Le cintre, un objet banal du quotidien, est devenu un symbole poignant et chargé d'histoire dans le débat sur l'avortement. Il représente la dangerosité des avortements clandestins, le désespoir des femmes privées de leurs droits reproductifs, et la lutte incessante pour un accès sûr et légal à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Alors que la Cour suprême des États-Unis a annulé l'arrêt Roe v. Wade en 2022, permettant aux États d'interdire l'avortement, le symbole du cintre refait surface avec force dans le camp des pro-choix, rappelant les sombres réalités d'un passé où les femmes risquaient leur vie pour contrôler leur propre corps.
L'Avortement Clandestin : Une Réalité Tragique
Avant la légalisation de l'avortement, les femmes se trouvaient souvent dans des situations désespérées face à une grossesse non désirée. La contraception et l’avortement étaient interdits, les femmes se débrouillaient dans la clandestinité. Elles étaient alors livrées aux mains des "faiseuses d’anges" armées d’aiguilles à tricoter. Un long cortège de drames…
Dans les années 1970, une femme mourait chaque jour des suites d’un avortement clandestin. D’autres en réchappaient mutilées, stériles. Ces "faiseuses d'anges" utilisaient des méthodes rudimentaires et dangereuses, souvent dans des conditions insalubres. Les aiguilles à tricoter et les cintres étaient parmi les outils utilisés pour tenter d'interrompre la grossesse, entraînant des complications graves telles que des hémorragies, des infections, des lésions de l'appareil reproducteur et des perforations de l'utérus.
"Aux gardes des urgences, on voyait arriver des femmes qui saignaient, qui étaient infectées. En plus, elles restaient dans les coins car elles se faisaient engueuler." Pour avoir le droit à un curetage, méthode d’avortement propre à cette époque, il fallait déjà saigner, être en cours de fausse couche. "Et pour saigner, il fallait infecter l’œuf, poursuit le médecin. La seule solution était de mettre une petite sonde dans l’utérus, un scoubidou ou n'importe quoi, de laisser en place jusqu'à ce que ça saigne et s’infecte. Cela donnait des catastrophes…"
Les femmes qui en avaient les moyens partaient à l’étranger : Angleterre, Hollande, Suisse… où l’avortement était légal et sûr. Simone Iff, présidente du Planning familial de 1973 à 1981, témoignait en 2012 : "Je suis partie en Suisse. On faisait Paris-Lausanne en cinq heures. Et je me suis dit que, dans cinq heures, je peux poser la question à un médecin, être reçue dans une clinique".
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Le Cintre : Un Symbole de Danger et de Résistance
Le choix d'un cintre comme emblème est très symbolique, car lorsque l'avortement était interdit, c'est cet objet qui était le plus souvent utilisé, avec les aiguilles à tricoter, pour mettre fin à une grossesse. Le cintre est devenu un symbole de l'avortement clandestin, du danger encouru par les femmes contraintes à ce genre de pratiques. Il est depuis toujours le signe de ralliement des militants pro-IVG et l'emblème de la lutte pour le droit à l'avortement légal.
Brandis par des militantes féministes lors des manifestations, l’objet apparaît dans les années 1970. Son message est clair : mettre en évidence de manière délibérément abrupte le non-dit des avortements clandestins et revendiquer la reconnaissance du droit à l’interruption volontaire de grossesse. Le cintre est une piqûre de rappel, un signal qui met mal à l’aise et vient rappeler que, dans certains pays, la vie des femmes est encore menacée par des interventions clandestines pratiquées hors de tout contrôle médical.
L'Évolution du Droit à l'Avortement en France
On retrouve des traces de l’existence de l’avortement dès l’Antiquité. Différentes potions à base de plantes étaient utilisées : feuilles de saule, fenouil, persil, graines de fougères, etc… Mais il y avait une troisième catégorie d’actions qui est moins courante aujourd’hui dans notre société occidentale : la magie.
En France, la situation a évolué de plus en plus dans les années 1970. Au début mise en place pour 5 ans, cette loi est reconduite définitivement en 1979. La loi Veil, adoptée en 1975, a dépénalisé l'avortement, marquant une étape importante dans la reconnaissance des droits des femmes. Cependant, cette loi était un compromis, et le droit à l'avortement reste fragile, pouvant être remis en question ou entaillé indirectement.
Malgré cette avancée, l'histoire de l'IVG en France est longue et marquée par de grandes luttes. Les droits à l’avortement ont considérablement évolué pendant un moment, même si ces derniers sont arrivés extrêmement tardivement dans notre histoire.
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Le Cintre : Un Symbole Toujours Pertinent
Lors de la dernière décennie, le cintre que l’on croyait relégué aux oubliettes est revenu hanter les mobilisations dénonçant la remise en question des droits des femmes en Espagne, accompagné du slogan « Nunca más » (« Plus jamais ça »). On l’a également aperçu en Pologne mais aussi aux Etats-Unis, notamment en 2022 lorsque la Cour Suprême a décidé que l’avortement ne devait plus être considéré comme un droit constitutionnel.
L'utilisation du cintre dans les manifestations pro-IVG est assez récente même si on peut en trouver quelques-uns dans les grandes mobilisations des années 1970. Il s’impose au début de l’année 2014, alors que le gouvernement conservateur espagnol tente de faire passer une loi très restrictive en matière d’avortement. Les Espagnoles, bientôt soutenues par de nombreuses femmes en Europe (comme à Paris le 1er février 2014), sortent massivement dans la rue, munies de cintres sur lequel elles écrivent « Nuncà mas » (Plus jamais ça).
En 2016, le Planning familial organise en France une vaste campagne de défense du droit à l’avortement dans le monde avec le mot-dièse #CeciNestPasUnCintre. De nombreuses personnes (et personnalités) se font prendre en photo avec l’objet et le slogan.
Aujourd'hui, le cintre continue d'être brandi lors des manifestations pour défendre le droit à l'avortement. Il symbolise la nécessité de ne jamais oublier les dangers de l'avortement clandestin et de rester vigilant face aux tentatives de restriction des droits reproductifs des femmes. Il rappelle que le combat pour l'accès à un avortement sûr et légal est loin d'être terminé et qu'il est essentiel de se mobiliser pour protéger les acquis et garantir l'autonomie des femmes sur leur propre corps.
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