L'avortement est un sujet complexe et sensible, marqué par des divergences éthiques, morales et religieuses. Si de nombreux pays ont légalisé ou dépénalisé l'interruption volontaire de grossesse (IVG), Malte se distingue comme l'un des rares États européens où l'avortement restait totalement interdit jusqu'à très récemment. Cette situation a des conséquences importantes pour les femmes maltaises, les contraignant à recourir à des avortements clandestins ou à se rendre à l'étranger pour interrompre leur grossesse. Cet article explore les conséquences de l'avortement clandestin à Malte, les récents développements législatifs et les perspectives d'avenir pour les droits reproductifs des femmes dans ce pays.
Législation Européenne et Droit à l'Avortement : Un Aperçu
Sur 25 des 27 États de l'Union européenne, l'IVG est légalisée ou dépénalisée sans nécessité de justification de la part de la femme. Le délai maximal pour avorter varie de 10 semaines d'aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas. En France, l'IVG a été autorisée par la loi Veil de 1975, et le délit d'entrave à l'IVG a été définitivement adopté par le Parlement en 2017. Le 23 février 2022, le Parlement français a approuvé l'extension du délai légal d'IVG à quatorze semaines de grossesse.
D'autres pays européens ont également évolué sur cette question. Au Luxembourg, la dépénalisation de l'avortement date de 2014, autorisant l'IVG dans un délai de 12 semaines. Chypre autorise l'IVG jusqu'à 12 semaines de grossesse depuis 2018. En Irlande, la légalisation de l'avortement est entrée en vigueur en 2019, autorisant l'IVG sans conditions jusqu'à 12 semaines et jusqu'à 24 semaines dans certains cas spécifiques. La Finlande a légalisé l'avortement sur demande au cours des 12 premières semaines de grossesse depuis septembre 2023.
L'Allemagne est un cas particulier : l'avortement est interdit en théorie, mais aucune sanction n'est prévue en cas d'avortement avant 12 semaines de grossesse. En Pologne, l'avortement n'est autorisé qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère depuis 2021.
Malte : Un Isolement Européen
Jusqu'à très récemment, Malte était le dernier État membre de l'Union européenne où l'avortement restait interdit et illégal en toutes circonstances. Les contrevenants, femmes ayant avorté ou médecins ayant pratiqué une IVG, risquaient jusqu'à 3 ans de prison ferme. Cette interdiction totale plaçait les femmes maltaises dans une situation de vulnérabilité et les contraignait à rechercher des solutions alternatives, souvent risquées.
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Les Conséquences de l'Interdiction Totale
L'interdiction de l'avortement à Malte avait plusieurs conséquences néfastes :
- Avortements clandestins : Les femmes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas poursuivre leur grossesse étaient contraintes de recourir à des avortements clandestins, pratiqués dans des conditions dangereuses et sans suivi médical approprié.
- Tourisme abortif : De nombreuses Maltaises se rendaient à l'étranger, notamment au Royaume-Uni et en Italie, pour avorter légalement. Cette solution était coûteuse et nécessitait de surmonter des obstacles logistiques et émotionnels.
- Stigmatisation et culpabilisation : L'interdiction de l'avortement renforçait la stigmatisation et la culpabilisation des femmes ayant recours à l'IVG, les isolant et les empêchant de bénéficier d'un soutien psychologique et médical adéquat.
Un Témoignage Anonyme
Le site maltais Lovin Malta a publié le témoignage anonyme d'une jeune Maltaise qui a dû avorter en secret à l'étranger en 2015. Elle y raconte la culpabilité, la grande angoisse et la solitude qui ont entouré son avortement. Elle insiste sur l'importance et l'urgence de respecter les droits des femmes, dont la liberté à disposer de son corps, et le droit à l'avortement.
Elle explique qu'elle se sentait stupide, qu'elle avait supposé qu'il lui faudrait un mois ou deux après l'arrêt de la pilule pour redevenir fertile, mais que ça n'avait pas été le cas. Elle décrit les moments de joie, de crises d'angoisse extrême, et de déni complet qu'elle a traversés. Elle n'était pas prête à le dire à qui que ce soit, car elle avait des amis plutôt logiques et progressistes, mais les voix dans sa tête lui donnaient suffisamment leurs avis. Elle souligne que l'avortement est illégal à Malte, très illégal, et que ce n'est pas quelque chose dont l'on parle, ni socialement, ni politiquement.
L'Évolution Récente de la Législation Maltaise
Le 28 juin 2023, le Parlement de Malte a adopté à l'unanimité un texte de loi autorisant pour la première fois l'avortement dans l'État insulaire. Désormais, les femmes pourront avorter uniquement si leur vie est en danger et que le fœtus n'est pas viable. Bien que cette évolution soit limitée, elle représente une avancée significative par rapport à l'interdiction totale qui prévalait auparavant.
Les Défis Persistants et les Perspectives d'Avenir
Malgré cette avancée législative, des défis importants persistent à Malte en matière de droits reproductifs des femmes. L'avortement reste illégal dans la plupart des cas, et les femmes qui souhaitent interrompre leur grossesse pour d'autres raisons que la mise en danger de leur vie doivent toujours se rendre à l'étranger.
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La Clause de Conscience
Comme dans de nombreux pays européens, les médecins maltais peuvent faire appel à la "clause de conscience", qui les autorise à ne pas pratiquer d'acte pouvant heurter leurs convictions éthiques, morales et religieuses. Cette disposition peut limiter l'accès à l'avortement même dans les cas où il est légalement autorisé.
La Nécessité d'une Évolution Culturelle
Au-delà des changements législatifs, une évolution culturelle est nécessaire à Malte pour déstigmatiser l'avortement et garantir aux femmes un accès équitable aux informations et aux services de santé reproductive. Il est essentiel de promouvoir une éducation sexuelle complète et de lutter contre lesTabous et les préjugés qui entourent l'IVG.
L'Importance de la Solidarité Européenne
La situation à Malte rappelle l'importance de la solidarité européenne en matière de droits des femmes. Les institutions européennes et les États membres doivent continuer à soutenir les organisations et les militants qui œuvrent pour la dépénalisation et la légalisation de l'avortement à Malte et dans les autres pays où il reste interdit ou restreint.
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