L’arrêt de l’allaitement, bien que souvent perçu comme une étape naturelle dans la relation mère-enfant, peut s’avérer une période émotionnellement délicate pour certaines femmes. Cette période, parfois appelée « milk blues », fait référence à un état de déprime ressenti pendant et après le sevrage de bébé. Cet article vise à explorer les causes, les symptômes et les solutions pour faire face à ce phénomène souvent méconnu.
Qu'est-ce que le « Milk Blues » ?
Le terme « milk blues » fait écho au « baby blues », une déprime passagère qui survient après l’accouchement. De même, le « milk blues » désigne une période de tristesse, de mélancolie ou d’anxiété que certaines mères ressentent lorsqu’elles arrêtent d’allaiter. Cette déprime est souvent liée à la fin du lien très fort qui s’est tissé entre la mère et l’enfant pendant l’allaitement.
Comme le témoigne Louisa, maman de Chloé, « Ça a commencé avec des insomnies, impossible de dormir : je me sentais mal. Je ressentais sans cesse comme un manque de quelque chose, de quelqu'un. Je me sentais tout le temps triste. Tout ça, c’est arrivé juste après avoir arrêté d'allaité. J’ai très mal vécu cette période de sevrage, plus que ma fille. Ce manque d’elle près de moi, ces câlins, sa chaleur, le fait de toujours me sentir utile et indispensable à son bien-être… Ça a été une grosse rupture le sevrage et j’ai mis du temps à reprendre le dessus… ».
Les causes du « Milk Blues »
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l’apparition du « milk blues » :
La chute hormonale
L’allaitement favorise la sécrétion d’hormones telles que l’ocytocine (l’hormone de l’amour et de l’attachement) et les endorphines (les hormones du bien-être). L’arrêt de l’allaitement entraîne une baisse soudaine de ces hormones, ce qui peut provoquer un sentiment de tristesse, de vide ou de déprime.
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Le deuil de l’allaitement
L’allaitement est souvent perçu comme un moment de connexion unique et privilégié avec son enfant. L’arrêt de l’allaitement peut être vécu comme un deuil, une perte de cette relation intime et fusionnelle. Ce « deuil de l’allaitement » peut être particulièrement douloureux, car il touche des aspects profonds de la maternité, bien au-delà de la simple alimentation du bébé.
La pression sociale
L’allaitement est largement encouragé par les professionnels de santé et les campagnes de sensibilisation. Cependant, cette pression peut culpabiliser les mères qui n’allaitent pas ou qui doivent arrêter d’allaiter plus tôt que prévu.
Les circonstances de l’arrêt
L’arrêt de l’allaitement peut être vécu différemment selon les circonstances. Un sevrage choisi et progressif est généralement mieux vécu qu’un arrêt brutal ou imposé, par exemple en raison de difficultés d’allaitement, d’un retour au travail ou d’une grève de la tétée du bébé.
Le retour de couches
Le sevrage de bébé coïncide souvent avec le retour de couches, ce qui rajoute, en plus de la tristesse qu’on ressent, une fatigue physique. Le tout s’accumule et peut créer une certaine pagaille dans la tête.
Les symptômes du « Milk Blues »
Les symptômes du « milk blues » peuvent varier d’une femme à l’autre, mais ils incluent généralement :
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- Tristesse, mélancolie, pleurs fréquents
- Irritabilité, anxiété
- Fatigue, insomnie
- Sentiment de vide, de perte
- Culpabilité, sentiment d’échec
- Manque d’intérêt pour les activités habituelles
- Difficulté à se concentrer
Camille a vécu la période de sevrage de son fils comme le moment « le plus dur dans [son] post-partum ». Elle s'en souvient ainsi : « Je me suis sentie nulle, incapable de faire comme la plupart des autres mamans, et j'ai ressenti une part de jalousie en moi face à toutes ces mamans qui arrivent à allaiter sans problème, même pendant des années, alors que j'avais tout mis en place pour y arriver. »
Comment surmonter le « Milk Blues » ?
Heureusement, il existe plusieurs stratégies pour atténuer les effets du « milk blues » et vivre cette transition en douceur :
Un sevrage progressif
Lorsque cela est possible, il est préférable de sevrer bébé progressivement, en réduisant peu à peu le nombre de tétées. Cela permet au corps de s’adapter en douceur à la baisse de production de lait et aux hormones de se rééquilibrer progressivement.
Prendre soin de soi
Il est essentiel de prendre soin de soi pendant cette période. Cela passe par :
- Se reposer suffisamment : Le sommeil est essentiel pour l’équilibre émotionnel.
- Bien s’alimenter : Adopter une alimentation saine et équilibrée pour soutenir le corps et l’esprit.
- Faire de l’exercice physique : L’activité physique libère des endorphines, qui améliorent l’humeur.
- S’accorder des moments de plaisir : Faire des activités qui font du bien, comme prendre un bain chaud, lire un livre, écouter de la musique, etc.
Maintenir le contact avec bébé
L’arrêt de l’allaitement ne signifie pas la fin du lien avec son bébé. Il est important de maintenir le contact physique, par exemple en faisant des câlins, en portant bébé en peau à peau, en lui donnant des massages.
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Exprimer ses émotions
Il est important de ne pas refouler ses émotions et d’en parler à une personne de confiance, comme son conjoint, une amie, sa sage-femme ou une conseillère en lactation. Partager ses sentiments permet de se sentir comprise et soutenue.
Rechercher un soutien professionnel
Si la déprime persiste ou s’aggrave, il est important de consulter un professionnel de santé, comme un médecin, une psychologue ou une psychiatre. Un accompagnement professionnel peut aider à surmonter le « milk blues » et à prévenir une dépression post-partum.
Repenser la relation à l’enfant
L’arrêt de l’allaitement est l’occasion de repenser la relation à l’enfant et de trouver de nouvelles façons de se connecter avec lui. La tétée, c’était du « tout-en-un » : nourriture, câlin, proximité physique, antalgique, etc. Il est donc nécessaire de trouver de nouvelles façons de répondre aux besoins de son bébé. Et des câlins sans tétée ne sont pas nécessairement des câlins sans le sein : nombreuses sont les mères à dire que les enfants sevrés gardent une tendresse particulière pour leurs seins !
Le rôle du professionnel de santé
Les professionnels de santé jouent un rôle essentiel dans la prévention et la prise en charge du « milk blues ». Ils peuvent informer les femmes enceintes et les jeunes mères sur ce phénomène, les aider à anticiper et à gérer les difficultés liées à l’arrêt de l’allaitement, et leur offrir un soutien émotionnel et psychologique.
Charline Gayault, sage-femme et autrice de Le Grand Guide de ma grossesse sereine, souligne l’importance de préparer les futures mamans à l’arrêt de l’allaitement : « Aujourd'hui, on prépare les futures mamans à l'accouchement et à la mise en place de l'allaitement, mais elles ont peu d'infos sur l'arrêt de l'allaitement. On parle beaucoup du baby blues, mais pas du milk blues, alors que les deux sont assez comparables, car ce sont plus ou moins les mêmes effets ressentis. »
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