L'avortement par aspiration, une procédure courante pour interrompre une grossesse, suscite de nombreuses questions concernant ses potentielles conséquences psychologiques. Cet article vise à explorer ces conséquences à travers une analyse des études existantes, des témoignages et des perspectives médicales.
Méthode d'aspiration
L’avortement par aspiration est la méthode la plus souvent utilisée entre la 8e et la 12e semaine de grossesse. À partir de ce stade, l’avortement médicamenteux devient problématique et souvent contre-indiqué. L’intervention chirurgicale peut se faire sous anesthésie locale ou générale. Comme pour un examen gynécologique, le vagin est d’abord élargi à l’aide d’un spéculum. Ensuite, le col de l’utérus (canal cervical) est dilaté de 4 à 12 mm, selon l’âge de la grossesse, avec des tiges en métal ou en plastique (dilatateur, bougie). Cette dilatation est douloureuse. Aussi, une anesthésie générale (ou locale par des injections autour du col) est indispensable. La canule reliée à un appareil aspirateur est introduite par le col. Elle a un diamètre de 4 à 12 mm, en fonction de l’âge de la grossesse. Le fœtus est alors déchiqueté par la canule et le contenu de l’utérus est aspiré. Souvent, la paroi de l’utérus est « contrôlée » avec une curette (instrument en forme d’une petite cuillère) et d’éventuels résidus du fœtus sont évacués.
Études scientifiques et affirmations contradictoires
Le débat sur les séquelles psychologiques de l'avortement est vif. Sur une vidéo du site du gouvernement, le gynécologue Philippe Faucher affirme que « la majorité des études scientifiques sérieuses qui ont été publiées sur le sujet montrent qu’il n’y a pas de séquelle à long terme psychologique de l’avortement. Il n’y a pas de syndrome post-traumatique qui persisterait à distance, plusieurs années après un avortement. »
Cependant, cette affirmation est contestée par de nombreux chercheurs et professionnels de la santé. Des centaines d’études scientifiques publiées dans les revues internationales depuis plus de 30 ans attestent l’existence de ces souffrances à court et long terme. De Lyon a compilé une partie de ces études dont la méta-analyse réalisée par Priscilla K. Ce dernier a fait une synthèse portant sur 22 études, 36 critères et 877.181 femmes (dont 163.831 ayant fait une IVG).
Témoignages et expériences vécues
Au-delà des études, les témoignages de femmes ayant vécu un avortement sont essentiels pour comprendre la réalité de leur expérience. Les sites qui ouvrent largement leurs pages aux témoignages disposent de plusieurs milliers de témoignages authentiques de souffrance. regorge de posts anonymes ou signés. Ces témoignages révèlent une diversité d'émotions et de réactions, allant du soulagement au regret, en passant par la culpabilité et la tristesse.
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Fertilité et risques associés
Une sage-femme (Mme Aunis) répond péremptoirement à une question sur ce point : « Que ce soit par la méthode médicamenteuse ou chirurgicale, il n’y a pas de risque de stérilité. , la fertilité revient assez rapidement. Il faudra donc anticiper pour que vous ayez un moyen de contraception dès le jour de l’intervention. » serait risible si le sujet n’était pas aussi grave. Surtout cela ne correspond pas aux observations quotidiennes des médecins.
Il est important de noter que certaines études suggèrent un risque accru de cancer du col utérin (donc d’infertilité) , par rapport aux femmes sans antécédents d’avortement. Les femmes ayant eu plus de deux IVG sont confrontées à un risque relatif de x 4,92 fois supérieur (M-G, Le, et al., “Oral Contraceptive Use and Breast or Cervical Cancer : Preliminary Results of a French Case- Control Study, Hormones and Sexual Factors in Human Cancer Etiology, ed. JP Wolff, et al., Excerpta Medica : New York (1984) pp.139-147 ; F. Parazzini, et al., “Reproductive Factors and the Risk of Invasive and Intraepithelial Cervical Neoplasia,” British Journal of Cancer, 59 :805-809 (1989) ; H.L. Stewart, et al., “Epidemiology of Cancers of the Uterine Cervix and Corpus, Breast and Ovary in Israel and New York City,” Journal of the National Cancer Institute 37(1) :1-96 ; I. Fujimoto, et al., “Epidemiologic Study of Carcinoma in Situ of the Cervix,” Journal of Reproductive Medicine 30(7) :535 (July 1985) ; N. Weiss, “Events of Reproductive Life and the Incidence of Epithelial Ovarian Cancer,” Am. J. of Epidemiology, 117(2) :128-139 (1983) ; V. Beral, et al., “Does Pregnancy Protect Against Ovarian Cancer,” The Lancet, May 20, 1978, pp. 1083-1087 ; C. LaVecchia, et al., “Reproductive Factors and the Risk of Hepatocellular Carcinoma in Women,” International Journal of Cancer, 52 :351, 1992.
Importance d'un consentement éclairé
Comme pour les aspects psychiatriques, il existe bien sûr des études rassurantes. Affirmer un « droit » n’est pas suffisant pour préserver la santé de la femme. Il faut aussi respecter tout ce que dit « la loi ». Le site du gouvernement affirme « Ce médicament interrompt la grossesse. Il bloque l’action de l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. À l’issue de cette première étape, il peut survenir des saignements plus ou moins importants. Exceptionnellement, l’oeuf peut déjà être évacué à ce stade. Quand la femme fait une ivg, elle n’évacue pas un « oeuf » mais un « embryon ». qui suit la conception. C’est faux ! ! Le site gouvernemental parle de « contenu de l’utérus » au lieu d’exprimer la réalité de l’acte. ou formées par le Planning. ( cf communiqué de presse du Planning Familial en date 28 septembre 2015). Elles encouragent de fait l’ivg par leurs conseils. ).
Étude prospective sur l'impact de l'IVG
Une étude prospective qualitative et quantitative a été menée auprès de 103 femmes demandant un avortement par aspiration et curetage. Elles ont été interviewées une à trois semaines avant l’intervention et 6 mois plus tard à l’aide d’un questionnaire comprenant des questions ouvertes et fermées et deux tests psychologiques (Locke-Wallace et IES d’Horowitz).
Les résultats ont montré que la majorité des femmes (n=101) avait déjà utilisé une méthode contraceptive depuis le début de leur vie sexuelle. Au moment de la conception de cette grossesse non désirée, plus de la moitié des femmes (n=58) avaient utilisé une méthode contraceptive et un tiers n’en avait utilisée aucune. Six mois plus tard, une majorité (n=86) utilisait une méthode contraceptive alors qu’une minorité (n=16) n’en utilisait pas. Le préservatif était rarement utilisé (n=11). Après IVG, 14 couples sur 81 s’étaient séparés. La majorité des femmes (n=72) n’a pas signalé de changement dans leur vie sexuelle. Cependant, un cinquième des femmes notaient une diminution de leur désir sexuel et des troubles orgasmiques. Environ un tiers décrivaient des symptômes psychosomatiques mais la majorité (n=92) n’étaient pas traumatisées.
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L'étude a conclu que la grande majorité des femmes semble bien supporter l’IVG. Une minorité présente des dysfonctions sexuelles, des symptômes psychosomatiques qui persistent six mois après l’intervention. La majorité des femmes utilise une méthode contraceptive, mais un petit pourcentage ne se protège pas ou se protège de manière peu ou pas efficace.
L'IVG : un acte non anodin
L’IVG n’est pas un acte anodin dans la vie d’une femme. L'avortement, en tant qu’interruption artificielle d’un cycle biologique conduisant normalement à la naissance d’un enfant, peut avoir des conséquences psychologiques importantes. Au sentiment premier de libération ou de soulagement d’avoir trouvé « une solution » au problème, succèdent généralement assez rapidement des sentiments de regret, de culpabilité, voire de détresse.
Des troubles, recueillis sous le nom de Syndromes Post-abortif (expression utilisée pour la première fois par le Dr Vincent Rue, directeur de l’institute of Post Abortion Recovery, à Portsmouth dans le New Hampshire) apparaissent, parfois assez rapidement. Ce syndrome est classé parmi les stress post-traumatiques (donc issus d’un évènement psychologiquement traumatique). L’analyse de ces troubles permet de mettre en évidence plusieurs symptômes liés à l’avortement : larmes, impression de vide, perte de l’estime de soi, sentiment d’échec, de culpabilité, irritabilité, troubles de l’appétit, anxiété, insomnies, cauchemars, dépression, perte de libido, troubles sexuels, capacité moindre à aimer, à se soucier des autres, détresse morale, détresse psychique, voire suicidaire.
Quelques chiffres issus d’une étude de l’Elliot Insitute pour illustrer certains de ces troubles :
- 8 semaines seulement après leur avortement :
- 44% de femmes se plaignent de désordre nerveux
- 36% de femmes se plaignent de troubles du sommeil
- 31% de femmes regrettent leur décision
- 5 années après :
- 25% des femmes ont eu recours à un psychiatre contre 3% en temps normal
- 60% des femmes qui ont des séquelles post avortement ont des idées suicidaires et 28% font une tentative de suicide
- Divorce et problèmes chroniques de relations :
- 60 à 70% des couples se séparent après un avortement
Chaque femme réagit différemment à l’avortement, en fonction de son histoire, de ses blessures, de la réalité de sa vie conjugale. Il n’y a pas vraiment de règles sur le sujet. Toute grossesse établit un lien biologique très précoce entre la mère et l’embryon et toute perte embryonnaire ou fœtale nécessite un détachement, qui s’accomplit lors du processus de deuil. En réalité, très rares sont les femmes que l’IVG laissent indemnes. Même si elle est enfouie au plus profond du cœur et du corps et que beaucoup ne laissent rien transparaître, la blessure est pourtant toujours là, un rien suffit à la rouvrir, un événement anodin.
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Importance du soutien et de l'accompagnement
Beaucoup de femmes s’interdisent de nommer leur souffrance et d’en parler. Elles considèrent qu’ayant décidé librement d’avorter, elles doivent assumer seules ce choix et préfèrent se protéger en se murant dans le silence. Ainsi on peut s’enfermer sur son mal-être, enfouir ses problèmes et ne plus vivre mais survivre comme on peut. Il est donc important de se donner le droit de parler, de pleurer, d’exprimer les sentiments qui se bousculent, même s’ils sont contradictoires. S’autoriser à dire ce qu’on a sur le cœur : sa peine, ses doutes, sa colère envers son conjoint, ses parents, son sentiment de culpabilité…
Oublier ? Ce ne sera jamais totalement possible. Mais il est possible d’apprivoiser cet évènement, de vivre avec et de s’apaiser progressivement. Ce chemin de soulagement intérieur est souvent balisé par plusieurs étapes, repérées par les psychologues :
- Sortir du déni : reparler de cet avortement, de ce qui s’est passé.
- Accepter et exprimer son ressenti, même déplaisant, oser écouter la diversité des émotions qui habitent son cœur, les nommer et avancer sans crainte sur ce champ de bataille… qui parasite peut-être tout un pan de sa vie.
- Reconnaître l’importance de l’acte commis, penser à cette vie interrompue pour pouvoir faire le deuil de cet enfant en lui redonnant sa propre place dans sa vie… et pourquoi pas un nom, « son » nom puisqu’il a existé.
- Enfin, et surtout: se pardonner à soi-même !
Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.
Examens médicaux et suivi post-IVG
Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.
Une visite de contrôle doit intervenir impérativement entre 2 et 3 semaines après l’intervention chirurgicale. Elle permet de s’assurer qu’il n’existe pas de complication. Une échographie est très souvent faite. Car, il peut y avoir par exemple une infection utérine ou une rétention de fragments de fœtus. Les complications après un avortement ne sont pas très fréquentes. Cependant, dans les jours suivant l’avortement, la femme peut présenter de la fièvre, des pertes importantes de sang ou de fortes douleurs abdominales.
Contraception après une IVG
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.
La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).
Remboursement de la contraception
Sont remboursables par l'Assurance maladie : certaines pilules contraceptives ; les implants contraceptifs hormonaux ; les progestatifs injectables ; les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ; les diaphragmes ; certaines marques de préservatifs externes (masculins). Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret. Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles. Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.
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