Introduction
L'avortement, un acte médical fondamental qui permet de mettre fin à une grossesse, demeure un sujet de débat mondial. Il s'agit d'un soin de santé de base pour des millions de femmes, de jeunes filles et d'autres personnes qui peuvent tomber enceintes. Bien que de nombreux pays aient progressé vers la légalisation et la dépénalisation de l'avortement au cours des dernières décennies, des obstacles considérables persistent, et des reculs inquiétants ont même été observés dans certaines régions. Cet article explore les chiffres clés, les enjeux complexes et les perspectives actuelles concernant l'avortement à travers le monde, en mettant en lumière les disparités régionales, les menaces croissantes et les efforts déployés pour défendre ce droit fondamental.
Chiffres Clés et Estimations Globales
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’avortement est une composante essentielle des droits sexuels et reproductifs. Reconnu soin primaire par l’OMS, il dépasse les enjeux de santé publique et se révèle aussi déterminant pour l’éducation et l’emploi des femmes, entre autres. L'OMS publie des chiffres officiels appelés "fact sheet" sur l'avortement. Ces chiffres concernant le nombre d'avortements dans le monde, le nombre d'avortements non sécurisés et le nombre de décès maternels suite à un avortement sont présentés comme des données venant de statistiques officielles recensant ces cas à travers le monde. Ces derniers utilisent des hypothèses en amont pour prédire ces grandeurs.
Une étude de Juillet 2020 publiée dans The Lancet Global Health Journal estimait qu'il y aurait entre 67 et 82 millions d'avortements dans le monde. Une autre étude de Novembre 2017 publiée dans Le Lancet estimait qu'il y aurait entre 40,6% et 50,1% d'avortements non sécurisés. Une étude de Juin 2014 publiée dans Le Lancet estimait que les décès maternels suite à un avortement se situent entre 4,7% à 13,2%.
Disparités Législatives et Géographiques
Le droit à l’avortement est d’un accès très inégal dans le monde. Si dans la plupart des pays d’Europe, les États autorisent l’avortement sans restriction autre que la durée de gestation. Pour d’autres régions du monde, le droit à l’avortement est conditionné à des situations spécifiques, comme les grossesses issues d’un viol, de l’inceste ou en cas de complications médicales pour la mère ou l’enfant. Enfin, dans plus d’une vingtaine de pays, l’avortement est strictement interdit.
Ces dernières années, de nombreuses mobilisations ont permis des avancées notables pour le droit à l’avortement vers sa dépénalisation et sa réglementation. Depuis la légalisation de l’avortement en Argentine en 2020, d’autres pays de la région ont connu des avancées positives similaires. Ainsi, la Colombie a légalisé l’avortement en février 2022 jusqu’à 24 semaines de grossesse.
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Cependant, un recul significatif a également été observé ailleurs comme au Salvador, au Nicaragua, en Pologne et aux États-Unis où la Cour suprême a annulé l’arrêt Roe v. Wade en 2022. La situation est désormais dramatique en Alabama, au Missouri, au Texas ou encore en Géorgie, contrairement à la Californie, l’Ohio, l’Illinois et le Colorado, par exemple.
Exemples de législations nationales
- Malte : Le seul pays de l’Union européenne à criminaliser l'avortement dans presque toutes les circonstances. Depuis 2023, une loi permet aux femmes d’interrompre une grossesse seulement si leur vie est en danger et que le fœtus n’est pas viable.
- Irlande : L’avortement est autorisé sur demande jusqu'à 12 semaines de grossesse.
- Suède : Autorise les femmes à recourir à une interruption de grossesse jusqu’à la 18ème semaine, sans justifier leur décision. La législation suédoise ne reconnaît pas de clause de conscience spécifique à l’IVG.
- Pays-Bas : Les femmes peuvent avorter sur simple demande jusqu’à 22 semaines de grossesse.
- Pologne : N’autorise l’avortement que dans deux cas précis : lorsqu’il existe un danger pour la vie de la femme enceinte, ou lorsque la grossesse résulte d’un acte criminel tel qu’un viol ou un inceste.
- Italie : Les femmes peuvent interrompre leur grossesse sur demande jusqu’à 90 jours (environ 12 semaines) sans avoir à justifier d’un motif particulier. La loi encadre également l'objection de conscience.
- France : L’IVG peut être pratiqué jusqu'à la 14ème semaine de grossesse, et qui encadre le “droit à la clause de conscience”. En 2024, la France a inscrit la liberté de recourir à l'IVG dans sa Constitution.
- Allemagne : L’avortement est autorisé jusqu’à 12 semaines de grossesse, à condition que la femme ait d’abord reçu un entretien de conseil obligatoire, puis qu’elle respecte un délai de réflexion de 3 jours avant de pouvoir procéder à l’intervention.
Facteurs Influant sur l'Accès à l'Avortement
Même dans des contextes favorables, de nombreuses barrières sociales, économiques et culturelles subsistent. En France par exemple, les évolutions législatives récentes ont simplifié, facilité et amélioré la prise en charge des patientes. Cependant, la disponibilité des professionnel·les et structures de santé demeure très disparate sur le territoire avec de longs délais d’attente. Les femmes immigrées ou vivant en milieu rural rencontrent des difficultés majeures dans leurs parcours de soins. De plus, la stigmatisation et la coercition persistent : 1 femme française sur 3 a ressenti des pressions lors de l’avortement.
Plusieurs facteurs peuvent influencer l'accès à l'avortement, notamment :
- Les déserts médicaux : Un manque de professionnels de santé et de structures médicales dans certaines régions peut rendre l'accès à l'avortement difficile.
- La clause de conscience : L'objection de conscience des médecins peut limiter l'accès à l'avortement, en particulier dans les pays où cette clause est largement utilisée.
- Les délais restrictifs : Les délais légaux pour avorter peuvent être trop courts pour certaines femmes, en particulier celles qui ont besoin de temps pour prendre une décision ou qui rencontrent des difficultés pour accéder aux soins.
- La stigmatisation sociale : La stigmatisation de l'avortement peut dissuader les femmes d'y recourir, même lorsque c'est légal.
- Les difficultés économiques : Le coût de l'avortement peut être un obstacle pour les femmes à faible revenu.
Montée des Mouvements Anti-IVG
Cette opposition émane principalement des mouvements anti-IVG, souvent d’inspiration religieuse, proches de la droite traditionnelle et de l’extrême droite. La Manif pour tous, la Fondation Jérôme Lejeune, le Centre européen pour le droit et la justice, le Congrès mondial des familles… Partout dans le monde, les acteurs anti-genre se professionnalisent, se transnationalisent, sont plus organisés, structurés et financés, sans compter leur influence croissante, y compris au sein des instances multilatérales.
Les États conservateurs sont ainsi outillés pour progressivement menacer, fragiliser puis limiter et finalement bafouer un droit humain pourtant reconnu comme tel par les normes internationales. Plus concrètement, ce backlash se traduit par des initiatives collectives et politiques publiques défavorables - parmi lesquelles les campagnes de désinformation massive, les clauses et objections de conscience ainsi que des contraintes administratives et matérielles à l’égard des médecins.
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Les mouvements anti-choix dans la discussion procréation et la reproduction, le mariage pour tous, puis les questions de genre. La quatrième cible est celle des droits des enfants.
Stratégies des mouvements anti-IVG
- Professionnalisation : Les mouvements anti-IVG se professionnalisent, se dotant de bureaux permanents et de conseillers juridiques.
- Transnationalisation : Les mouvements anti-IVG se transnationalisent, créant des réseaux internationaux et partageant des stratégies.
- Financement : Les mouvements anti-IVG bénéficient de financements importants, provenant notamment des États-Unis et de la Russie.
- Désinformation : Les mouvements anti-IVG mènent des campagnes de désinformation massive pour dissuader les femmes d'avorter.
- Pressions politiques : Les mouvements anti-IVG exercent des pressions politiques pour restreindre l'accès à l'avortement.
Conséquences des Restrictions à l'Avortement
Les obstacles engendrent non pas une baisse mais une hausse des avortements à risque, c’est-à-dire dans des conditions dangereuses, un environnement inadapté et avec du personnel insuffisamment compétent. Près de la moitié des IVG dans le monde sont pratiquées dans de telles circonstances. 7 millions de femmes sont ainsi hospitalisées chaque année et 39 000 en décèdent tragiquement. Les femmes précaires et marginalisées avec des ressources limitées sont parmi les plus affectées.
Lorsque les avortements sont pratiqués ou accompagnés par un·e professionnel·le de santé qualifié·e dans de bonnes conditions d’hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles. Selon l’OMS, il s’agit de la 3e cause de mortalité maternelle à travers le monde.
Initiatives et Mobilisations en Faveur du Droit à l'Avortement
Face ces reculs inquiétants, la constitutionnalisation de l’IVG est un symbole important vis-à-vis des pays qui restreignent ou criminalisent le droit à l’avortement. En mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement dans sa Constitution l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
De nombreuses mobilisations ont permis des avancées notables pour le droit à l’avortement vers sa dépénalisation et sa réglementation. Depuis la légalisation de l’avortement en Argentine en 2020, d’autres pays de la région ont connu des avancées positives similaires. Ainsi, la Colombie a légalisé l’avortement en février 2022 jusqu’à 24 semaines de grossesse.
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Oxfam a soutenu la campagne « Ma voix, mon choix » jusqu’à la victoire de cette initiative citoyenne européenne avec plus d’un million de signatures. Dans le but de garantir l’accès à l’IVG en Europe, elle vise à soutenir les femmes ne pouvant en bénéficier par la prise en charge des frais de déplacement et de santé.
Propositions pour une réponse européenne
- Inscrire le droit à l’IVG dans sa Charte des droits fondamentaux.
- Garantir seuil minimal d’accès à l’IVG dans tous les pays membres, qui pourrait être fixé à 12 semaines de grossesse.
- Encadrer la clause de conscience.
- Renforcer l’éducation sexuelle et les campagnes de sensibilisation.
- Soutenir les réseaux d’acteurs et les associations locales et transnationales engagés dans la défense des droits reproductifs.
- Faire de l’autonomie corporelle des femmes une priorité politique européenne, un enjeu de droits humains.
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