L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe et émotionnel, entouré de divers enjeux éthiques, légaux et personnels. Cet article explore les réalités de l'avortement à travers le monde, en mettant en lumière les témoignages poignants de femmes ayant vécu cette expérience, ainsi que les défis et les inégalités persistantes dans l'accès à ce droit fondamental.
L'IVG : Un Droit Menacé
Au cours des dernières décennies, de nombreux pays ont assoupli leurs lois sur l'avortement, reconnaissant ainsi le droit des femmes à disposer de leur corps. Cependant, cette tendance à la libéralisation ne se vérifie pas partout. Selon le Center for Reproductive Rights, une organisation qui milite pour la défense des libertés reproductives, 40% des femmes en âge de se reproduire vivent dans des États où l'IVG est interdite ou fortement limitée.
Certains pays, tels que les États-Unis et la Pologne, sont même récemment revenus sur des droits acquis il y a plusieurs décennies, remettant en question les progrès réalisés en matière de droits reproductifs. Cette situation met en évidence la fragilité des droits des femmes et la nécessité de rester vigilants pour les protéger.
Témoignages de Femmes Confrontées à l'Interdiction de l'IVG
L'interdiction ou la restriction de l'IVG a des conséquences désastreuses sur la vie des femmes. Contraintes de recourir à des avortements clandestins, elles mettent leur santé et leur vie en danger. Les témoignages suivants illustrent les difficultés et les souffrances endurées par ces femmes :
Xiomara, au Salvador : Enceinte sans le savoir à seulement 19 ans, Xiomara a subi une fausse couche, mais la police l'a considérée comme une suspecte. Accusée d'avoir avorté, elle a été emprisonnée pendant une décennie, traitée comme une criminelle. Le Salvador est l'un des seize pays au monde à interdire totalement l'IVG.
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Au Sénégal : L'IVG est strictement interdite, même pour les victimes de viol ou d'inceste, sauf en cas de danger de mort pour la femme et avec l'accord de trois médecins. Des Sénégalaises n'ont d'autre option qu'un avortement caché, mettant leur vie en péril. Le gynécologue Magatte Mbaye soigne régulièrement les dégâts de ces avortements secrets, réalisés "dans des situations déplorables".
Nina, à Malte : Son futur enfant souffrait de graves malformations, nécessitant une interruption médicale de grossesse. Mais Malte est le seul État membre de l'UE à interdire tout avortement. Nina a dû se faire prendre en charge à l'étranger, tandis que d'autres femmes reçoivent des pilules abortives chez elles, dans le plus grand secret.
Lisa, aux États-Unis : Apprenant que son fœtus souffrait d'une malformation cardiaque, Lisa a eu recours à une interruption médicale de grossesse en Caroline du Nord. Dans l'État où elle vit, le Texas, l'avortement est presque entièrement interdit. Elle a dû parcourir près de 2 000 km pour avorter, se sentant comme une criminelle.
Ces témoignages poignants mettent en lumière les conséquences dramatiques de l'interdiction ou de la restriction de l'IVG sur la vie des femmes. Ils soulignent l'importance de garantir l'accès à des avortements sûrs et légaux pour protéger la santé et les droits des femmes.
Les Inégalités d'Accès à l'IVG
Même dans les pays où l'IVG est légale, des inégalités d'accès persistent. Ces inégalités peuvent être liées à des facteurs géographiques, économiques, sociaux ou culturels.
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En France : Bien que l'IVG soit autorisée depuis 1975, des femmes dans le sud du pays d'Auge, à Lisieux (Calvados), peuvent encore rencontrer des difficultés. Manque d'information, de suivi ou de soutien sont autant d'obstacles à l'accès à l'IVG.
En Turquie : En théorie, l'IVG est légale jusqu'à dix semaines. Mais "depuis 2012, le gouvernement a mis en place une politique [nataliste] qui rend l'avortement presque impossible dans les hôpitaux publics, où la procédure est gratuite", déplore Fidan*, gynécologue dans une clinique privée d'Istanbul. La loi turque impose en outre aux femmes l'accord de leur mari pour avorter.
En Italie : Si l'IVG est légale depuis 1978, les femmes s'y heurtent fréquemment aux objecteurs de conscience. Des soignants qui refusent de réaliser la procédure en raison de leurs convictions personnelles ou religieuses ou pour des considérations de carrière. Dans certaines régions, "trouver un médecin ou un hôpital qui pratique des IVG" relève de la "chasse au trésor", confirme la gynécologue Marina Toschi.
En Thaïlande : L'IVG est devenue légale jusqu'à 12 semaines en février 2021, puis, sous certaines conditions, jusqu'à 20 semaines en octobre 2022. Mais "des inégalités persistent", souligne Kritaya Archavanitkul, professeure à l'université Mahidol et coordinatrice du réseau Choices Network Thailand. Le coût d'une IVG varie de 5 000 bahts à 20 000 bahts, ce qui est prohibitif pour de nombreuses femmes.
Ces exemples montrent que la légalisation de l'IVG ne suffit pas à garantir un accès équitable à ce droit. Des mesures supplémentaires sont nécessaires pour lutter contre les inégalités et garantir que toutes les femmes puissent exercer leur droit à l'IVG dans des conditions sûres et dignes.
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L'Avortement Clandestin : Un Fléau à Combattre
Lorsque l'IVG est interdite ou difficile d'accès, les femmes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins, souvent réalisés dans des conditions dangereuses et insalubres. Ces avortements clandestins sont une cause importante de mortalité et de morbidité maternelles.
Avant la légalisation de l'IVG en France, de nombreuses femmes ont été forcées d'avorter illégalement, parfois seules. Marcelle Marquise, avignonnaise, raconte avoir avorté illégalement deux fois dans la Drôme, dans les années 60. Huguette Hérin, 86 ans, raconte s'être jetée dans les escaliers du métro pour "se faire mal" et provoquer une fausse couche. À l'époque, 300 femmes mouraient chaque année des suites d'un avortement clandestin.
Des "faiseuses d'ange", souvent non formées, pratiquaient également des avortements clandestins. Christiane Taubira a eu recours à une faiseuse d'ange en 1971 à Cayenne, alors qu'elle était encore mineure. Annie Chemla raconte avoir rejoint le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (Mlac) en 1973, pour lutter contre les avortements clandestins et leurs conséquences désastreuses.
La légalisation de l'IVG a permis de réduire considérablement le nombre d'avortements clandestins et de sauver des vies de femmes. Cependant, dans les pays où l'IVG est toujours interdite ou restreinte, l'avortement clandestin reste un fléau à combattre.
Témoignages Positifs d'Expériences d'IVG
Il est important de souligner que l'IVG peut être une expérience positive pour certaines femmes. Des femmes témoignent de leur soulagement après avoir avorté, et de l'amélioration de leur qualité de vie.
Une femme témoigne : "Tout compte fait, l'IVG médicamenteuse a été beaucoup moins difficile à vivre que je ne le pensais. Je tiens vraiment à le préciser, on trouve tellement de témoignages négatives sur le web! Je vous conseille vraiment de ne pas lire ce genre de choses et de ne pas vous laisser monter la tête."
Une autre femme raconte : "Ce que je retiens de la clinique Bloemenhove, c’est leur approche très personnelle qui met totalement en confiance. Les patientes n’y sont pas traitées comme des numéros, comme c'était le cas dans l’établissement qui m’a réorientée. J’ai vécu une période difficile et l’avortement a été la meilleure solution pour m’en sortir le plus indemne possible. Rien de traumatisant donc."
Ces témoignages montrent que l'IVG peut être une décision difficile, mais qu'elle peut aussi être un choix éclairé et bénéfique pour certaines femmes. Il est important de respecter le choix de chaque femme et de lui offrir un soutien adapté, quel que soit sa décision.
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