Depuis son élection à la mairie de Béziers en 2014, Robert Ménard, maire classé divers droite (DVD), a pris l'habitude d'installer chaque année une crèche de la Nativité au sein de l'hôtel de ville. Cette tradition, qu'il revendique comme un symbole de fraternité et de rassemblement, se heurte régulièrement à des contestations judiciaires au nom du principe de laïcité.
Une tradition contestée au nom de la laïcité
L'installation de la crèche de Noël par Robert Ménard est devenue un rendez-vous annuel, suscitant à chaque fois des recours devant le tribunal administratif. La Ligue des droits de l'Homme (LDH) et la Libre Pensée sont les fers de lance de cette contestation, arguant que la présence d'un symbole religieux dans un bâtiment public viole la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État.
Malgré de multiples condamnations, Robert Ménard persiste dans sa démarche, estimant que la crèche n'est pas un emblème religieux mais un symbole culturel et festif qui rassemble les différentes communautés de la ville. Il dénonce les "groupuscules intolérants" qui, selon lui, instrumentalisent la laïcité pour attaquer une tradition populaire.
Bataille juridique autour de la crèche
La bataille juridique autour de la crèche de Béziers a connu de nombreux rebondissements. Le tribunal administratif de Montpellier a souvent été saisi en référé pour demander le retrait de la crèche, mais ses décisions ont été variables. Tantôt il a rejeté les recours en urgence, estimant qu'il n'y avait pas d'urgence à statuer, tantôt il a annulé les arrêtés municipaux autorisant l'installation de la crèche.
La Cour administrative d'appel de Marseille et le Conseil d'État ont également été amenés à se prononcer sur la question. En novembre 2016, le Conseil d'État a clarifié le droit applicable aux crèches dans les bâtiments publics, en précisant que leur installation est possible si elles revêtent un caractère culturel, festif ou artistique, sans reconnaissance d'un culte ou préférence pour une religion, ou s'il existe un usage traditionnel local.
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En février 2025, le tribunal administratif de Montpellier a rappelé que la loi de 1905 a pour objet d'assurer la neutralité des personnes publiques à l'égard des cultes, et que l'installation de crèches n'est possible que si elles ne présentent pas un caractère cultuel ou prosélyte.
Les arguments de Robert Ménard
Robert Ménard défend l'installation de la crèche en mettant en avant son caractère rassembleur et sa dimension culturelle. Il souligne qu'elle est inaugurée en présence des représentants des différentes communautés religieuses de Béziers (chrétienne, juive, musulmane et protestante), et qu'elle attire chaque année plus de 20 000 personnes de toutes confessions.
Selon lui, la crèche est un symbole de tolérance et de fraternité, qui permet aux habitants de Béziers de se retrouver et de partager un moment de convivialité à l'approche de Noël. Il estime que ceux qui s'opposent à la crèche ont une vision sectaire de la laïcité et cherchent à imposer une vision radicale de la séparation des Églises et de l'État.
Les arguments des opposants
La Ligue des droits de l'Homme et la Libre Pensée contestent l'installation de la crèche au nom du principe de laïcité. Elles estiment qu'un bâtiment public doit rester neutre sur le plan religieux, et que la présence d'une crèche de la Nativité, symbole chrétien par excellence, viole cette neutralité.
Elles soulignent que la loi de 1905 interdit aux collectivités publiques de financer ou de favoriser un culte, et que l'installation d'une crèche dans un bâtiment public constitue une forme de favoritisme envers la religion chrétienne. Elles estiment également que la crèche ne peut être considérée comme une simple manifestation culturelle ou artistique, car elle véhicule un message religieux clair.
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L'avocate de la LDH, Me Sophie Mazas, estime que Robert Ménard tente de tromper la juridiction sur le sens de la crèche, en affirmant fallacieusement qu'elle est compatible avec les principes du droit qu'il viole pourtant systématiquement depuis 2014.
Au-delà de la crèche : d'autres polémiques autour de Robert Ménard
Les controverses autour de la crèche de Béziers ne sont qu'un aspect des polémiques qui émaillent le mandat de Robert Ménard. Le maire de Béziers a été plusieurs fois condamné pour des propos ou des décisions jugées discriminatoires ou contraires aux principes républicains.
En février 2025, il a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour avoir refusé de marier un couple dont l'un des futurs époux était sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il justifiait son refus en invoquant la lutte contre les "mariages blancs" et la nécessité de préserver l'ordre public.
Cette affaire a suscité de vives réactions, et a relancé le débat sur les pouvoirs du maire en matière de mariage et sur la lutte contre l'immigration irrégulière. Le ministre de la Justice a même évoqué la possibilité de modifier la loi pour mieux encadrer les pouvoirs du maire en la matière.
D'autres décisions de Robert Ménard ont également fait polémique, comme l'instauration du fichage ADN des chiens pour lutter contre les déjections canines, ou l'interdiction de manifester sur les allées Paul-Riquet lors de la feria de Béziers.
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