L'essor de la cigarette électronique, ou vapoteuse, a suscité de nombreuses interrogations quant à son innocuité, notamment en raison de la diversité des matériaux utilisés dans leur fabrication et des substances contenues dans les e-liquides. Parallèlement, l'arrivée sur le marché de dispositifs jetables comme les "puffs", ciblant particulièrement les jeunes, a soulevé des inquiétudes supplémentaires. Cet article se penche sur les dangers potentiels liés à l'utilisation de cigarettes électroniques, en particulier ceux associés aux matériaux plastiques, à la présence de substances chimiques controversées comme le bisphénol A (BPA), et à l'attrait croissant des jeunes pour les "puffs".
Les Composants Plastiques des Cigarettes Électroniques : Un Risque Chimique ?
De nombreux clearomiseurs et tanks d'atomiseurs reconstructibles, notamment les modèles d'entrée de gamme, sont fabriqués à partir de matières plastiques telles que le polycarbonate (PC) et le PMMA (polyméthacrylate de méthyle). Ces matériaux sont choisis pour leur robustesse et leur capacité à résister à des variations de température. Cependant, leur utilisation soulève des questions quant à la libération potentielle de substances chimiques nocives lors du chauffage des e-liquides.
Nas Vape souligne que tous les plastiques dégagent des substances chimiques lorsqu'ils sont chauffés. De plus, la composition exacte des résines et des matériaux utilisés par certains fabricants reste parfois opaque, laissant planer le doute sur la présence de composés potentiellement dangereux tels que le bisphénol A et les phtalates.
Le Bisphénol A (BPA) : Un Perturbateur Endocrinien Présent dans les Tanks en Polycarbonate
Le polycarbonate, un plastique couramment utilisé dans la fabrication des tanks de cigarettes électroniques, contient du bisphénol A (BPA). Le BPA est un perturbateur endocrinien connu, c'est-à-dire une substance chimique capable d'interférer avec le système hormonal et d'entraîner des effets néfastes sur la santé.
Plusieurs études ont démontré que le BPA peut migrer du polycarbonate vers le contenu, comme cela a été observé dans les boîtes de conserve, les biberons et les boîtes de conservation en plastique. Cette migration soulève des inquiétudes quant à l'exposition des vapoteurs au BPA, même si les e-liquides ne sont pas ingérés directement. La question de savoir si le BPA migre dans les e-liquides et est absorbé lors du vapotage reste un sujet de préoccupation.
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Les bisphénols sont utilisés dans la fabrication industrielle des plastiques, en tant que monomères du polycarbonate ou en tant qu’additifs dans les résines époxy. Ils forment une grande famille constituée de nombreuses substances qui ont des structures chimiques et des utilisations similaires. Parmi les plus connus figurent le bisphénol A (BPA) et le bisphénol S (BPS).
Le bisphénol A a un impact avéré sur la fertilité, les glandes mammaires, le métabolisme, le cerveau, etc. Les bisphénols sont considérés comme des perturbateurs endocriniens (substances altérant les fonctions du système endocrinien et induisant des effets néfastes sur la santé). Le BPA mine l’action des œstrogènes en se fixant aux récepteurs alpha et béta de ces hormones. Il affecte non seulement les fonctions oestrogéniques, mais aussi les fonctions des hormones androgènes, la prolactine, l’insuline, ou encore des hormones thyroïdiennes. Le BPA pourrait ainsi être responsable de l’apparition de troubles de la reproduction (infertilité), du métabolisme (obésité, diabète), de dysfonctionnements thyroïdiens ou encore de cancers hormono-dépendants (sein, prostate).
En 2023, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié une étude fixant l’apport quotidien tolérable du BPA à 0,2 nanogramme (2 milliardième de gramme) par kilogramme de poids corporel par jour. Cette valeur est environ 20.000 plus basse que ce qui avait été calculé en 2015 par l’autorité. Les experts de l’EFSA ont également estimé qu’un très grand nombre de personnes, dans toutes les tranches d’âge, dépassaient cette limite.
En décembre 2012, une loi visant à la suspension de la fabrication, de l’importation, de l’exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du BPA a été adoptée. Cette loi, a suspendu, depuis le 1er janvier 2013, l’utilisation du BPA dans tous les conditionnements, contenants et ustensiles destinés à entrer en contact direct avec des denrées alimentaires pour les nourrissons et enfants en bas âge.
Réaction des E-liquides avec les Matériaux des Réservoirs
Certains e-liquides contiennent des colorants alimentaires, des arômes et des additifs qui peuvent interagir avec le PMMA et le polycarbonate, entraînant leur détérioration. Par exemple, l'utilisation prolongée de certains e-liquides dans un clearomiseur eVod peut provoquer des fissures, un blanchiment ou une fragilisation du tank.
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Alternatives et Préconisations
Face à ces préoccupations, l'utilisation de tanks en pyrex (verre) est souvent recommandée comme alternative plus sûre, car le verre est un matériau inerte qui ne libère pas de substances chimiques nocives. Il est également conseillé de choisir des e-liquides de qualité et de vérifier la composition des matériaux utilisés dans la fabrication des cigarettes électroniques.
"Puffs" : Un Phénomène de Mode chez les Jeunes
Les "puffs", ces cigarettes électroniques jetables aux saveurs attrayantes, ont connu un succès fulgurant auprès des jeunes. Leur format compact, leur facilité d'utilisation et leurs goûts variés en font un produit particulièrement attractif pour les adolescents.
Cependant, cette popularité soulève de vives inquiétudes quant à l'initiation à la nicotine et au risque de dépendance chez les jeunes non-fumeurs. Les "puffs" peuvent contenir des concentrations élevées de nicotine, et leur marketing ciblé vers les adolescents banalise les risques liés à leur utilisation.
De plus, l'aspect environnemental des "puffs" est préoccupant. Elles constituent un déchet supplémentaire, contenant des batteries aux métaux lourds, des composants électroniques, des résidus de plastique et de la nicotine. Le recyclage de ces dispositifs est souvent incertain, ce qui contribue à la pollution de l'environnement.
Toxicité Générale des Cigarettes Électroniques
Une étude publiée dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS) suggère que le vapotage pourrait augmenter le risque de développer certains cancers et des maladies cardiaques. Ces travaux, menés en laboratoire sur des rongeurs et des cellules humaines, ont révélé des altérations de l'ADN et une diminution du niveau de protéines réparatrices après exposition à la vapeur de nicotine.
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Selon cette synthèse d'études, les vapeurs de e-cigarettes contiendraient au moins quatre substances toxiques, dont le formaldéhyde, irritant pour les voies respiratoires et classé "cancérigène certain pour l’Homme" par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). De l'acroléine, molécule très toxique irritant pour la peau et les muqueuses, du glyoxal, irritant pour la peau et les yeux, ou encore du l’acétaldéhyde, classé "peut-être cancérogène pour l’Homme" par l’OMS ont également été détectés dans ces cigarettes.
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