Cet article explore les similitudes et les différences entre l'allaitement chez les chimpanzés, les humains et d'autres primates, en mettant en évidence les aspects biologiques, comportementaux et sociaux de cette pratique essentielle.
L'allaitement chez les mammifères : un aperçu général
L'allaitement est une caractéristique fondamentale des mammifères, définissant leur classe aux côtés de la présence de poils. Les poils, un revêtement corporel spécifique des mammifères, offrent une isolation thermique, une protection contre l'abrasion, l'humidité, les rayons du soleil, les parasites et les microbes pathogènes. Cependant, certaines lignées de mammifères ont développé une fourrure clairsemée ou des poils fins, tandis que d'autres, comme les humains, ont une peau presque glabre.
L'évolution de la peau humaine et son impact sur l'allaitement
L'être humain se distingue des autres primates par sa peau presque glabre, une particularité qui a suscité de nombreuses interrogations. Contrairement aux orangs-outans dotés d'une toison cuivrée et aux gorilles, chimpanzés et bonobos parés d'une fourrure brune ou noire, l'homme n'a que des cheveux et quelques régions pileuses bien localisées.
La perte de fourrure chez les ancêtres de l'homme est liée à l'acquisition d'un système de régulation thermique efficace. La transpiration, via les glandes eccrines, permet de rafraîchir l'organisme en évacuant l'énergie thermique. La peau nue améliore l'efficacité de la sueur, permettant à l'homme d'éliminer efficacement la chaleur en excès.
Cette évolution a eu des répercussions sociales importantes. La perte de la capacité de communiquer au moyen de la fourrure a peut-être favorisé l'émergence de traits humains universels tels que le maquillage et les expressions faciales complexes. La peinture corporelle, les cosmétiques, les tatouages et d'autres types de décoration de la peau véhiculent l'appartenance à un groupe, le statut et d'autres informations sociales importantes, autrefois codés par la fourrure.
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Durée de l'allaitement chez les primates : une diversité d'approches
La durée de l'allaitement varie considérablement chez les primates, reflétant des stratégies de reproduction et des adaptations écologiques différentes. Une nouvelle recherche étonnante a révélé que les orangs-outans peuvent allaiter jusqu'à huit ans, voire plus dans certains cas.
Les orangs-outans de Sumatra, Pongo abelii, et les orangs-outans de Bornéo, Pongo pygmaeus, se balancent d'arbre en arbre sur les îles de Sumatra et de Bornéo. L'examen de la croissance et des taux de baryum présent dans les molaires des spécimens a indiqué une diminution du baryum après l'âge d'un an, mais la présence persistante de l'oligoélément près d'une décennie plus tard. Un orang-outang de Bornéo a été sevré à l'âge de 8,1 ans, tandis qu'un orang-outang de Sumatra tétait encore au moment de sa mort, à l'âge incroyable de 8,8 ans.
Des études indépendantes ont révélé qu'il y a environ 1,6 million d'années, un premier membre du genre humain, nommé Homo ergaster, avait acquis des proportions corporelles modernes favorisant des marches et des courses prolongées.
Les besoins énergétiques des femelles primates : un changement de paradigme
Une des premières études à remettre en cause l’idée de plus grands besoins énergétiques des mâles par rapport aux femelles - et à se poser contre les hypothèses de DeVore et Washburn - est une étude menée par Anthony Cœlho sur une colonie de cercopithèques (Cercopithecus albogularis kolbi) élevés en captivité. Cœlho a montré que les femelles cercopithèques, dont le poids corporel fait environ un tiers de moins du poids des mâles (dimorphisme sexuel assez important donc, et équivalent à celui des babouins), avaient besoin de plus de nourriture et de plus d’énergie que les mâles. Par exemple, une femelle Cercopithecus albogularis peut consommer 30 % d’énergie en plus qu’un mâle, bien que le mâle soit environ 40 % plus lourd.
Les femelles mammifères convertissent, comme tout organisme, les nutriments qu’elles trouvent dans l’environnement pour les besoins de leur propre corps, mais, si elles ne sont pas stériles ou hostiles à la copulation, la réalité est qu’elles devront rapidement satisfaire d’autres besoins énergétiques que celui de leur propre métabolisme. Elles devront allouer et convertir une grande part de ces nutriments pour, dans un premier temps, assurer la croissance des fœtus qu’elles portent in utero et, dans un deuxième temps, favoriser la croissance postnatale des petits durant une longue période d’allaitement.
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Le fait d’allaiter est de loin reconnu comme le processus le plus coûteux en termes énergétiques. Chez des petits mammifères comme les campagnols roussâtres (Clethrionomys glareolus), les besoins énergétiques des femelles augmentent d’un tiers pendant la grossesse et de pratiquement 100 % pendant la période d’allaitement.
Durée naturelle de l'allaitement chez les humains : perspectives biologiques et culturelles
Plusieurs facteurs biologiques et culturels influencent la durée naturelle de l'allaitement chez les humains. Des études ont montré que le sevrage a lieu en même temps que les molaires permanentes apparaissent, ce qui suggère un âge de sevrage de 5,5 à 6 ans.
La taille de l'adulte a un effet sur cette relation de gestation/allaitement : plus l'adulte est grand, plus longue est la période d'allaitement relatif à la gestation. Pour le chimpanzé et le gorille, les deux primates les plus proche en taille et génétiquement de l'être humain, le rapport est de six à un. Cela veut dire qu'ils allaitent leurs bébés six fois le temps de gestation. Pour l'humain, cela veut dire 4,5 années d'allaitement (six fois neuf mois).
Les mammifères les plus grands allaitent leurs bébés jusqu'à ce qu'ils aient quadruplé leur poids de naissance. Chez l'humain, cela se situe entre 2,5 et 3,5 ans. Une étude de primates a montré que les jeunes étaient sevrés quand ils avaient à peu près un tiers de leur poids d'adulte. Chez l'humain, cela arrive entre 5,0 et 7,0 ans.
Des études ont montré que certains aspects du système immunitaire n'arrivent pas à maturité avant environ 6 années de vie. Il est bien connu que le lait humain aide le développement du système immunitaire et l'augmente avec les anticorps maternels. Compte tenu de ces facteurs, notamment, l'âge minimum où on peut prédire le sevrage naturel chez l'humain est 2,5 ans, et le maximum est de 7,0 ans.
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Dans la plupart des cultures traditionnelles où l'allaitement reste la norme, l'enfant est habituellement allaité jusqu'à 2 à 4 ans. Une étude comparative avec les grands singes qui sont les plus proches de nous permet de constater que les grands primates ont une durée de croissance et de dépendance à la mère nettement plus longue que les autres mammifères. Les calculs effectués d'après la durée d'allaitement constatée chez ces grands singes amènent à estimer une durée normale d'allaitement allant de 2-3 ans à 4-7 ans. Il est intéressant de constater que c'est vers 5-6 ans que survient l'éruption de la première molaire, et que le système immunitaire de l'enfant atteint sa pleine efficacité.
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