Introduction
La succion du pouce et la possession d'un doudou sont des comportements généralement associés à l'enfance. Cependant, il arrive que ces habitudes perdurent à l'âge adulte. Cet article explore les aspects psychologiques et sociologiques de ces phénomènes, en analysant les raisons pour lesquelles certains adultes conservent ces objets de réconfort ou continuent de sucer leur pouce.
L'attachement aux objets transitionnels : une quête de sécurité émotionnelle
Selon une étude réalisée par Kathleen D. Vohs et Todd F. Heatherton, le réconfort matériel peut aider à compenser le manque de sécurité émotionnelle. Les adultes qui recherchent du réconfort à travers un doudou ou en suçant leur pouce pourraient ainsi chercher à reproduire les sensations de toucher apaisantes qu'ils ont éprouvées dans leur enfance. Tiffany Field souligne l'importance du toucher pour le développement émotionnel et le bien-être dans son livre "The Psychology of Touch".
La théorie de l'attachement de John Bowlby (1969) offre une perspective intéressante pour expliquer pourquoi certains adultes conservent un doudou ou un objet transitionnel. Selon Bowlby, un attachement sécurisant dans l'enfance est essentiel pour le développement émotionnel sain de l'individu. Les enfants forment des liens affectifs avec leurs figures d'attachement, généralement les parents, pour assurer leur survie et leur bien-être émotionnel. Les adultes pourraient ainsi conserver un doudou pour maintenir cet attachement sécurisant.
Donald Winnicott (1953), a introduit le concept d'objet transitionnel pour décrire les doudous et autres objets de réconfort utilisés par les enfants pour faciliter la séparation d'avec leurs figures d'attachement. Selon Winnicott, ces objets aident les enfants à développer leur indépendance émotionnelle.
Dans une étude réalisée par Zeifman et Hazan (2008), les auteurs soutiennent que l'attachement à un doudou peut être considéré comme une extension de l'attachement aux figures parentales. Ils soulignent que ces objets de réconfort peuvent apporter un soutien émotionnel aux adultes, en particulier en période de stress.
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L'antithèse : développement émotionnel incomplet ou dépendance excessive
Cependant, certains psychologues soutiennent que conserver un doudou à l'âge adulte pourrait indiquer un développement émotionnel incomplet ou une dépendance excessive à des objets matérialisant le réconfort. Fraley et Shaver (2000) ont établi un lien entre les personnes ayant des relations d'attachement insécurisées et celles qui conservent des objets de transition, tels que des doudous, à l'âge adulte. Bowlby (1973) a étudié les relations d'attachement dès la petite enfance et a émis l'hypothèse que les individus ayant des attachements insécurisés peuvent être plus enclins à rechercher le réconfort dans des objets plutôt que dans des relations interpersonnelles. Neugarten et Hagestad (1976) ont noté que les individus qui ont des difficultés à établir des liens émotionnels sains avec les autres peuvent être plus susceptibles de développer des dépendances à des objets, comme des doudous, pour combler leurs besoins émotionnels non satisfaits.
Stratégies d'adaptation et stigmatisation sociale
Il est important de souligner que les adultes conservant un doudou ou suçant leur pouce ne sont pas nécessairement mal ajustés. En effet, ces comportements peuvent être vus comme des stratégies d'adaptation face au stress ou à l'anxiété (Schredl, 2006). Winnicott (1953) a introduit le concept d'objets transitionnels, tels que les doudous, pour décrire les objets qui aident les enfants à gérer la séparation d'avec leurs parents et à développer leur propre identité. Kardaras (2016) soutient que les objets de réconfort peuvent jouer un rôle important dans la gestion du stress et de l'anxiété chez les adultes, en particulier ceux qui ont vécu des expériences traumatisantes.
La société tend à stigmatiser ces comportements, les considérant comme immatures ou inappropriés. Cette stigmatisation peut renforcer le sentiment d'isolement et de honte ressenti par les personnes concernées (Ferguson & Meehan, 2011). Goffman (1963) a étudié la stigmatisation sociale et ses effets sur l'identité et l'estime de soi. Selon lui, les individus stigmatisés sont souvent contraints de gérer les attentes négatives et les jugements des autres, ce qui peut les amener à se sentir rejetés et marginalisés.
Analyse psychanalytique : un lien avec la figure maternelle
Selon la psychanalyse, les objets transitionnels comme les doudous peuvent être perçus comme des symboles représentant la relation entre la mère et l'enfant (Winnicott, 1953). Dans cette perspective, conserver un doudou à l'âge adulte pourrait être interprété comme une manifestation du désir inconscient de maintenir un lien avec la figure maternelle et les sentiments de sécurité et de réconfort qu'elle procure. Freud (1926) a également abordé l'importance des relations mère-enfant dans le développement psychologique. Selon lui, les expériences vécues durant l'enfance, en particulier les relations avec les figures parentales, jouent un rôle crucial dans la formation de la personnalité et des comportements à l'âge adulte.
La succion du pouce : une habitude réconfortante
La succion du pouce est souvent perçue comme un substitut du plaisir oral de la toute petite enfance, éprouvé lors de la tétée. Ce plaisir, que l'on souhaite conserver quand l'objet maternel est absent, peut perdurer à l'âge adulte comme un moyen de réconfort et d'apaisement.
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Véronique Salman analyse ce comportement comme une entrave à l’évolution, à une histoire bien définie due à une présence maternelle persistante et envahissante : “Généralement, les personnes qui sucent encore leur pouce ont été trop maternées et leur rapport à la mère est fusionnel. Ils ne parviennent pas à se détacher car la maman les retient dans ce lien. Les adultes qui sucent leur pouce demeurent dans cette partie infantile car ils répondent à un désir secret de la mère, ils n’ont jamais réussi à transgresser ça, par souci de culpabilité.”
La succion du pouce à l’âge adulte peut également être perçue comme une forme d’addiction voire de jouissance associée au plaisir sexuel. “Sucer son pouce est un comportement addictif, il faut le voir comme une addiction mais pas n’importe laquelle. C’est une reviviscence du moment où le bébé trouvait sa jouissance par l’unique orifice qui lui était capable de lui faire ressentir ça : la bouche raconte la spécialiste. Quand on est bébé, tout passe par la bouche. Il y a une jouissance à téter, à se nourrir de lait au sein ou au biberon. Après quelques mois après, les bébés mettent tout à la bouche car c’est comme ça qu’ils réussissent à percevoir si c’est dur ou mou, ou comestible” poursuit-elle. Une explication qui renvoie au stade oral de la sexualité infantile freudienne.
Conséquences sur la santé bucco-dentaire
Néanmoins, l'engouement pour la tétine pour adulte inquiète les professionnels de santé. La tétine a également des conséquences sur la santé bucco-dentaire. Les dentistes ne recommandent pas du tout cette pratique, car la tétine peut décaler la position des dents, provoquer des lésions au niveau du palais et des tensions au niveau de la mâchoire. La succion répétée peut également provoquer des douleurs au niveau des cervicales.
Nathalie Atlan, chirurgienne-dentiste, indique “que la forme des dents chez les personnes concernées a gardé une béance antérieure, les dents ne se rejoignent pas et prennent la forme du pouce. Le palet reste également enfoncé. Ces gens ont aussi gardé une déglutition infantile, il tète encore”. Au-delà du souci esthétique, à long terme, cette pratique risque d'altérer les fonctionnalités de la dentition comme “un écart des dents dû à une déglutition atypique.
Jacques Wemaere, chirurgien-dentiste, repère les suceurs de pouce ou de doigts facilement. "La succion couplée au mouvement de tirage du pouce ou de l'index crée un espace entre les dents de la mâchoire supérieure et celles de la mâchoire inférieure, indique-t-il à BFMTV.com. C'est exactement la place du doigt." Cela agit comme un appareil dentaire et déplace les dents en avant. Le geste peut aussi marquer l'intérieur de la cavité buccale. "Chez les gros suceurs de pouce c'est même impressionnant, parfois l'empreinte du doigt est visible dans le palais et laisse une marque très profonde." Selon ce professionnel, sucer son pouce peut avoir des conséquences plus problématiques, notamment si le geste répété a lieu pendant les périodes de croissance. "Cela risque d'entraîner des problèmes de déglutition du fait de la position basse de la langue et un sous-développement du maxillaire."
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Solutions et accompagnement
Pour les enfants, des solutions ludiques suffisent à freiner voire stopper la succion du pouce, à l’image de gants, l’emploi de distractions, l'encouragement etc. Pour les “grandes personnes” en revanche, la thérapie s'avère recommandée pour déceler les causes d’un tel geste, en s’adressant notamment à l’adulte qui sommeille en eux. La psychanalyste raconte ainsi qu'elle a “pour habitude de décortiquer le symptôme. Ce qui m’intéresse ce n’est pas le pouce mais ce qui a conduit à maintenir ce pouce donc l’addiction. Rien qu’en agissant de cette manière, la personne commence à réfléchir et à prendre conscience de sa régression infantile. Par ce biais, on retrouve l’adulte.
Pour pouvoir arrêter il faudrait trouver un autre moyen que vous détendre et vous tranquilicer. Pour cela, il est proposé de réguler directement le déclencheur émotionnel qui génère ce comportement afin que ce dernier cesse naturellement par la réactivation d'un processus naturel de régulation émotionnelle. Cette approche brève fait appel à la mémoire de votre corps et non à votre mental.
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