L'asthme du nourrisson et le reflux gastro-œsophagien (RGO) sont deux affections courantes qui peuvent affecter les nourrissons. Bien qu'elles soient distinctes, elles peuvent parfois être liées, et il est important de comprendre les causes, les symptômes et les traitements de chacune d'elles.
Asthme du nourrisson
Définition et prévalence
L'asthme du nourrisson est défini par la survenue d'au moins trois crises associant sifflements et difficultés à respirer avant l'âge de 36 mois. Il touche un nombre important de jeunes enfants. Bien qu'il puisse être effrayant pour les parents, il ne s'étend généralement pas sur une longue durée et disparaît souvent après les trois ans de l'enfant.
Causes et facteurs déclenchants
Certaines maladies ou événements peuvent provoquer l'asthme chez un nourrisson. La bronchiolite est souvent l'élément qui précède le début d'un asthme du nourrisson. L'asthme du nourrisson peut aussi être déclenché par des situations ou des éléments ponctuels, qui surviennent notamment à la crèche. Le Covid-19, étant à l’origine de symptômes respiratoires, peut aussi inquiéter les parents d’enfants asthmatiques.
Symptômes
Chez un enfant très jeune, les symptômes de l'asthme du nourrisson peuvent être similaires à ceux d'une bronchiolite. L'enfant commence à présenter des difficultés respiratoires de manière assez brutale, souvent la nuit. Les parents peuvent aussi assister à des sifflements persistants sans toux, intervenant en dehors des crises d'asthme chez leur nourrisson.
Traitement
Dans le but de diminuer les sifflements, la toux et les difficultés respiratoires, le médecin prescrit des médicaments bronchodilatateurs. Si les crises d'asthme chez le nourrisson sont très fréquentes, un traitement de fond peut être associé aux autres. Pour qu'ils soient vraiment efficaces et permettent de faire disparaître les symptômes de l'asthme, ils doivent être pris tous les jours, dans les doses et les fréquences prescrites. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé pour soigner l'asthme du nourrisson s'appuient sur des médicaments.
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Reflux gastro-œsophagien (RGO)
Définition et prévalence
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est le retour involontaire et inopiné du contenu de l'estomac vers l'œsophage. Près de 90 % des nourrissons présentent des reflux gastriques pendant leur croissance. La majorité des bébés régurgitent au moins une fois de la nourriture, sans conséquence. Cet état plus ou moins gênant, touche près de 90 % des enfants de moins d'un an. En effet, le sphincter du nourrisson, situé entre l’œsophage et l'estomac, ne s'est pas encore complètement développé. Il atteint sa maturité vers l'âge de 1 an, voire parfois plus tôt, avec la disparition consécutive du problème.
Types de RGO
Concernant les nourrissons, une RGO se caractérise par 2 types distincts : le reflux ordinaire, sans complications et le reflux latent, caché.
- Reflux ordinaire : Votre enfant régurgite l'aliment, en petites quantités. Celles-ci peuvent quelquefois être plus importantes. En principe, tant que le sphincter se développe, ce genre de spasme reste sans danger.
- Reflux caché : Cette forme augmente le contenu de l'estomac et, au lieu de cracher le surplus, l'enfant l'avale à nouveau. Dans certains cas, il va même jusqu'à le remâcher. Ce processus accroît le niveau d'acidité de l'estomac et finit par irriter la paroi de l’œsophage. La douleur apparaît, due à l'irritation et le nourrisson refuse de boire. Il se mettra à pleurer pour signaler ce désagrément. Si le problème persiste sans être détecté à temps, des aggravations apparaissent, comme une déglutition anormale, parfois même des écoulements de sang, recrachés par l'enfant.
- Reflux atypique : C'est la forme la plus grave. Elle nécessite généralement une hospitalisation. Le bol alimentaire de l'estomac se retrouve dans les voies respiratoires, causant des complications.
Dans la majorité des cas, les reflux reflètent un sphincter immature. Pour certains, d'autres pathologies peuvent apparaître, comme une obstruction ou une congestion chronique, une allergie alimentaire ou encore, un œsophage rétréci.
Symptômes
Bien que régurgiter pour un nouveau-né soit normal, il n'en reste pas moins que ce renvoi peut être désagréable pour l'enfant, surtout si les quantités régurgitées sont importantes. Les différents signes cliniques du RGO pathologique sont rappelés: les pleurs importants (détresse marquée), l’apnée, l’enrouement, les difficultés inexpliquées pour s’alimenter, otites, infections respiratoires basses, difficultés de croissance, toux chronique, érosion dentaire, asthme. Les pleurs, le fait que le bébé se cambre en arrière, soit agité lors de la tétée, refuse de dormir sur le dos, se réveille lorsqu’on le pose, etc. peuvent aussi être des signes.
Diagnostic
Pour vous assurer du bon diagnostic, parlez-en à votre pédiatre. Si un ou plusieurs de ces symptômes se combinent avec un reflux quasi-systématique et abondant, consultez sans attendre votre pédiatre. La pH-métrie est l’examen de référence pour déterminer s'il existe un RGO. La pH-métrie apporte la réponse si le tracé montre que les chutes du pH œsophagien (par remontée acide de l’estomac vers l’œsophage) sont en relation directe avec les symptômes observés (toux, pleurs, malaise). L’endoscopie oesogastroduodénale permet le diagnostic direct des lésions inflammatoires d’œsophagites.
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Traitement et conseils
- Présentez-lui de plus petites quantités de lait à boire, en les répartissant en plus grand nombre, sur la journée.
- Épaississez ses aliments et son biberon. Cette action diminue le risque de reflux gastrique. Pour ce faire, utilisez de la farine de graines de caroube. Cet aliment est un épaississant naturel, grâce à sa teneur élevée en fibres. Il régule également le transit intestinal et joue un rôle favorable sur la diarrhée. Cette farine est exempte de gluten. Elle s'ajoute facilement dans le biberon. Il existe aussi des spécialités vendues en pharmacie (Magic mix®, Gumilk®, Gelopectose®). Les “laits AR“, plus épaissis, vendus exclusivement en pharmacie et faisant partie des denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales (DADFMS) et donc soumis à une règlementation spécifique. Il existe 3 types de laits AR, soit par l’ajout d’amidon (plus de 2 g/100 ml), soit par l’ajout de caroube, soit par un mix des 2 épaississants. Les laits AR amidon peuvent entraîner une constipation modérée et les laits AR caroube plutôt un ramollissement des selles (et parfois une augmentation de l’émission de gaz). Les laits AR mixtes auraient moins d’effets secondaires. Au niveau des protéines, une forte proportion de caséine (80%) par rapport aux protéines solubles (C/PS) participe à la limitation des régurgitations.
- Portez votre bébé contre vous, à l'aide d'une écharpe porte-bébé. Ces instants privilégiés apportent réconfort et sécurité pour votre enfant. Ces moments de tendresse vous procurent chaleur et douceur.
- Gardez à l'esprit que presque tous les bébés subissent des montées gastriques, en ingurgitant leur lait. Ces désagréments sont temporaires et la plupart de ces reflux s'estompe au bout d'un an. Pour apaiser vos doutes, consultez un spécialiste en pédiatrie.
- Donner les repas très tranquillement en faisant des pauses pour faciliter les rots.
- Surélever légèrement (10 à 15°) la tête du lit.
Dans le cadre d’un RGO pathologique, les mesures diététiques et de puériculture sont essentielles, et le médecin de l’enfant pourra décider de prescrire des médicaments. Les indications médicales des IPP sont très précises, soumises à recommandation des autorités de santé, et leur utilisation et bénéfice seront bien entendu discutés avec les parents. Après prescription, l’enfant doit être revu en consultation dans les 2 semaines suivant le début du traitement, afin d’évaluer l’efficacité du traitement. Il est très important de comprendre que les médicaments comme les IPP ne vont pas guérir le RGO qui reste un trouble fonctionnel qui guérira avec la croissance et l’âge de la marche.
L’alginate de sodium (Gaviscon®) : gel visqueux qui vise à limiter la fréquence et le volume de ce qui est reflué de l’estomac vers l’œsophage ; il permet aussi une atténuation des douleurs liées à l’acidité refluée en s’interposant entre la muqueuse œsophagienne et le liquide gastrique. Ce médicament est efficace (à condition de le donner avant les repas) et sans effets secondaires mis à part la possibilité d’une légère constipation. Le dompéridone (Motilium® Péridys®), le métoclopramide (Primpéran®), la métopimazine (Vogalène®) sont de moins en moins utilisés car ils ont une efficacité très discutée et ne sont pas dénués d’effets secondaires. Les contre-indications sont importantes et la Dompéridone n’est plus du tout prescrite avant l’âge de 2 ans. Les IPP: ésoméprazole (Inexium®), oméprazole (Mopral®), etc. Leur autorisation de mise sur le marché débute à 12 mois, donc chez le plus petit, ils seront prescrits hors AMM et donc après étude précise par le médecin des bénéfices / effets secondaires. Ne pas écraser l’IPP s’il est prescrit sous forme de granules contenues dans un sachet ou une gélule. L’utilisation prolongée d’un IPP sans diagnostic certain de RGO est déconseillée. Les effets secondaires des IPP, survenant dans plus de 14 % des cas, doivent être mis en balance avec leurs bénéfices. Ainsi ces médicaments doivent être utilisés pendant des durées limitées, et pas en première intention, et toujours associés aux mesures diététiques et de puériculture. Ce type de traitement sera arrêté en cas d’inefficacité après 1 à 2 semaines ou en cas d’effets secondaires.
RGO et asthme : un lien possible
Le reflux gastro-oesophagien (RGO) présente une prévalence élevée chez l'asthmatique, 75 % environ. Les symptômes de RGO sont corrélés aux symptômes respiratoires et à l'utilisation d'inhalateurs et le RGO peut être présent en l'absence de symptômes digestifs. Le temps de contact acide avec l'oesophage est plus fréquent chez l'asthmatique que chez le témoin, la prévalence de ce phénomène étant également élevée (80 %). Les mécanismes physiopathologiques de la bronchoconstriction induite par l'acide dans l'oesophage sont multiples, faisant appel à un réflexe médié par le vague, à une augmentation de la réactivité bronchique et à des phénomènes de microaspiration. Plus fondamentalement, la présence d'acide dans l'oesophage est liée à la libération de certaines substances actives sur la muqueuse bronchique, comme la substance P, aboutissant à un oedème des voies respiratoires. Les traitements antireflux, notamment par les inhibiteurs de la pompe à proton (IPP), semblent améliorer les symptômes de l'asthme dans environ 70 % des patients. Si le RGO n'est pas la cause de l'asthme, il peut en être un facteur aggravant.
Situations à ne pas confondre
La grande majorité des nourrissons qui régurgitent et qui pleurent, ne souffrent pas d’un RGO pathologique, ces symptômes peuvent être associés à des régurgitations fonctionnelles et sans complications. Il est important de distinguer les pleurs du nourrisson et de comprendre qu’un bébé peut pleurer souvent sans avoir de problème médical. L’amélioration des pleurs sous traitement médical comme les IPP ne signifie pas forcément qu’il existe un RGO responsable de pleurs. La responsabilité du RGO dans les complications respiratoires et ORL est discutable. L’APLV est une cause fréquente de troubles digestifs avec vomissements et une cause de pleurs chez le nourrisson nourri au lait artificiel. Un lait spécifique (hydrolysat extensif de protéines du lait de vache ou hydrolysat de protéines du riz) pour les enfants allergiques aux protéines du lait de vache sera prescrit dans cette hypothèse pendant 2 à 4 semaines, Il s’agit d’un test diagnostique d’éviction, suivi d’une réintroduction. Un “RGO interne” pourrait être suspecté devant des pleurs importants, difficilement calmables, quel que soit le moment du jour et de la nuit, devant l’existence de mâchonnement tout au long de la journée ou d’une attitude évoquant un torticolis (syndrome de Sandifer). Si l’on évoque un RGO responsable de pleurs intenses, on se trouve dans la situation d’un RGO compliqué, avec œsophagite pour lequel il est très rare qu’il n’entraîne pas quelques régurgitations. Les pleurs s’accompagnent alors de difficultés pour téter et pour terminer les biberons, et d’un infléchissement de la courbe de poids.
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