utérines.
- B09MB2: chlorure de magnésium.
- B02TE: Drainant à action rapide.
- B03TE: crème végétale cicatrisante à base de lavandin et de girofle. Fonctionne très bien sur une plaie après une césarienne.
- B30TE: résine à base de pin, de cèdre, de lavandin et de girofle. Cicatrisant à appliquer au pinceau une plaie (comme une césarienne) en couche épaisse.
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