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L'Évolution des Chiffres de l'Avortement en France: Tendances et Perspectives

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de société majeur en France, suscitant des débats constants et des évolutions législatives. L'analyse des chiffres statistiques de l'avortement permet de mieux comprendre les tendances, les disparités territoriales et les enjeux liés à l'accès à l'IVG. Une étude récente de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) met en lumière une augmentation du nombre d'IVG en France.

Augmentation du Nombre d'IVG en France

Le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) continue d’augmenter. En 2024, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) s’élève à 251 270, soit 7 000 de plus qu’en 2023. La Drees relève que « la hausse du nombre d’IVG observée en 2022 et 2023 se poursuit, après le creux observé en 2020 et en 2021 notamment dû à la baisse des conceptions relevées lors de la pandémie de Covid-19 ». Le taux de recours à l’IVG atteint 17,3 ‰ en 2024 contre 16,8 ‰ en 2023.

Cette augmentation est observée dans toutes les classes d'âge. Le taux de recours reste le plus élevé parmi les 25-29 ans : 29,8 ‰ contre 29,4 en 2023. Parmi les moins de 20 ans, le taux de recours demeure plus faible qu’il n’était il y a dix ans (5,5 ‰ contre 8,7 ‰).

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette hausse, notamment la dégradation du contexte socio-économique et l’allongement du délai légal de recours à l’IVG. Après deux années de crise sanitaire ayant entraîné une baisse des conceptions (notamment pendant le premier confinement), la dégradation du contexte socioéconomique était toujours marquée en 2022. Cette situation explique certainement en partie l’augmentation des IVG dans les tranches d’âges où la fécondité est la plus élevée : l’avortement a pu être davantage mobilisé dans une période possiblement jugée peu propice à la décision d’accueillir un enfant. L’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 explique également, bien que dans une bien moindre mesure, cette augmentation.

Disparités Territoriales

Les disparités territoriales demeurent avec notamment un taux de recours dans les DROM deux fois plus élevé qu’en métropole. En 2024, les taux de recours à l’IVG augmentent dans toutes les régions métropolitaines et se stabilisent dans les DROM, où leur niveau moyen est deux fois plus élevé qu’en métropole. Les disparités territoriales sont marquées puisque les taux de recours varient du simple au quadruple entre Les Pays de la Loire et la Guyane. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 ‰ dans les Pays de la Loire à 23,1 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les DROM, les taux fluctuent entre 19,0 ‰ à Mayotte et 46,5 ‰ en Guyane. La présidente du Planning familial insiste sur le fait que des femmes sont obligées de se déplacer dans un autre département que le leur pour pouvoir avorter.

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Évolution des Méthodes d'IVG

Depuis 2005 et l’autorisation de sa pratique hors établissement de santé, l’IVG est de plus en plus souvent réalisée de façon médicamenteuse, seule méthode permise hors établissement (excepté dans certains centres de santé où la méthode instrumentale peut être utilisée, ce qui concerne moins de 200 IVG). Par ailleurs 64 % des IVG en établissement sont désormais pratiquées par voie médicamenteuse. Ainsi en 2024 45 % des IVG sont réalisées hors des établissements de santé, et la méthode médicamenteuse concerne 80 % de l’ensemble des IVG. En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville par méthode médicamenteuse, 40 % à l’hôpital par méthode médicamenteuse et 22 % par méthode chirurgicale.

La diversification des lieux et des professionnels permet une plus grande souplesse dans la prise en charge. Elle n’est cependant pas égale sur le territoire, ni selon l’âge des personnes ayant besoin de recourir à une IVG, notamment pour les plus jeunes. L’accès à l’information et à des structures de soins de proximité est essentiel pour assurer une prise en charge correspondant au choix de la méthode, au moment souhaité.

Rôle des Sages-Femmes

Un fort développement de la pratique des sages-femmes libérales. En 2024, elles ont effectué la moitié des IVG en ville. En 2024, 1 442 sages-femmes, 900 gynécologues ou gynéco-obstétriciens et 920 médecins généralistes ont réalisé des IVG en cabinet libéral. Les sages-femmes ont réalisées plus de 50 000 IVG, soit la moitié des IVG réalisées en cabinet libéral. En 2022 toujours, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, proportion également en hausse, dans le prolongement de la tendance observée depuis qu’elles disposent du droit de pratiquer des IVG en ville, mis en place en 2016 - ce qui contribue à l’augmentation globale de la part d’IVG médicamenteuses.

Allongement du Délai Légal

L’allongement de deux semaines (de 12 à 14) du délai légal de recours, prévu dans la loi de mars 2022, n’a concerné que 1 % à 2 % du total des IVG. En établissement de santé, trois IVG sur quatre sont réalisées avant 10 semaines d’aménorrhée (SA). Après l’allongement de deux semaines de la durée légale pour les IVG réalisées en établissement de santé (de 14 à 16 SA), les IVG dites tardives, réalisées à partir de 12 SA, représentent 9,8 % de l’ensemble des IVG hospitalières.

Prévention et Éducation Sexuelle

La prévention insuffisante et le manque d’éducation sexuelle sont pointés du doigt par le Planning familial pour expliquer le nombre de grossesses non désirées. « Le problème ce n’est pas qu’il y ait plus d’avortements, mais plutôt qu’il y ait plus de grossesses non désirées », prévient Sarah Durocher, présidente du Planning familial. Pour elle, l’hypothèse la plus probable pour expliquer cette hausse se situe au niveau de la prévention. « Il n’y a pas de campagne de prévention. Ça fait 10 ans qu’il n’y a pas eu de campagne sur la contraception. Et en même temps on n’a pas d’éducation à la vie affective et sexuelle. »

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Inquiétudes et Appels à l'Action

Le Planning familial tire la sonnette d’alarme. « Il faut de vraies politiques publiques : de grandes campagnes nationales, des financements pour les associations et pour le service public afin qu’il puisse réhabiliter des centres IVG par les départements », alerte Sarah Durocher. « On est très inquiètes en termes de politique publique globale sur la question des droits sexuels et reproductifs », ajoute-t-elle. Dans les zones touchées par des déserts médicaux « les femmes ont d’autant plus de difficultés pour trouver un médecin pour avoir juste un renouvellement d’un contraceptif ». Et « ça ne va pas aller en s’arrangeant, craint la présidente du Planning familal. Depuis un an, on alerte sur des baisses de financement de la part des collectivités territoriales.

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tags: #avortement #chiffres #statistiques #France

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