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L'avortement chez la jument : causes et conséquences

L'avortement chez la jument est un événement indésirable qui peut avoir des répercussions sanitaires et économiques considérables pour les éleveurs. Il s'agit de l'interruption prématurée de la gestation, se traduisant par l'expulsion d'un fœtus mort ou non viable entre 40 et 300 jours de gestation. Cet article vise à explorer les différentes causes d'avortement chez la jument, en les classant en deux catégories principales : les causes non infectieuses et les causes infectieuses. De plus, nous aborderons les conséquences de ces avortements et les mesures de prévention possibles.

Causes non infectieuses d'avortement

Les causes non infectieuses représentent une part importante des avortements chez la jument. Selon certaines études, elles seraient même dominantes et responsables de jusqu'à 70 % des avortements d'origine déterminée. Ces causes peuvent être classées en plusieurs catégories : anomalies des annexes fœtales, anomalies de la gestation, anomalies fœtales et causes maternelles.

Anomalies des annexes fœtales

  • Anomalies du cordon ombilical : Les avortements dus à une anomalie du cordon ombilical sont de plus en plus fréquents dans l'espèce équine, représentant la première cause d'avortement non infectieux. Le principal facteur de risque est une longueur anormale du cordon ombilical. Chez 95 % des fœtus normaux, la longueur du cordon est inférieure à 83 cm. Une longueur supérieure à 85 cm entraîne un risque six fois supérieur de lésions, provoquant une augmentation de la résistance du sang dans les veines placentaires, une hypoxie fœtale et un danger accru de torsion. La plupart des avortements dus à une torsion du cordon ombilical surviennent entre 6 et 8 mois de gestation, une période où la mobilité fœtale est élevée. Il existe deux types de torsions : aiguës et chroniques.

  • Hypoplasies des villosités choriales : Les hypoplasies ou aplasies des villosités choriales provoquent des avortements tardifs, entre 7 et 8 mois de gestation. Les zones d'hypoplasie choriales correspondent aux régions utérines dépourvues de glandes endométriales ou présentant des glandes de taille réduite. Ce sont des zones de lésions cicatricielles ou de fibrose endométriale, fréquentes chez les juments âgées. Cette diminution de contact entre le placenta et l'endomètre, en cas de lésions étendues, réduit les échanges fœto-maternels, pouvant donc être responsable d'une hypoxie et d'un avortement.

  • Hydropisie des enveloppes fœtales : L'hydropisie des enveloppes fœtales regroupe deux types d'anomalies, l'hydro-allantoïde (la plus fréquente) et l'hydramnios, caractérisées par une accumulation excessive de liquide allantoïdien ou amniotique. Elle résulte d'une perturbation des mécanismes d'échanges hydriques entre les membranes fœtales et l'utérus, et est responsable d'une insuffisance placentaire qui aboutit parfois à la mort fœtale. Elle peut également provoquer des coliques chez la mère.

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  • Séparation prématurée du placenta : La séparation prématurée du placenta est une anomalie qui se rencontre le plus souvent au moment du poulinage, mais elle peut parfois survenir durant la seconde moitié de la gestation, notamment lors de gestation gémellaire, entraînant un avortement. L'intoxication à la fétuque contaminée par des champignons endophytes et le stress maternel en fin de gestation sont deux facteurs de risque de cette affection. Elle se caractérise par un placenta épaissi et œdémateux, mais pas de façon homogène, à la différence de l'hydropisie.

Anomalies de la gestation

  • Gestation gémellaire : La mortalité des jumeaux dans l'espèce équine est beaucoup plus importante que dans les autres espèces car la conformation utérine de la jument n'est pas adaptée à la survie des fœtus jumeaux. Les avortements résultent du type de placentation chez les équidés : le placenta est épithélio-chorial diffus et doit adhérer étroitement à l'endomètre sur sa surface totale pour le bon développement d'un unique fœtus. Dans le cas de jumeaux, cette surface d'échanges entre le placenta et l'utérus est divisée par deux. Chaque fœtus souffre alors, à un degré variable, d'une insuffisance d'échanges nutritionnels et gazeux. La gémellité est donc une cause majeure d'avortement dans l'espèce équine. Soixante-cinq pourcent de ces gestations diagnostiquées à 40 jours aboutissent à un avortement entre 8 et 10 mois de gestation, 14 % se concluent par la naissance de jumeaux et 21 % par l'obtention d'un poulain vivant. L’incidence des gestations gémellaires a été réduite grâce au diagnostic échographique.

  • Torsion utérine : Lorsque le placenta ne parvient pas à se développer normalement dans les cornes utérines, le fœtus va se placer essentiellement dans le corps utérin. Elles résultent d'un déplacement vers la droite ou vers la gauche des ligaments larges de l'utérus entre 5 mois de gestation et le terme. Non traitées, elles peuvent conduire à la rupture de l'utérus et à l'altération du flux sanguin vers le placenta à l'origine d'une hypoxie fœtale.

Anomalies fœtales

  • Malformations congénitales : Comme pour la plupart des espèces de mammifères, plusieurs malformations congénitales du fœtus équin peuvent être responsables d'un avortement entre 3 mois de gestation et le terme. La fréquence de ces anomalies est assez variable selon les auteurs : entre 1,9 et 10 % des avortements. Certaines malformations congénitales ne sont pas létales pour le fœtus (fente palatine, par exemple). D'autres peuvent être incompatibles avec la vie fœtale, mais surtout avec la survie du poulain à la naissance. Il s'agit en particulier de l'hydrocéphalie, des cas de lésions multiples du squelette et du crâne, ou encore de l'agénésie de viscères abdominaux ou thoraciques (poumons) ou du diaphragme. L'arthrogrypose est, parmi les malformations, celle qui génère le plus de pertes car elle est à l'origine de dystocies parfois sévères, donc de mort au poulinage.

  • Anomalies chromosomiques : Les avortements dus à la présence d'anomalies chromosomiques sont principalement explorés dans l'espèce humaine (36 % des avortements sont imputables à cette cause). Chez l'homme, ces anomalies peuvent avoir plusieurs causes : virus, médicaments, exposition aux radiations, maladies auto-immunes, etc. Chez la jument, leur origine est très peu documentée. Des études menées en 1982 et en 2008 sur plusieurs avortons ont montré que certains caryotypes fœtaux pouvaient prédisposer à un avortement, mais le nombre restreint de cas ne permet pas de généraliser ces résultats. Dans l'espèce équine, il existe un fort polymorphisme des gènes codant pour les molécules du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH), sauf dans quelques races qui ont été très sélectionnées (pur-sang, par exemple).

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Causes maternelles

  • Âge de la jument : Le taux d'avortements des juments yearlings est plus élevé que celui des juments adultes, respectivement 75 % et 5 à 15 %. Cette incidence élevée chez les jeunes juments peut s'expliquer par l'immaturité de leur utérus et les besoins nutritionnels importants pour terminer leur croissance. La fréquence des avortements augmente également avec l'âge des reproductrices. Au-delà de 18 ans, l'incidence des avortements est de 28,6 % (contre 11 % pour les juments âgées de 7 à 10 ans). Récemment, l'association d'un certain polymorphisme dans le gène codant pour la protéine p53 et de la prédisposition aux avortements de la jument pur-sang a été mise en évidence. Cette protéine est une cytokine cruciale pour l'implantation du blastocyste. Le suivi de la reproduction d'un haras de pur-sang a montré une corrélation entre la survenue d'avortements et l'allèle du codon 72 de l'exon 4 du gène codant pour p53. L'allèle hétérozygote Arg/Pro augmente la probabilité de l'avortement, alors que l'homozygote Pro/Pro la diminue.

  • Stress maternel : Plusieurs situations engendrent un stress maternel et peuvent être suivies d'un avortement : un transport prolongé, des épisodes de coliques aiguës, l'anesthésie générale et certaines maladies systémiques, comme la piroplasmose, la grippe, l'endotoxémie ou l'obstruction récurrente des voies respiratoires. L'avortement peut être consécutif à la lutéolyse induite par le relargage de prostaglandine F2 lors de ces affections. L'hyperthermie peut être également incriminée. Lors de coliques médicales ou chirurgicales, la gestation peut être affectée par une endotoxémie et une hypoxie (taux d'avortements rapporté entre 16,4 et 18 %).

  • Intoxications alimentaires : Les avortements par intoxication alimentaire ont lieu principalement à la suite de l'ingestion de plantes toxiques durant le dernier trimestre de la gestation. L'intoxication à la fétuque est associée à la présence de champignons endophytes (mycotoxines), tel l'Acremonium coenophialum. L'avortement n'est pas le seul signe clinique rencontré lors de cette intoxication. Chez les vaches adultes, lors de carence en iode induisant un état d'hypothyroïdie, des avortements, une mortalité embryonnaire ou des veaux mort-nés peuvent être observés. La carence en sélénium se manifeste notamment par des kystes ovariens, des rétentions placentaires, des métrites et, dans certains cas, par des avortements ou des mises bas prématurées.

  • Facteurs environnementaux : L'influence du climat n'a jamais été réellement prouvée, mais elle a été souvent constatée. En effet, par temps froid et humide, l'incidence des avortements augmente. L'hypothèse avancée est la suivante : les juments boiraient de l'eau froide, ce qui entraînerait un abaissement de la température abdominale, donc une diminution de la température au niveau de l'utérus. Le nerf hypogastrique irrité pourrait alors déclencher par voie réflexe une vasoconstriction de celui-ci, provoquant une hypoxie du fœtus.

  • Médicaments : Certains médicaments, lors d'utilisation inappropriée (dose trop importante, erreur de molécules, etc.), peuvent entraîner des avortements chez la jument, comme les anthelminthiques organophosphorés ou tétrachlorures, les prostaglandines, les corticoïdes à haute dose en fin de gestation.

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  • Ingestion de chenilles processionnaires : Assez récemment, l'ingestion de chenilles processionnaires (Ochrogaster lunifer) a été identifiée comme une cause d'avortement chez la jument. De nombreux cas ont été rapportés aux États-Unis. Une administration expérimentale de broyats de chenilles par sondage nasogastrique à des juments gestantes a montré la présence de fragments de soies de chenilles fichés dans la paroi du tube digestif, mais également dans l'utérus et les enveloppes fœtales.

Causes infectieuses d'avortement

Les causes infectieuses d'avortement chez la jument sont liées à la pénétration d'agents pathogènes dans l'utérus, soit par voie ascendante (par le vagin et le col de l'utérus), soit par voie hématogène (par le sang). Parmi les principaux agents infectieux impliqués, on retrouve :

  • Herpèsvirus équin de type 1 (HVE-1) : L'HVE-1 est un virus très contagieux qui peut provoquer des avortements, des maladies respiratoires et des troubles neurologiques chez les équidés. Il est particulièrement redouté en raison de son potentiel épidémique.

  • Streptococcus equi subsp. zooepidemicus : Cette bactérie est une cause fréquente de placentite et d'avortement chez la jument.

  • Autres bactéries : D'autres bactéries, telles que Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae, peuvent également être impliquées dans des avortements équins.

  • Champignons : Les champignons, comme les espèces du genre Aspergillus ou Candida, peuvent provoquer des infections placentaires et des avortements.

  • Protozoaires : Les protozoaires, tels que Babesia caballi et Theileria equi (les agents de la piroplasmose), peuvent être responsables d'avortements chez la jument.

Conséquences des avortements chez la jument

Les avortements chez la jument peuvent avoir des conséquences importantes sur le plan sanitaire et économique. Ils entraînent :

  • Perte du poulain : L'avortement entraîne la perte du poulain attendu, ce qui représente une perte économique et sentimentale pour l'éleveur.

  • Diminution de la performance reproductive : L'avortement peut compromettre la performance reproductive de la jument, en retardant la prochaine gestation ou en diminuant les chances de succès d'une future gestation.

  • Risque de complications pour la jument : Dans certains cas, l'avortement peut entraîner des complications pour la jument, telles que des infections utérines (métrites) ou des hémorragies. Une métrite aiguë, potentiellement mortelle, apparaît souvent après le poulinage, surtout si le placenta n'est pas expulsé complètement.

  • Propagation de maladies infectieuses : Si l'avortement est dû à une cause infectieuse, il existe un risque de propagation de la maladie à d'autres juments de l'élevage. La surveillance des avortements a été mise en place fin 2008 au sein du RESPE. Elle cible les maladies infectieuses responsables d'avortements chez la jument, et ayant une importance sanitaire, économique et/ou zoonotique en France.

Prévention des avortements chez la jument

La prévention des avortements chez la jument repose sur plusieurs mesures :

  • Suivi régulier de la gestation : Un suivi régulier de la gestation par un vétérinaire permet de détecter précocement d'éventuelles anomalies (gestation gémellaire, anomalies du cordon ombilical, etc.) et de mettre en place des mesures correctives si nécessaire. L’incidence des gestations gémellaires, par exemple, a été réduite grâce au diagnostic échographique.

  • Alimentation équilibrée : Une alimentation équilibrée, adaptée aux besoins de la jument gestante, est essentielle pour assurer le bon développement du fœtus et prévenir les carences nutritionnelles.

  • Gestion du stress : Il est important de limiter le stress chez la jument gestante, en évitant les transports prolongés, les situations stressantes et les interventions chirurgicales non indispensables.

  • Hygiène : Une bonne hygiène de l'environnement de la jument (box propre, abreuvoirs nettoyés régulièrement, etc.) permet de limiter le risque d'infections.

  • Vaccination : La vaccination contre certaines maladies infectieuses (HVE-1, grippe, etc.) peut contribuer à prévenir les avortements d'origine infectieuse.

  • Surveillance de la délivrance : Un point essentiel est la surveillance de la délivrance, c’est-à-dire l’expulsion complète du placenta suite à la sortie du poulain. Si le placenta se déchire et qu’il en reste un morceau à l’intérieur, c’est une métrite aiguë assurée. Une fois expulsée, la délivre (= le placenta) est soigneusement étalée au sol, pour vérifier son intégrité.

Diagnostic étiologique

Le diagnostic étiologique d'un avortement est primordial chez la jument, notamment en raison des risques de maladie infectieuse contagieuse. De ce fait, depuis des décennies, la priorité des travaux de recherche est donnée aux causes infectieuses, surtout contagieuses, et les techniques de diagnostic de celles-ci sont bien définies et relativement fiables. En revanche, les connaissances sur les facteurs de risque des différentes causes non infectieuses d'avortement et sur leurs moyens de prévention (voire curatifs) sont moins nombreuses. Lorsqu’une jument avorte, le Vétérinaire Sentinelle qui l’examine peut, s’il soupçonne une cause infectieuse, et avec l’accord du propriétaire, le déclarer, au RESPE dans le cadre du Syndrome Avortement. Le Vétérinaire Sentinelle prélève des échantillons : organes du fœtus et placenta. Si le résultat revient positif sur une maladie surveillée, cette seconde information permet de connaitre la répartition des maladies en France.

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