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Avorter Pour Sauver la Mère: Conditions Légales et Accès à l'IVG dans le Monde

L'avortement, une composante essentielle des droits sexuels et reproductifs, demeure un sujet de débat passionné et de législation variable à travers le monde. Alors que certains pays ont progressé vers la dépénalisation et la légalisation, d'autres ont régressé ou maintiennent des restrictions sévères. Cet article explore les conditions légales de l'avortement, en particulier lorsqu'il s'agit de sauver la mère, et examine l'état actuel de l'accès à l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) à l'échelle mondiale.

L'IVG: Un Droit Fondamental en Question

L'accès à l'IVG reste très inégal dans le monde. Alors qu'une grossesse sur quatre se termine par un avortement chaque année, plus de 40 % des femmes en âge de concevoir vivent dans des États aux lois restrictives. Ces restrictions ne diminuent pas le nombre d'avortements, mais les rendent dangereux, contribuant à la mortalité maternelle.

Interdiction Totale ou Très Limitée

Dans près d'une vingtaine de pays, l'avortement est encore interdit. Ces nations se trouvent principalement en Afrique et en Amérique du Sud. Sur le continent sud-américain, l'accès à l'IVG est particulièrement difficile. L'avortement n'est pas autorisé au Suriname, au Nicaragua ou encore au Salvador. Ce dernier Etat a même adopté en 1998 une législation draconienne qui prévoit des peines pouvant aller jusqu'à huit ans de prison en cas d'interruption de grossesse. Les poursuites sont, de plus, généralement engagées pour « homicides aggravés », passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à cinquante ans de prison. En Europe, l'interdiction totale demeure une exception. Mais, à Malte, les femmes avortant risquent bien une peine allant de dix-huit mois à trois ans d'emprisonnement. L'IVG est aussi proscrite dans les deux micro-Etats d'Andorre et du Vatican.

Accès Restreint: Danger pour la Vie de la Femme

D'autres pays ont partiellement dépénalisé l'avortement mais soumettent son accès à des conditions extrêmement restrictives. Ainsi, l'IVG est accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la femme en Côte d'Ivoire, Libye, Ouganda, au Soudan du Sud, en Irak, au Liban, en Syrie, Afghanistan, au Yémen, Bangladesh, en Birmanie, au Sri Lanka, Guatemala, Paraguay ou encore Venezuela. Au Brésil, l'IVG est seulement autorisée en cas de viol, risque pour la mère ou grave malformation du fœtus.

L'Évolution du Droit à l'Avortement à Travers l'Histoire

Le débat autour de l'avortement remonte à l'Antiquité. Déjà, dans l’Antiquité, des politiques interdisent la pratique de l’avortement. Au XVIe avant J.-C, le papyrus Ebers, un des plus anciens traités médicaux connus, contient des prescriptions pour faire avorter les femmes, alors qu’en Mésopotamie antique, le « Code de Hammurabi », daté d’environ 1750 av. J.-C. interdit l’avortement. Avec l'expansion du christianisme, l'avortement est fermement condamné, bien que la sanction varie selon le stade de la grossesse. Au Moyen-Âge, la très grande majorité des Églises chrétiennes condamnent fermement l’avortement, mais la sanction est différente selon qu’il est pratiqué avant ou après l’animation du fœtus. La date de l’apparition de l’âme fait d’ailleurs l’objet d’un débat théologique.

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XIXe et XXe Siècles: Criminalisation et Premières Légalisations

Au XIXe siècle, alors que la médecine effectue de larges progrès dans les domaines de la chirurgie, de l’anesthésie et de l’hygiène, aux États-Unis, certains médecins font pression pour interdire l’avortement. En France, les interruptions de grossesse sont réprimées et les sanctions alourdies : l’article 317 du code pénal de 1810 punit en effet d’un à cinq ans de réclusion la femme qui avorte et le « tiers avorteur ». En 1920, l’Union soviétique devient le premier pays à avoir légalisé l’avortement, grâce à Lénine. Staline l’interdit à nouveau en 1936 mais il est rétabli dans l’urgence en 1955 pour lutter contre la mortalité natale entraînée par les avortements clandestins.

La Loi Veil et les Avancées en France

En France, la loi Veil du 17 janvier 1975 a marqué un tournant en dépénalisant l'avortement. Ce droit, acquis après un long combat, a été constitutionnalisé en mars 2024, faisant de la France le premier pays au monde à inscrire le droit à l'avortement dans sa Constitution. Depuis la loi Veil du 17 janvier 1975, les Françaises sont autorisées à avorter avec un suivi médical. Un droit obtenu au terme d’un très long combat, et dont l’actualité aux États-Unis ou en Pologne, montre que son acquis peut être un jour remis en question.

Les Conditions Légales de l'IVG en France

En France, l’avortement peut être pratiqué jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines après le 1er jour des dernières règles. Il est important, lorsque la décision de recourir à une IVG est prise, d’engager les démarches rapidement car elles peuvent prendre du temps. Seule la femme concernée peut en faire la demande. Qu’elle soit majeure ou mineure, toute femme enceinte ne souhaitant pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin ou à une sage-femme l’interruption de celle-ci. La décision revient à chacune, il s’agit d’un choix personnel, qui doit être fait sans pression et sans justification. C’est le droit à disposer de son corps.

Accès pour les Mineures

Les femmes mineures peuvent recourir à une interruption volontaire de grossesse, avec ou sans le consentement de leurs parents. La loi permet à toute femme enceinte, y compris mineure, qui ne veut pas poursuivre une grossesse de demander à un médecin ou une sage-femme son interruption. Une jeune femme qui souhaite recourir à une IVG sans le consentement de ses parents doit se faire accompagner dans sa démarche par une personne majeure de son choix (membre de la famille, ami…). L’IVG pour les mineures est intégralement prise en charge sans avance de frais. Si vous en faites la demande, vous pourrez bénéficier de l’anonymat total pour pratiquer un avortement et ce, quel que soit le lieu de réalisation de l’IVG que vous aurez choisi.

Anonymat et Confidentialité

Dans tous les cas, la prise en charge de l'IVG est protégée par le secret. Cela signifie que ni l'acte d'IVG, ni les actes associés ne figurent sur le décompte de remboursement de la sécurité sociale afin de préserver la confidentialité vis à vis de l'entourage. Sur demande, l'IVG peut également être réalisée de manière anonyme.

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Accès pour les Femmes Étrangères

Toutes les femmes qui le souhaitent peuvent bénéficier d’une IVG, en France. Il n’est pas nécessaire d’avoir la nationalité française. La prise en charge à 100% est valable pour les femmes bénéficiaires de l'aide médicale de l'État (AME). Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière, non admise à l'AME, il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).

Nombre d'Avortements

Il n'y a pas de nombre légal d'avortement maximum à ne pas dépasser. Il est possible d’avoir plusieurs fois recours à l’interruption volontaire de grossesse au cours de sa vie. L’IVG, même répétée, n’augmente pas le risque d’infertilité ultérieure ni de complications lors d’une grossesse future.

Contre-Indications

Le professionnel de santé que vous consultez pour l’IVG évaluera si vous présentez des contre-indications lors de la première consultation pour vous proposer la méthode d’IVG adaptée à votre situation. La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine (situation dans laquelle la grossesse se développe en dehors de l’utérus, par exemple dans une trompe). D’autres situations peuvent contre-indiquer cette méthode : les femmes présentant une allergie à l’un des deux médicaments utilisés, les femmes souffrant d’insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire. Il n’existe pas de contre-indication à l’IVG instrumentale en tant que telle, seule l’allergie aux produits d’anesthésie peut constituer une contre-indication.

Prise en Charge Financière

L’IVG, et tous les actes qui lui sont associés (consultations, prises de sang, échographies…), est prise en charge à 100% par l’Assurance maladie quelle que soit la méthode (médicamenteuse ou instrumentale).

Menaces et Défis Actuels

Le droit à l'avortement est menacé par un durcissement des restrictions dans plusieurs pays. En Amérique du Sud, le Honduras a approuvé une réforme constitutionnelle qui durcit encore la législation. Sur le continent européen, le droit à l’avortement n’est pas totalement acquis non plus. En octobre 2020, le Tribunal constitutionnel de la Pologne a ainsi rendu l’IVG quasi illégale en supprimant la possibilité d’y recourir en cas de malformation du fœtus. Aux États-Unis, l'annulation de l'arrêt Roe vs Wade en 2022 a permis à chaque État de légiférer sur l'avortement, entraînant des interdictions et des restrictions dans plusieurs États.

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L'Objection de Conscience

Dans certains pays, comme l'Italie, l'objection de conscience des médecins rend l'accès à l'IVG difficile. Selon les derniers chiffres du ministère de la santé, 67 % des gynécologues italiens refusaient, en 2019, de pratiquer un avortement. Ce chiffre monte même à 80 % dans cinq des vingt régions italiennes.

Avortements Dangereux

A travers le monde, plus de 25 millions d’IVG dangereuses sont encore pratiquées chaque année, en faisant la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde. 45% des avortements dans le monde sont ainsi pratiqués dans des conditions sanitaires mettant la vie des femmes en danger.

Initiatives et Progrès Récents

Malgré les menaces, des progrès ont été réalisés dans certains pays. En Irlande, l’IVG n’est légale que depuis 2018, à la suite d’un référendum historique abrogeant son interdiction constitutionnelle. La Colombie a dépénalisé l’IVG en février 2022, pour tout motif et jusqu’à vingt-quatre semaines de grossesse. Au Mexique enfin, un arrêt historique de la Cour suprême a déclaré inconstitutionnelle la pénalisation de l’avortement en septembre. Sur le continent africain, le Bénin a légalisé l’IVG à l’automne. Le 4 mars 2024, les députés et sénateurs réunis en Congrès ont voté pour l’inscription de « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans l’article 34 de la Loi fondamentale. Ce vote historique a fait de la France le premier pays au monde à inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution.

Défendre le Droit à l'Avortement

Le combat pour le droit à l'avortement continue, avec des organisations féministes et des défenseurs des droits des femmes qui luttent contre les tentatives de régression. L’extension du délit d’entrave à l’IVG aux plateformes numériques est adoptée en mars 2017. Il punit les initiatives en lignes « de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences d’une interruption volontaire de grossesse », selon le texte de loi.

Le Droit à l'Avortement dans la Constitution

L’allongement du délai légal de recours à l’IGV En 2022, la France rejoint la moyenne européenne en décidant d’allonger le délai légal de recours à l’IVG. En vertu de la loi du 2 mars 2022, les Françaises auront désormais jusqu’à 14 semaines pour se faire avorter.

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