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Bonjour Mon Doudou d'Amour: Définition et Enjeux Socio-Culturels

Introduction

L'expression "bonjour mon doudou d'amour" évoque immédiatement un sentiment de tendresse et d'affection. Cet article se propose d'explorer la signification profonde du terme "doudou" dans la culture française, en particulier dans le contexte de l'enfance et de la socialisation. Nous aborderons son évolution linguistique, son rôle psychologique, ainsi que les variations de perceptions et de pratiques qui l'entourent, en tenant compte des influences familiales et scolaires.

Origine et Définition du Mot "Doudou"

Le terme « doudou », un redoublement enfantin du mot « doux », est apparu relativement récemment dans la langue française (1985 selon le Petit Robert). Il désigne un objet utilisé depuis plus longtemps pour rassurer l’enfant dans les moments de peur ou de tension. Vincent Malone le décrit comme : « Il est tout mou, tout doux. Mais moi je l’emmène partout. C’est ma peluche, mon câlinou. Il a très mauvais goût. » (in Gautier-Langereau, 2007, p. 2).

Ce mot créole antillais désignait d’abord, au féminin, une jeune femme aimée (sa doudou), puis, au masculin, un terme d’affection envers un homme (mon doudou). L'objet transitionnel, quant à lui, n'a pas d'origine créole, bien qu'il soit formé de la même façon.

Le Doudou : Objet Transitionnel et Socialisation

Le doudou est souvent considéré comme un « objet transitionnel », un concept popularisé par le psychanalyste Donald Winnicott. Il s'agit d'un objet matériel (peluche, morceau de tissu, etc.) auquel l'enfant s'attache pour faciliter la séparation avec ses parents, particulièrement sa mère, et gagner en assurance.

Dans nos sociétés occidentales, l'attachement à un doudou est une pratique courante, mais il est important de souligner sa dimension culturelle et sociale. En effet, l'utilisation du doudou n'est pas universelle. Dans de nombreux pays d'Asie, d'Amérique du Sud et d'Afrique, les parents privilégient la proximité physique (bercements, chants, allaitement, contact corporel) pour rassurer et endormir l'enfant. La présence d’un objet transitionnel est liée à des pratiques de maternage socialement orientées : il existe ainsi des sociétés « à doudous » et d’autres « sans doudou ».

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Nick Lee (2008) décrit les étapes des différentes interactions sociales autour du doudou : l’enfant rencontre d’abord un objet dont le contact lui est agréable, puis l’adulte qui s’occupe de l’enfant s’aperçoit de cette relation particulière et en tient compte, lui donnant l’objet pour le rassurer ou évitant de provoquer ses protestations en le lui enlevant, ce faisant il est obligé de considérer le point de vue de l’enfant en tant que personne. Le recours au doudou fait donc partie des montages « physio-psycho-socio-logiques de séries d’actes » analysés par Marcel Mauss (2009, p. 384) au cours desquels l’enfant fait l’apprentissage d’un rapport social à l’adulte et à soi-même.

Le Doudou à l'École Maternelle : Entre Sphère Privée et Sphère Publique

Aujourd'hui, le doudou a trouvé sa place à l'école maternelle française. Les enseignants ont pris l’habitude de parler des doudous et des tétines lors des réunions préparant à la première scolarisation et ces objets sont souvent intégrés à l’organisation des classes des petits, par exemple dans les « rituels » du matin (Garcion-Vautor, 2003). Pauline Kergomard, fondatrice de l’école maternelle française, constatait déjà en 1886 l’inquiétude et les pleurs de certains enfants au moment de l’entrée en classe et conseillait aux directrices de leur laisser apporter un objet rassurant.

Cette intégration du doudou à l'école maternelle témoigne d'une évolution des mentalités et d'une volonté de prendre en compte les besoins affectifs de l'enfant lors de la transition entre la maison et l'école. Il est perçu comme un élément sécurisant, un lien nécessaire pour faciliter le passage d'un monde à l'autre.

Toutefois, cette présence du doudou à l'école peut également être source de tensions et de contradictions. Les pratiques et les conceptions relatives au doudou peuvent varier entre les parents, les professionnels de l'enfance et les pairs. L'école, en tant qu'espace public régi par des normes et des règles, peut parfois entrer en conflit avec les habitudes et les valeurs de la sphère privée familiale.

Normes et Pratiques Autour du Doudou : Socialisation Familiale vs. Socialisation Scolaire

L’analyse des pratiques du doudou est l’occasion d’observer combien les enfants sont soumis à des normes différentes, éventuellement contradictoires entre la socialisation scolaire et la socialisation familiale. L’école maternelle peut être considérée comme une « plaque tournante de la socialisation primaire » (Darmon, 2006, p. 61) dans laquelle les parents sont incités à entrer, mais qui représente un contexte et des enjeux différents de l’univers familial. L’école a le souci de la sécurité affective de jeunes enfants qui peuvent s’attacher à un professionnel, elle n’en reste pas moins une école qui correspond à un projet institutionnel de société, avec un programme d’apprentissages clairement établi et des fonctions professionnelles définies face à un groupe d’enfants d’une même génération, séparés du reste de la société. C’est en ce sens que l’école est assimilée à une sphère « publique », celle qui a reçu délégation via l’État d’un objectif d’éducation défini et encadré des enfants alors que les parents dispensent une éducation dans la sphère « privée » qui regroupe des fonctions plus larges que celles scolaires et non programmées institutionnellement : soin physique, nourrissage, affection, inculcation de normes et de valeurs, aide à l’entrée dans le monde… (Neyrand, 2010, p. 28).

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Certains parents, par exemple, peuvent être réticents à l'idée que leur enfant devienne trop dépendant de son doudou et souhaitent limiter son utilisation, tandis que d'autres peuvent l'encourager comme un moyen de rassurer l'enfant. De même, les professionnels de l'enfance peuvent avoir des approches différentes quant à la gestion du doudou à l'école, certains privilégiant une approche permissive et d'autres une approche plus restrictive.

Finalement, les parents les plus conscients du travail de socialisation qui implique les adultes autour de la relation de l’enfant à cet objet sont ceux qui s’affichent contre l’usage du doudou. Certains de ces parents ont cependant toléré sa présence lorsque l’enfant était nourrisson et tiennent absolument à marquer la séparation, avec des moyens qui peuvent paraître nettement plus violents que les pratiques de l’école maternelle. Le moment de l’entrée à l’école revient souvent comme une frontière symbolique pour se détacher de l’objet transitionnel : « Le doudou et la sucette on les a supprimés avant d’aller à l’école. J’ai pas été progressivement, j’ai enlevé clair et net, j’ai dit, c’est fini la sucette, le doudou, on a rangé ça dans un placard, il a pleuré deux jours ! Ça a été dur deux jours avec deux nuits, il les réclamait, il ne voulait pas dormir, mais là maintenant il les réclame plus du tout. » (parents ouvriers, d’origine algérienne).

Le choix des objets transitionnels est particulièrement investi par les mères, comme d’une manière générale l’éducation des enfants, avec en plus ici un sens affectif fort. Bien que les objets transitionnels soient investis semble-t-il davantage par les mères que par les pères, ils font quand même l’objet de discussions entre parents, par exemple dans les couples mixtes avec des habitudes culturelles différentes. Les parents ne sont pas les seuls à intervenir dans la socialisation de l’enfant au doudou. La famille élargie joue un rôle, mais pas toujours dans le sens souhaité notamment par la mère. Il existe des enjeux autour de la personne qui procure l’objet, qui choisit le doudou et autour des habitudes concernant ces objets.

Le Doudou : Plus qu'un Objet, un Investissement Affectif

Les parents dont les enfants ont un doudou racontent son histoire de manière très affective, presque nostalgique, qui témoigne bien du fait que l’investissement n’est pas uniquement du côté des enfants. Les parents interviennent d’abord au niveau du choix de l’objet qu’ils placent à proximité de l’enfant. Certaines mères ont d’ailleurs acheté un doudou quand elles étaient enceintes ou à la naissance de l’enfant, alors que l’âge minimum du recours aux objets transitionnels est estimé à 6 mois par les psychologues (Cerutti, 2001). Le deuxième rôle important que jouent les parents concerne le rapport à l’objet. Ainsi les jeux de Rémi avec sa mère autour de son « doudou chien » l’ont conduit à le nommer « Popo », ce qui correspond au bruit qu’elle faisait avec la peluche pour faire rire son fils. Hormis le fait de les nommer, les doudous sont personnalisés par les enfants qui les reconnaissent par leur odeur et les dégradations qu’ils leur font subir.

Au-delà du Doudou: Affection et Surnoms

Dans la même veine que l'attachement au doudou, l'utilisation de surnoms affectueux comme "mon doudou" révèle un besoin d'exprimer l'affection et la tendresse envers l'autre. Ces surnoms, souvent enfantins, permettent de personnaliser la relation et de créer un lien unique entre les partenaires.

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Selon la médecin sexologue Catherine Solano, "donner un surnom à son ou sa partenaire, c'est lui montrer qu'il est spécial pour nous. Une façon de se rapprocher de lui, de le baptiser en quelque sorte". La thérapeute de couple Sophie Touttée Henrotte ajoute : "C'est important car cela personnalise la relation, sinon certains peuvent avoir l'impression d être collègues ou colocataires. Quand il y a des reproches à faire, on va plutôt utiliser le prénom. Le surnom sera lui plus doux, plus ludique, plus en lien. Cela crée de la complicité, une certaine connivence".

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