Alain Bashung, figure emblématique de la chanson française, décédé en mars, a marqué son époque par son originalité et son refus des conventions. Sa vie, racontée ici, révèle un parcours atypique, depuis une enfance difficile jusqu'à la consécration artistique.
Une Rencontre Rétrospective
C'est en février 1995 que j'ai rencontré Alain Bashung, à quelques jours d’un concert au Zénith de Paris. L'homme s'est montré affable et timide, loin des artifices habituels. Il s'est prêté à une rétrospective de sa vie, évoquant son enfance, son parcours difficile dans le show-biz, et son succès soudain. Malgré sa pudeur, il s'est livré avec élégance, contredisant son image de musicien distant.
Bashung privilégiait son œuvre à sa légende, une attitude rare qui le distinguait. La biographie que lui consacre Marc Besse confirme l'image d'un artiste lucide et modeste. Fruit d'un long travail de recherche et de nombreux entretiens, cet ouvrage cerne le personnage sans le réduire à des clichés.
Un Destin Cohérent
« Bashung(s), une vie » résume fidèlement le parcours de l'artiste. Il a su se construire un destin cohérent, marqué par le refus de la routine et la joie de relever des défis, tout en restant fidèle à lui-même. En 2001, évoquant les textes de Ronsard, il soulignait l'importance de l'honneur et de la parole donnée, des valeurs qu'il incarnait lui-même dans son amour de la musique.
L'Enfance et les Premières Influences
Alain Baschung est né le 1er décembre 1947 à Paris XIV, d'une mère ouvrière, Geneviève Hascoët, et d'un père kabyle qu'il n'a jamais connu. Son enfance est marquée par l'absence paternelle et une santé fragile. Il passe les dix premières années de sa vie en Alsace, chez ses grands-parents paternels, un vieux couple marqué par l'amertume. Il dira plus tard que dans ce monde rural, seul le travail comptait. Cette expérience lui a inculqué le goût du travail, mais aussi la peur du changement.
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C'est en Alsace qu'il découvre la musique, grâce à la chorale de l'église et à l'apprentissage autodidacte de la guitare et de l'harmonica. Les radios allemandes lui font découvrir le rock'n'roll d'Elvis Presley, Gene Vincent et Little Richard. De retour à Paris, il se passionne pour la musique et délaisse les études. Il découvre aussi Kurt Weill, Richard Strauss, Art Tatum, Thelonious Monk, Henri Salvador et Caterina Valente.
Les Débuts Musicaux
Pour faire plus "anglish", il retire le "c" de son nom de famille. Avec des amis, il monte un groupe, The Dunces. En 1966, ses premiers 45 tours sortent, sans grand succès. Il travaille alors comme arrangeur pour d'autres artistes, apprenant ainsi son métier. En 1973, Claude-Michel Schöenberg lui offre le rôle de Robespierre dans son spectacle musical "La Révolution Française".
Alain Bashung rencontre ensuite Dick Rivers, pour qui il compose et réalise des albums. Cette collaboration dure trois ans et lui ouvre de nouveaux horizons. Il rencontre aussi Boris Bergman, qui deviendra son parolier fétiche. Ensemble, ils travaillent sur l'album "Romans Photos".
La Consécration
La carrière d'Alain Bashung décolle en 1980 avec "Gaby oh Gaby". Un certain cynisme, servi par des jeux de mots savoureux et un humour sophistiqué, permettent au public d'adopter le chanteur. En 1981, "Pizza" et "Vertiges de l'amour" se vendent très bien. Les spectacles et les récompenses s'enchaînent.
En 1985, il revient en tête des charts avec "SOS amor" et "Touche pas à mon pote". En 1987, "Passé le Rio Grande" déçoit la critique, mais remporte une Victoire de la Musique. "Novice", deux ans plus tard, donne une tournure plus sombre à l'univers du chanteur.
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Les Années 1990 et la Reconnaissance
En 1991, il retrouve la consécration avec l'album "Osez Joséphine", porté par les titres "Madame rêve" et "Volutes". Cet album est récompensé par deux Victoires de la musique. En 1994, "Chatterton" inclut le titre "Ma petite entreprise", bande originale du film de Pierre Jolivet.
Parallèlement à sa carrière musicale, Alain Bashung fait des apparitions au cinéma. En 1998, l'album "Fantaisie militaire" touche le public et la profession, qui le récompense lors des Victoires de la Musique en 1999 pour son album et pour le clip "La nuit je mens". Il est aussi sacré artiste de l'année.
Les Dernières Années
En 2002, sort "L'imprudence", un album auquel collaborent Jean Fauque et Marc Ribot. Près de dix ans après son dernier concert, Alain Bashung renoue avec la scène en 2003. Une tournée sophistiquée est immortalisée dans un double CD "La tournée des grands espaces".
"Bleu Pétrole" est le dernier album studio de l’artiste. Sorti en mars 2008, il bénéficie de la plume de Gérard Manset et de jeunes collaborateurs comme Gaëtan Roussel et Arman Méliès. L'album obtient la Victoire de la Musique du meilleur album de chansons.
Les Collaborations et les Inspirations
Bashung a collaboré avec de nombreux artistes, dont Serge Gainsbourg, avec qui il a créé l'album "Play Blessures". Il s'inspirait de Bob Dylan, Boby Lapointe, Kurt Weill et Phil Spector. Il a su trouver son style et sa voix après des années d'expériences et de rencontres.
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La Maladie et la Disparition
Le cancer des poumons qui le ronge depuis un an aura finalement raison de lui le 14 mars. Ce jour là, le chanteur pousse son dernier souffle à Paris à l’âge de 61 ans après avoir reçu, deux semaines plus tôt, trois trophées lors des 24èmes Victoires de la Musique.
Alain Bashung laisse derrière lui une œuvre riche et originale, qui a marqué l'histoire de la musique française. Son talent, son exigence et sa sensibilité en font un artiste inoubliable.
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