L'asthme du nourrisson est une problématique de santé publique préoccupante, touchant un nombre significatif d'enfants et constituant la maladie chronique la plus fréquente chez les plus jeunes. Cette affection respiratoire complexe se manifeste par une inflammation des voies aériennes, entraînant des difficultés respiratoires récurrentes. Parmi les facteurs de risque, la pollution de l'air, tant intérieure qu'extérieure, joue un rôle prépondérant.
Prévalence et Définition de l'Asthme du Nourrisson
L'asthme du nourrisson est défini par la récidive d’au moins trois épisodes dyspnéiques avec sibilants, quel que soit le facteur déclenchant et l’existence ou non d’un terrain atopique. En France, environ 7,4 % des enfants souffrent d'asthme actuel, une prévalence plus élevée chez les garçons (9,3 %) que chez les filles (5,4 %). Il est très fréquent et fait suite le plus souvent à un épisode typique de bronchiolite aiguë virale. Les manifestations cliniques peuvent persister sous la forme d’un wheezing, d’une toux ou d’une gêne respiratoire.
L'Assurance Maladie considère qu'on peut parler d'asthme du nourrisson à partir de trois crises d'asthme entre la naissance et 36 mois, c'est-à-dire à partir de trois épisodes de gêne respiratoire suffisamment forte pour entraîner des sifflements.
Symptômes et Diagnostic
La crise d’asthme survient chez le nourrisson, fréquemment après un épisode de rhinopharyngite. Elle se caractérise par des difficultés respiratoires survenant assez brutalement, généralement la nuit et en l’absence de fièvre. Le nourrisson peut présenter une toux sèche, une respiration rapide et sifflante, et ses narines ont des battements rapides. Il peut aussi lutter pour respirer : lors de l’inspiration, les espaces entre ses côtes et au-dessus de ses clavicules se creusent et son thorax est distendu. Très pâle, ses lèvres comme ses doigts peuvent bleuir. Devant un ou plusieurs de ces symptômes, il faut consulter immédiatement son médecin ou les services d’urgence. Chez le très jeune enfant, ces symptômes peuvent être similaires à ceux d’une bronchiolite. L’asthme peut se manifester par des symptômes beaucoup moins évocateurs chez un tout-petit.
Selon la société pédiatrique de pneumologie et allergologie, les premiers symptômes de l'asthme chez les nourrissons comprennent :
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- La répétition d'épisodes de toux et de sifflements (≥ 3), souvent favorisés par les infections virales, les irritants en particulier le tabagisme dans l'environnement, l'exercice ou les émotions.
- Teinte bleue du visage, des ongles ou des lèvres, ce qui peut indiquer une mauvaise oxygénation.
- Mouvements d'estomac exagérés, comme si le nourrisson utilisait ses muscles gastriques pour respirer.
- Narines évasées.
- Persistance d'une toux, souvent sèche (survenant la nuit).
- Eczéma.
- Fatigue.
- Crises, difficultés à respirer et sifflements (respiration sifflante) déclenchées généralement par un rhume ou autre infection virale.
L'évaluation de l'asthme du nourrisson est essentiellement clinique. Chez le nourrisson, il convient d'identifier les situations dans lesquelles la prescription de corticoïdes inhalés est justifiée : l'asthme persistant léger à modéré et l'asthme persistant sévère, comme chez l'enfant plus âgé, ainsi que l'asthme intermittent sévère, défini par la survenue d'exacerbations fréquentes, viro-induites, sans symptôme intercritique.
Facteurs de Risque : La Pollution de l'Air
Si les facteurs héréditaires jouent un rôle dans le diagnostic, l'asthme du nourrisson est aussi aggravé ou déclenché par les infections saisonnières, par les virus respiratoires… Également, la pollution de l'air, qu'il s'agisse de la pollution atmosphérique ou de l'air intérieur, est clairement identifiée comme l'un des facteurs favorisant l'apparition des allergies et de l'asthme, d'où l'importance d'un air sain pour votre bébé.
Pollution Extérieure
Chaque jour, un adulte inhale 10 000 à 20 000 litres d’air composé en moyenne à 99% d’oxygène et d’azote. La pollution de l'air est une menace majeure pour la santé dans le monde. En France, Santé Publique France estime que chaque année près de 40 000 décès seraient attribuables à une exposition des personnes âgées de 30 ans et plus aux particules fines (PM2,5).
Un grand nombre de polluants sont émis à proximité des infrastructures routières, et proviennent non seulement des émissions à l’échappement des véhicules mais aussi d’autres sources telles que l’usure des pneus et des freins, les technologies de climatisation du véhicule, l’usure des voies routières et l’entretien de leurs abords (usage de produits phytosanitaires…). En 2022, le transport routier a représenté 8% des émissions moyennes métropolitaines de particules fines PM2,5 ; 44% d’oxyde d’azote (NOx) et de 22% de carbone suie, ces proportions peuvent être localement plus importantes en particulier à proximité d’axes à fort trafic routier.
Les polluants extérieurs incluent principalement des particules diesel des gaz d’échappement, mais aussi du NO2, du SO2 et de l’ozone. Les particules diesel des gaz d’échappement, le NO2, et le SO2 sont plutôt des polluants hivernaux, s’accumulant près du sol quand le couvert nuageux est bas et empêche les particules de s’échapper vers le haut. L’ozone est plutôt un polluant printano-estival lié à l’ensoleillement, car il se forme grâce au rayonnement solaire.
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Les particules de l’air extérieur sont classées comme cancérigènes pour l’Homme. La toxicité de ces particules provenant à la fois de leur composition et de leur taille. Plus les particules sont fines, plus elles sont capables de pénétrer profondément dans l’organisme.
Pollution Intérieure
L'air intérieur est 5 à 10 fois plus pollué qu'à l'extérieur et en France, dans un logement, on trouve en moyenne 30 polluants différents. Votre nourrisson dans sa chambre respire non seulement l'air extérieur plus ou moins pollué selon le lieu où vous résidez mais également une riche palette de particules polluantes déjà célèbres : aux polluants plus facilement identifiables comme les gaz d'échappements, le tabac, les moisissures et poussières, les allergènes venant par exemple des animaux de compagnie… il faut ajouter les COV (Composés Organiques Volatils). Ces COV, et notamment l'un des plus toxiques, le formaldéhyde, émanent des revêtements des murs et des sols, des matériaux, des peintures, des produits d'entretien, du mobilier, de la fumée de cigarettes…
Avant toute chose rappelons que la fumée de tabac demeure le premier polluant atmosphérique à l’intérieur de l’habitat.
Impact de la Pollution sur les Nourrissons
À la naissance, ses poumons sont encore loin d'être terminés : il ne dispose alors que de 50 millions d'alvéoles pulmonaires. Deux ans plus tard, elles ont été multipliées par 6 pour atteindre 300 millions. Ensuite, jusqu'à 7 ou 8 ans, chaque alvéole s'agrandit. Sachant qu'un nourrisson passe le plus clair de son temps à l'intérieur et qu'il ventile deux fois plus qu'un adulte, la qualité de l'air qu'il respire est primordiale pour son développement.
Les polluants aériens entrainent une inflammation des voies aériennes, qui, chez le sujet allergique, diminue le seuil de réactivité aux allergènes (comme les pollens). Soit ils entrainent des mécanismes dysimmunitaires conduisant à une sensibilisation vis-à-vis des allergènes de l’environnement. Il a ainsi été montré que les particules diesel favorisait la fabrication d’IgE de novo et pouvait conduire des personnes à la maladie allergique. Par ailleurs on reconnaît aujourd’hui que la pollution atmosphérique agit aussi en modifiant, non pas la structure des gènes, mais leur expression, mécanisme pouvant mener à l’asthme sur un terrain prédisposé. Il a été montré expérimentalement, qu’en présence de polluants, des gènes habituellement silencieux étaient amenés à s’exprimer. Ces caractères acquis peuvent transmis à la descendance.
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La pollution de fond augmente le nombre de nouveau cas d’asthme. La proximité d’une voie à fort trafic routier augmentant la pollution de fond et lié au sur risque de survenue de ces nouveaux cas.
Prévention et Recommandations
Pour prévenir l'asthme du nourrisson et minimiser l'impact de la pollution, plusieurs mesures peuvent être adoptées :
- Aérer régulièrement : Il faut recommander aux enfants asthmatiques de ne pas courir lors des pics de pollution. On comprend aisément qu’un effort produit dans une zone polluée augmente l’inhalation de particules polluantes. Pour diminuer la pollution intérieure, on conseille de ventiler l’habitat en ouvrant les fenêtres au moins une demie heure par jour, de préférence tôt le matin et tard le soir et encore plus si vous faîtes des travaux ou installez des meubles neufs en aggloméré.
- Choisir des produits d'entretien simples : Au quotidien, prenez le temps de lire les étiquettes des produits d'entretien et choisissez les plus simples (le vinaigre d'alcool blanc, nettoyant universel par excellence).
- Privilégier des matériaux naturels : Pour la décoration : évitez les nids à poussières et à acariens, préférez le bois brut aux meubles en contreplaqué, les matières naturelles plutôt que la moquette.
- Entretenir les appareils à combustion : Entretenez régulièrement tous les appareils à combustion. Nettoyez très régulièrement filtres et bouches d'aération.
- Limiter l'exposition aux animaux allergènes : Interdisez l'accès aux chambres et aux pièces largement fréquentées par des personnes allergiques à votre animal de compagnie.
- Purifier l'air intérieur : Installez un appareil purificateur d'air là où votre nourrisson passe le plus de temps. Il n'est pas possible d'éviter totalement l'émission de polluants par vos équipements et votre activité à l'intérieur, ni la pénétration de particules venant de l'extérieur.
Purificateurs d'Air : Une Solution Naturelle
Purifier l'air intérieur de votre maison, et en particulier la chambre de votre enfant, s'impose logiquement comme l'un des traitements naturels à mettre en œuvre. Plusieurs technologies de purificateurs d'air existent. Parmi les plus répandues, on trouve le filtre HEPA, très efficace mais dont la performance diminue dans le temps en raison de son encrassement, et qui nécessite donc d'être régulièrement renouvelé. L'ionisation de l'air sans ozone offre de nombreux bienfaits. Les ions négatifs sont naturellement présents en grandes quantités dans les zones les plus pures de la nature et disparaissent dans les environnements citadins ou pollués. Reproduits à l'intérieur de votre maison, ils chargent les allergènes, virus, moisissures, pollens, germes et autres particules polluantes, et en suppriment 99%, même les plus fines (qui sont les plus dangereuses, puisqu'elles car elles pénètrent au plus profond des poumons et dans le sang). Outre leur capacité à nettoyer l'air, les ions négatifs sont sources de bienfaits pour la santé et le bien-être.
Autres Recommandations
- Pensez à bien aérer le nouveau mobilier ainsi que les nouveaux jouets, qui sont une grande source d’émission de composés organiques volatiles.
- Évitez les huiles essentielles, ainsi que les encens, bougies et autres produits ménagers chimiques aux forts effluves.
- Veillez à ne pas obstruer les conduits de ventilations.
- Ne parfumez pas votre nourrisson.
- Privilégiez plutôt la poussette ou le porte bébé ainsi que la marche plutôt que le véhicule. Dont, soit dit en passant, l’habitacle est souvent bien plus pollué.
- Connaitre le niveau de pollution : cela permet d’adapter les activités à prévoir.
- Les ZFE sont des espaces urbains délimités où ne peuvent circuler que les véhicules les moins polluants. Il est essentiel que le gouvernement réalise des aménagements sécurisés pour accélérer la transition vers des alternatives moins polluantes.
Traitement Médical
Le traitement de l'asthme du nourrisson repose sur la prescription de médicaments. Les bronchodilatateurs soignent les crises d'asthme, tandis que les corticoïdes sont prescrits en traitement de fond (corticothérapie inhalée, souvent administrée à l'aide d'un aérosol-doseur). Seuls les corticoïdes par inhalation et le montélukast peuvent être utilisés avant 2 ans, et ce traitement doit être poursuivi au moins 3 mois. La kinésithérapie respiratoire est parfois proposée en cas d’hypersécrétion bronchique, en dehors d’un épisode aigu. Elle contribue alors à évacuer le mucus en excès. Le kinésithérapeute participe aussi à l’éducation thérapeutique des parents et de l’enfant.
La principale complication est l’état de mal asthmatique. C’est une crise d’asthme qui s’aggrave et se prolonge. Il s’agit d’une situation d’urgence vitale qui nécessite une prise en charge en réanimation.
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