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L'Avortement en Italie : Histoire, Lois et Opinions

Plus de quarante ans après sa légalisation, l'avortement en Italie reste un sujet de débat passionné, marqué par des obstacles à la fois politiques et pratiques. La loi 194, adoptée le 22 mai 1978, a légalisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG), mais son application est entravée par des objections de conscience et des pressions politiques.

Légalisation et Obstacles à l'IVG

La loi 194 autorise l'avortement en Italie dans les 90 premiers jours de la grossesse, et même au-delà si la vie de la femme est en danger. Cependant, l'exercice de ce droit est complexe. Un pourcentage élevé de médecins gynécologues, souvent plus de 70 %, refusent de pratiquer l'IVG pour des raisons religieuses ou éthiques, en invoquant l'objection de conscience prévue par l'article 9 de la loi. Dans certaines régions, ce taux dépasse 80 %, voire 90 %, comme dans le Molise, où un seul médecin pratique l'avortement dans l'hôpital de Campobasso.

Cette situation conduit à des drames, comme le décès de Valentina Milluzzo en 2016, une femme enceinte de jumeaux à qui les médecins ont refusé l'IVG. Elle est décédée des suites de complications. L'accès limité à l'IVG pousse certaines femmes à parcourir de longues distances pour trouver un médecin disposé à pratiquer l'intervention.

L'Objection de Conscience : Un Droit Qui Entrave l'Accès à l'IVG

L'objection de conscience, bien que légale, est de plus en plus invoquée par le personnel médical, créant des difficultés considérables pour les femmes souhaitant avorter. Selon un rapport du ministère de la Santé, environ 70 % des gynécologues italiens sont objecteurs de conscience. Les disparités régionales sont importantes, avec des taux d'objection plus élevés dans le sud de l'Italie.

Face à cette situation, des médecins "non-objecteurs" s'organisent pour offrir des services d'IVG à travers le pays. Silvana Agatone, gynécologue, a fondé un réseau de médecins "non-objecteurs" en 2008 et se rend bénévolement dans des régions où l'accès à l'IVG est limité. Elle témoigne des difficultés rencontrées et du manque de soutien du personnel médical, parfois hostile à l'IVG.

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Pressions et Manifestations Anti-Avortement

Les pressions contre l'avortement se manifestent également par des groupes "pro-vie" qui se rassemblent devant les hôpitaux et les cliniques pratiquant l'IVG. Ils organisent des prières et des manifestations pour sensibiliser à la "culture de la vie" et décourager les femmes d'avorter. Le docteur Albert Virgolino, président de l'association des médecins catholiques, encourage les gynécologues à faire valoir leur objection de conscience, considérant l'avortement comme un "crime contre la civilisation".

En octobre 2020, la découverte d'un cimetière de fœtus avortés à Rome a suscité un scandale. Des croix portant les noms de femmes ayant avorté ont été retrouvées, violant leur vie privée et causant une profonde douleur. Une association féministe a porté plainte, mais l'enquête a été classée sans suite.

L'Influence de Giorgia Meloni et du Gouvernement Conservateur

L'arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, cheffe du parti Fratelli d'Italia, en 2022 a renforcé les inquiétudes concernant le droit à l'avortement en Italie. Bien qu'elle ait déclaré ne pas vouloir remettre en question la loi 194, elle a adopté une position "pro-vie" et a pris des mesures qui limitent l'accès à l'IVG.

La coalition au pouvoir a adopté une loi autorisant les groupes "pro-vie" à se présenter dans les cliniques qui proposent des consultations pour l'avortement, afin d'influencer les femmes sur leur choix. Giorgia Meloni a également insisté pour que les références à l'importance d'un "avortement sûr et légal" soient supprimées de la déclaration finale du sommet du G7.

Elle est fermement opposée à ce qui va à l’encontre de la « famille traditionnelle ». Elle s’oppose donc en particulier aux couples de femmes et surtout à leur accès à avoir un enfant. Même si l’union civile est autorisée pour les personnes de même sexe depuis 2016, la gestation pour autrui (GPA) est interdite depuis 2004 pour les femmes célibataires et en couple avec une autre femme. En octobre, le Parlement a voté une loi qui criminalise la gestation pour autrui à l’étranger. La procréation médicalement assistée (PMA) est quant à elle légale en Italie, mais seulement pour les couples hétérosexuels.

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En avril, elle a promulgué un amendement autorisant les militants anti-avortement à entrer dans les cliniques où les femmes se rendent avant de pratiquer une IVG (l’équivalent du planning familial français) pour les influencer sur leur choix.

Ces mesures ont suscité des manifestations et des protestations de la part des mouvements féministes, qui craignent une érosion du droit à l'avortement en Italie.

Le Débat sur la Natalité et les Politiques Familiales

Le gouvernement italien, confronté à un faible taux de natalité, cherche à encourager les femmes à ne pas avorter. Le sénateur Maurizio Gasparri a proposé un "revenu de maternité" de 1 000 € par mois pendant cinq ans aux Italiennes qui décident de garder l'enfant et dont le revenu annuel est inférieur à 15 000 €.

Cependant, les critiques soulignent que le problème de la natalité en Italie est lié à des facteurs économiques, tels que le coût élevé des crèches et le manque de soutien aux familles. Les politiques anti-avortement ne résolvent pas ces problèmes et peuvent même les aggraver.

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