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Avortement : Impact sur la Fertilité et les Grossesses Futures

La question de l'impact de l'avortement sur la fertilité future et les grossesses est un sujet de débat constant, souvent entouré d'idées reçues et de désinformation. Cet article vise à démêler le vrai du faux, en s'appuyant sur des données scientifiques et des études médicales, afin d'offrir une perspective éclairée et nuancée.

Idées reçues sur l'avortement et la fertilité

L'une des idées fausses les plus répandues est que l'avortement entraîne inévitablement la stérilité. Cette affirmation est souvent utilisée pour dissuader les femmes d'opter pour une interruption volontaire de grossesse (IVG). Cependant, il est crucial de distinguer les faits des opinions, et de s'appuyer sur des preuves scientifiques solides.

Selon les militants anti-avortement, l’IVG serait néfaste pour la santé reproductive des femmes et, dans de nombreux cas, les empêcherait de mener à terme une grossesse désirée. Il est ainsi avancé que « L’IVG par aspiration peut endommager les organes de reproduction et provoquer des problèmes à long terme qui mettent en jeu de futures grossesses. Les femmes qui se font avorter sont plus susceptibles d’avoir des grossesses extra-utérines, des problèmes de stérilité, de faire des fausses couches ou des accouchements prématurés, que les femmes qui n’ont pas subi d’avortement ».

Cependant, ces assertions sont contredites par un document émanant du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, paru en 2016, qui relève que l’IVG instrumentale n’est pas associée à une augmentation du risque d’infertilité ultérieure. Les maux associés par les militants anti-IVG à l’avortement sont, eux aussi, écartés par la science.

L'avortement et la fertilité : que disent les études ?

Plusieurs études scientifiques ont examiné le lien entre l'avortement et la fertilité. L'American College of Obstetricians and Gynecologists a mené une étude importante qui a révélé que l'avortement, qu'il soit pratiqué par aspiration ou par médicament, n'augmente pas le risque de stérilité chez les femmes. L'Haute Autorité de Santé, et d’autres études confirment ces conclusions en mettant en lumière le fait que l’avortement n’affecte pas la fertilité.

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Ces conclusions sont basées sur le fait que les avortements médicaux et chirurgicaux, lorsqu'ils sont pratiqués dans un cadre légal et réglementé, sont des procédures médicales sécurisées qui ne touchent pas les organes reproducteurs essentiels. Les avortements médicamenteux, utilisés dans les premières semaines de la grossesse, bloquent la production de progestérone, tandis que les avortements chirurgicaux, tels que l'avortement par aspiration, sont réalisés par des professionnels de la santé qualifiés et visent à retirer l'embryon ou le fœtus de l'utérus.

Les différents types d'IVG et leurs risques

Il existe deux principales méthodes d'IVG : l'IVG médicamenteuse et l'IVG chirurgicale.

  • IVG médicamenteuse : Cette méthode consiste à prendre des médicaments pour interrompre la grossesse. Elle est généralement pratiquée jusqu'à la fin de la septième semaine de grossesse.
  • IVG chirurgicale : Cette méthode consiste à retirer l'embryon ou le fœtus de l'utérus à l'aide d'instruments médicaux. Elle peut être pratiquée jusqu'à la fin de la quatorzième semaine de grossesse. En cas d’IVG, mais aussi de fausses couches, la méthode par aspiration douce est préférée. Contrairement au curetage cette technique est moins agressive et ne cause pas de dommages à l’utérus.

Les deux méthodes sont considérées comme sûres lorsqu'elles sont pratiquées par des professionnels de la santé qualifiés. Cependant, comme toute intervention médicale, elles comportent certains risques, tels que :

  • Infections
  • Hémorragies
  • Lésions de l'utérus

Il est important de noter que ces complications sont rares, et que les cliniques et les médecins qui pratiquent des avortements sont soumis à des réglementations strictes pour assurer la sécurité des patients.

Impact de l'avortement sur les grossesses futures

Bien que l'avortement n'entraîne généralement pas de stérilité, il peut avoir un impact sur les grossesses futures dans certains cas. Un travail de recherche de 2012, publié dans Le quotidien du médecin, explique que le risque d’hypotrophie et de prématurité est majoré pour les femmes ayant fait trois avortements ou plus, surtout dans le cas d’IVG chirurgicales. Avec un seul ou deux avortement, il y a déjà une augmentation du risque, mais encore faible. Le risque devient significatif à partir de trois avortements. Par exemple, « pour 1 000 femmes n’ayant pas avorté, trois d’entre elles donneront naissance à un bébé avant 28 semaines, commente le Dr Reija Klemetti. L’explication serait que les femmes ayant avorté par aspiration ont un plus grand risque de contracter des infections, et peuvent avoir l’endomètre (la paroi de l’utérus) ou le col de l’utérus endommagés par l’IVG chirurgicale.

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Il est donc essentiel que les femmes soient informées de ces risques potentiels avant de prendre une décision concernant l'avortement.

Les raisons des IVG répétées

En France, un tiers des femmes avortent au moins une fois au cours de leur vie, pour une moyenne de 1,5 avortement par femme ayant avorté. En 2018, en Grande-Bretagne, 84 258 avortements répétés ont été pratiqués. 4389 femmes en étaient à leur 4e avortement, 1298 à leur 5e, 718 femmes à leur 6e, 143 femmes femmes à leur 8e ou plus.

Un travail de recherche pour sa thèse de médecine générale en 2023, Armelle Poupard, a interrogé dix femmes ayant recours d’une manière répétée à l’avortement (entre 2 et 7 IVG au moment de l’entretien). Les raisons invoquées pour faire le choix de l’avortement ne diffèrent selon que les femmes ont déjà fait des IVG ou non.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi une femme se retrouve plusieurs fois dans une situation où elle se sent obligée de choisir l’avortement :

  1. Problèmes liés à la contraception : Plusieurs femmes ont été confrontées à des effets indésirables avec différentes méthodes de contraception hormonales ou avec le DIU au cuivre (stérilet), et ont décidé d’arrêter ces méthodes. Certaines se sont tournées vers le préservatif masculin, qui est peu fiable, ou vers la méthode du calendrier, qui est l’ancêtre des méthodes naturelles de régulation des naissances actuelles, mais qui est très peu fiable. La charge de la contraception repose presque entièrement sur les femmes, qui peuvent trouver cela très lourd. Souvent, les hommes tiennent pour acquis que la contraception est l’affaire des femmes, et souvent aussi, les conséquences d’un échec de contraception sont l’affaire des femmes. Les moyens de contraception proposés aux femmes sont soit néfastes pour la santé, soit peu efficaces.
  2. Maladies chroniques : Plusieurs des femmes suivies pour ce travail de recherche étaient atteintes de maladies chroniques, physiques ou psychiques (deux femmes souffrant de dépression).
  3. Violences conjugales : Sur les dix femmes interrogées pour ce travail de recherche, cinq ont subi des violences conjugales.

L'aspect psychologique de l'avortement

Il est important de reconnaître que l'avortement peut avoir des conséquences psychologiques variables d'une femme à l'autre. L’idée d’un syndrome post avortement n’existe pas. Les conséquences psychologiques, ou les traumatismes après un avortement varient d’une femme à l’autre et peuvent être liés à l’accompagnement de la femme. Il n’est en effet pas envisagé de nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. L’accompagnement par un professionnel est alors important.

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Le Dr Pascale Pissochet explique qu’il existe une forme d’addiction à l’avortement. Le fait même d’avoir souffert à cause d’une IVG peut inciter certaines femmes à reproduire cet acte, pour essayer de changer ce qu’elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n’est pas un acte grave. Tout avortement comporte des dangers physiques et psychiques pour la femme qui le subit, des dangers pour ses futures grossesses, et des conséquences psychologiques pour le père de l’enfant avorté et pour ses éventuels frères et sœurs.

Il est donc crucial de proposer un accompagnement psychologique aux femmes qui envisagent un avortement, ainsi qu'à celles qui l'ont déjà pratiqué.

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