L'avortement, un acte médical essentiel pour des millions de femmes et de personnes pouvant tomber enceintes, reste un sujet de controverse mondiale. Au Royaume-Uni, bien que décriminalisé en 1967, l'accès à l'avortement est loin d'être simple et uniforme, soulevant des questions de coût, de législation et d'accès aux soins. Cet article explore les différentes facettes de l'avortement au Royaume-Uni, en tenant compte des récentes évolutions législatives, des défis financiers et des obstacles persistants.
Un Cadre Législatif Complexe
Bien que l'avortement ait été décriminalisé en 1967 au Royaume-Uni, il reste soumis au pouvoir de décision de l'institution médicale. L'accord de deux médecins est nécessaire pour autoriser l'acte. Le soin peut alors avoir lieu dans un établissement conventionné ou à domicile pour une interruption médicamenteuse, mais toujours après double accord médical.
Le délai légal pour avorter au Royaume-Uni est l'un des plus progressistes en Europe, bien que plus court qu'en France (quatorze semaines). Cependant, l'accès légal à l'avortement n'est pas systématiquement assuré. Pendant la période du Covid, les services médicaux souffrant déjà de coupes budgétaires ont restreint les interventions. Résultat : plusieurs femmes ont dû garder leur enfant contre leur volonté, avait alors alerté le BPAS (British Pregnancy Advisory Service).
L'Impact du Coût de la Vie et de l'Insécurité Financière
Les données du gouvernement britannique publiées le 15 janvier indiquent que le nombre d’avortements a atteint un « niveau record » en Angleterre et au Pays de Galles, « en raison du coût de la vie ». Les praticiens évoquent également le manque d’accès à la contraception comme une « autre raison » de l’augmentation de 11% du nombre d’IVG en 2023.
Katie Saxon, directrice de la communication stratégique au BPAS, l’un des plus grands « prestataires d’avortement » du pays, s’insurge : « Aucune femme ne devrait avoir à interrompre une grossesse qu’elle aurait autrement poursuivie pour des raisons purement financières ». Elle estime que « le gouvernement peut faire beaucoup plus pour garantir que les femmes puissent faire le choix qui leur convient ».
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Selon une enquête de Pregnant Then Screwed menée auprès de 1630 femmes, une femme sur cinq a mis fin à une grossesse désirée en raison des coûts liés aux frais de garde d’enfants. Ils ont augmenté de 5% en un an. 60,5% des femmes interrogées affirment que ce coût a influencé leur décision d’avorter. Quant aux 28.000 femmes qui avaient déjà un ou plusieurs enfants, 62% ont déclaré que ces frais avaient influencé leur décision de ne plus avoir d’enfants.
Avortement Médicamenteux à Domicile : Une Avancée et ses Controverses
Après l’Ecosse, l’Angleterre et le Pays de Galles ont choisi d’autoriser définitivement, après consultation d’un médecin, les avortements médicamenteux à domicile. Ces avortements pourront avoir lieu avant la dixième semaine de grossesse. Au Pays de Galles, la loi exige que les médecins enregistrent le lieu de la consultation et de l’avortement. Ces mesures, au départ temporaires, avaient été mises en place à l’occasion de la crise du Covid-19 en mars 2020.
En 2023, les avortements « à domicile » ont représenté 72% de l’ensemble des interruptions de grossesse.
Cette décision risquerait, selon l’épiscopat catholique, de « mettre davantage les femmes en danger » en cette période de pandémie mondiale.
L'Irlande du Nord : Un Cas Particulier
L’Irlande du Nord est l’un des pays où la législation sur l’avortement est parmi les plus strictes au monde : l’IVG n’y est autorisée que lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère.
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Jusque-là, les Nord-Irlandaises ayant une grossesse non désirée se voyaient obligées de voyager en Grande-Bretagne et de payer les frais de l’intervention - quelque 900 livres (plus de 1 000 euros) - de leur poche.
La Grande-Bretagne va financer les IVG de femmes venues d’Irlande du Nord, où l’intervention est interdite. C’est un changement politique radical, salué par The Guardian.
Les femmes nord-irlandaises pourront désormais avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) ailleurs au Royaume-Uni, qui sera prise en charge par le service de santé, le NHS. C’est ce que le gouvernement britannique de Theresa May a annoncé le 29 juin.
Les Voyages à l'Étranger pour Avorter
Chaque année, des centaines voire des milliers de femmes se rendent à l’étranger pour avorter parce qu’elles ont dépassé le délai légal en France.
Mara Clarke, fondatrice de l’association Abortion Support Network, qui finance les voyages au Royaume-Uni pour les femmes dans le besoin, en est bien consciente.
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Les Risques de l'Avortement Clandestin
En parcourant la page «In Her Shoes», on se rend vite compte qu’interdire l’avortement l’a seulement rendu plus dangereux, plus solitaire.
Mara Clarke se rappelle celle qui n’avait jamais pris de la drogue de sa vie et qui s’est shootée à l'héroïne pour tenter de déclencher un avortement. De celle qui a pris trois plaquettes de pilules contraceptives avec une bouteille de gin. D'une autre, qui a avalé tout le contenu de sa trousse de médicaments. D'une quatrième, qui a demandé à son copain de lui mettre un coup de poing dans le ventre.
Ces cas restent très minoritaires, mais elle en voit tout de même plusieurs par an depuis qu’elle a fondé son association, en 2009. «Et cela ne concerne que les femmes qui passent par l’association pour avorter. Ce que toutes ces femmes avaient en commun, c’est qu’elles étaient pauvres ou marginalisées d’une manière ou d’une autre, explique Mara Clarke. «On a créé un système où celles qui ont de l’argent ont des options.
L'Avortement et la Violence Domestique
«On sait qu’en Irlande, la grossesse fait partie des moyens par lesquels les partenaires violents contrôlent leurs victimes», explique cette avocate du droit familial. Quand on n’a aucun moyen de mettre fin à sa grossesse, il est plus difficile de quitter une relation violente.
Stigmatisation et Jugement
Nathalie, mère de deux enfants, a avorté deux fois. La première fois, elle est revenue en France car elle travaillait dans un pays d’Afrique où l’avortement est interdit. C’était en 2011 et le délai légal pour avorter était alors de 12 semaines de grossesse (14 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire l’absence de règles), contre 14 semaines de grossesse aujourd’hui. Le temps de faire les examens à Paris, où elle a atterri, ce délai était dépassé. À l’hôpital, au Planning familial et même auprès de sa famille, elle a senti du « jugement » et une forme de solitude. À tel point que lorsqu’elle s’est retrouvée dans la même situation huit ans plus tard, en 2019, elle a choisi d’avorter clandestinement dans le pays africain où elle se trouvait.
Menaces sur le Droit à l'Avortement en Europe et dans le Monde
Ces trente dernières années, 60 pays ont modifié leur législation pour faciliter l’accès à un avortement sûr et légal. Désormais, les pays qui maintiennent une interdiction totale ou quasi-totale de l’avortement sont minoritaires. Pour autant, ce droit fondamental et les personnes qui le défendent ne cessent d’être questionnés, stigmatisés et criminalisés.
En 2022 aux États-Unis, la Cour suprême a annulé l’arrêt Roe vs. Wade qui faisait du droit à l’avortement un droit constitutionnel depuis 1973. En Europe ce droit est également fortement menacé. En Hongrie, les règles ont été durcies : depuis septembre 2022, une femme souhaitant avorter doit être confrontée aux « fonctions vitales » du fœtus, comme écouter son rythme cardiaque. En Pologne, il est interdit d’avorter sauf en cas de viol.
La Constitutionnalisation de l'IVG en France : Un Signal Fort
En mars, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement dans sa Constitution l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Face ces reculs inquiétants, la constitutionnalisation de l’IVG est un symbole important vis-à-vis des pays qui restreignent ou criminalisent le droit à l’avortement.
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