L'avortement sélectif selon le sexe, ou avortement sexo-sélectif, est une pratique controversée qui consiste à interrompre une grossesse en se basant uniquement sur le sexe du fœtus. Cette pratique est souvent motivée par des préférences culturelles ou sociales pour un sexe particulier, généralement les garçons, et soulève de profondes questions éthiques et sociales.
Définition et Prévalence
Un avortement sexo-sélectif est un avortement sélectif, basé uniquement sur le sexe de l'enfant. L'avortement sexo-sélectif est souvent influencé par des normes culturelles qui privilégient les garçons pour des raisons économiques, sociales ou de lignée familiale. L'avortement sexo-sélectif est particulièrement répandu dans certains pays d'Asie de l'Est et du Sud, comme la Chine et l'Inde, ainsi que dans certaines régions du Caucase et du Sud-Est de l'Europe.
Facteurs Influant sur l'Avortement Sélectif selon le Sexe
Plusieurs facteurs contribuent à la pratique de l'avortement sélectif selon le sexe, notamment :
Normes Culturelles et Sociales
Dans de nombreuses sociétés, les garçons sont privilégiés pour des raisons économiques, sociales ou de lignée familiale. Par exemple, en Inde, avoir une fille est souvent perçu comme un fardeau financier en raison de la dot et des coûts associés au mariage. Le proverbe indien selon lequel « élever une fille revient à arroser le jardin de son voisin » illustre parfaitement cet héritage : avoir une fille c’est s’occuper d’elle, et donc dépenser, pour que celle-ci se consacre à sa belle-famille après son mariage.
Accès à la Technologie
La technologie, en rendant l'identification du sexe du fœtus plus accessible et abordable, a involontairement facilité l'avortement sexo-sélectif. Les méthodes couramment utilisées pour déterminer le sexe du fœtus incluent l'échographie, l'amniocentèse et les tests ADN prénataux. En Inde, le déséquilibre du sex-ratio s’accentue avec le développement de l’échographie dans les années 1980.
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Facteurs Économiques
La femme, ne travaillant pas dans les champs par exemple, n’est pas considérée comme un membre productif de la société. Avoir une fille en Inde coûte cher, d’autant plus que le salaire moyen reste relativement bas. Il y a d’abord le mariage qui, dans ce pays, est un « symbole de statut social dans une société désormais très matérialiste, où il n’y a plus que l’argent qui compte ». La dot constitue un énième fardeau imposé à la famille de la mariée.
Conséquences de l'Avortement Sélectif selon le Sexe
La sélection des naissances entraîne de nombreuses répercussions :
Déséquilibre Démographique
En 1990, l’économiste et philosophe indien Amartya Sen alertait sur un phénomène touchant essentiellement les filles : la sélection des naissances ; entraînant un déséquilibre démographique important. À cette date, il manquait déjà 100 millions de femmes en Asie. L’étude publiée dans The Lancet se penche sur la proportion homme-femme en Inde, qui ne cesse d’augmenter depuis 1987. Le rapport de masculinité à la naissance se situe entre 110 et 117.
Conséquences Sociales
Aujourd’hui, face au déficit de femmes en Inde, de nombreux hommes célibataires rencontrent des difficultés à trouver une épouse. Or, ne pas se marier c’est ne pas avoir d’enfants - ou plutôt de fils - et donc pas d’héritiers en mesure de reprendre les biens de la famille. Le célibat des jeunes hommes débouche sur de la frustration qui participe à l’augmentation des violences faites aux femmes dans une société où elles sont déjà omniprésentes.
Marchandisation des Femmes
Malgré une loi anti-viol, adoptée en 2013, non seulement la culture du viol persiste, mais se développe également un phénomène de traite des femmes et des filles à des fins d’exploitation sexuelle, conséquences d’une frustration masculine ressentie face à la difficulté de trouver une femme. Face à la situation, un nouveau marché est apparu : celui des épouses. Des middlemen, personnes intermédiaires, proposent aux jeunes célibataires de leur trouver une épouse. Ces intermédiaires parcourent alors les régions les plus pauvres du pays où ils achètent des femmes, souvent des jeunes filles, qu’ils revendront après à leurs clients. Ainsi se développe un réel marché noir de la femme dans lequel les prix varient selon la « qualité » de ces dernières.
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Mesures Légales et Sensibilisation
Certains gouvernements mettent en place des lois interdisant la divulgation du sexe de l'enfant avant la naissance ou renforcent les campagnes de sensibilisation pour promouvoir l'égalité des sexes. La législation joue un rôle crucial en interdisant la divulgation prénatale du sexe du fœtus et en sanctionnant les pratiques d'avortement sexo-sélectif.
En Inde, le gouvernement a créé plusieurs lois. En 1978, le recours aux amniocentèses sont limités, seulement dans les hôpitaux publics et en cas d’une maladie génétique. En 1983, le gouvernement interdit l’utilisation des échographies dans le but de connaître le sexe du fœtus. En 1994, c’est l’avortement sexo-sélectif qui est proscrit. L’action du gouvernement passe aussi par des campagnes pour lutter contre les fœticides et les inégalités entre les genres (affichages publics, programmes à la télévision, actions de sensibilisations à des échelles plus locales).
Interruption Volontaire Partielle de Grossesse
L'interruption volontaire partielle de grossesse désigne l'arrêt du développement d'un ou plusieurs fœtus au sein d'une grossesse multiple (jumeaux…). Elle peut être réalisée quand une anomalie morphologique ou une anomalie chromosomique grave a été diagnostiquée. En France, elle est encadrée par la loi de bioéthique du 2 août 2021.
La réduction embryonnaire consiste à diminuer le nombre d'embryons dans les grossesses multiples de haut rang, c'est-à-dire lorsqu'il y a plus de trois embryons car cela induit un risque de prématurité ou de retard de croissance. Le fœticide sélectif, ou interruption médicale de grossesse sélective, est réalisé plus tard dans la grossesse quand une anomalie morphologique ou une anomalie chromosomique grave a été diagnostiquée chez l'un des deux embryons.
Implications Féministes et Critiques des Lois Prétendument Féministes
Francine Sporenda dissèque la manière dont les structures patriarcales façonnent et instrumentalisent la loi, la sexualité et les dynamiques politiques au service du maintien de la domination masculine. Elle démontre comment de nombreuses lois prétendument féministes, censées protéger les femmes, finissent en réalité par protéger les agresseurs.
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Elle souligne qu'il est problématique de croire que des lois passées par une majorité parlementaire qui reste encore très masculine, dans une société où les hommes sont encore largement aux commandes et où l’idéologie patriarcale imprègne et structure l’ensemble des interactions sociales puissent véritablement être non-sexistes. Le sexisme est présent dans la formulation même des lois et dans leurs objectifs explicites ou implicites.
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