L'aménorrhée, définie comme l'absence de menstruation, peut se manifester de différentes manières et avoir des causes variées, tant en Afrique qu'en Europe. Cet article se penche sur les causes de l'aménorrhée et ses implications pour la santé des femmes dans ces deux régions.
Aménorrhée primaire : Retard de la puberté
L'aménorrhée primaire se caractérise par l'absence de premières règles chez une jeune fille ayant atteint l'âge de 16 ans. Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de ce retard pubertaire, notamment :
- Le sport de haut niveau : La pratique intensive d'une activité sportive, en particulier dans les disciplines exigeant un faible pourcentage de masse grasse (patinage artistique, gymnastique), peut retarder l'apparition des premières règles. En effet, l'arrivée des règles nécessite un certain niveau de réserves énergétiques, et un entraînement intensif peut compromettre cet équilibre.
- Facteurs génétiques : Des antécédents familiaux de puberté tardive peuvent également jouer un rôle.
- Maladies chroniques : Certaines affections médicales peuvent interférer avec le développement pubertaire.
Il est important de noter qu'un retard d'un ou deux ans ne doit pas nécessairement inquiéter. Cependant, au-delà de 16-17 ans, une prise en charge médicale est recommandée, car l'adolescente construit alors sa masse osseuse. L'absence de règles entraîne un défaut de production d'œstrogènes, hormones essentielles à la construction osseuse, ce qui peut augmenter le risque de fractures de fatigue et de fatigabilité à l'effort.
Aménorrhée secondaire : Interruption des cycles menstruels
L'aménorrhée secondaire se définit par l'absence de règles pendant au moins trois mois chez une femme ayant déjà eu des cycles menstruels réguliers. Les causes de cette interruption peuvent être multiples :
- Le sport de haut niveau : De même que pour l'aménorrhée primaire, l'entraînement intensif peut provoquer une aménorrhée secondaire, en raison d'un déséquilibre entre les dépenses énergétiques et les apports nutritionnels.
- Le stress : Les situations de stress intense peuvent perturber l'équilibre hormonal et entraîner une aménorrhée.
- Les troubles alimentaires : L'anorexie mentale et la boulimie sont souvent associées à une aménorrhée, en raison de la malnutrition et des perturbations hormonales qu'elles entraînent.
- Les problèmes de thyroïde : Les troubles de la thyroïde peuvent affecter le cycle menstruel.
- La grossesse et l'allaitement : Ces états physiologiques entraînent naturellement une aménorrhée.
- La ménopause précoce : Une insuffisance ovarienne prématurée peut provoquer une aménorrhée avant l'âge normal de la ménopause.
- L'hyperandrogénie : La question de l’hyperandrogénie revient régulièrement dans le monde du sport, mais de quoi s’agit-il exactement? C’est une production plus élevée que la normale des hormones sexuelles mâles, dont la testostérone.
Impact de l'aménorrhée sur la santé des femmes
L'aménorrhée, qu'elle soit primaire ou secondaire, peut avoir des conséquences importantes sur la santé des femmes :
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- Ostéoporose : Le manque d'œstrogènes, consécutif à l'aménorrhée, peut entraîner une diminution de la densité osseuse et augmenter le risque d'ostéoporose.
- Infertilité : L'absence d'ovulation, fréquente en cas d'aménorrhée, peut rendre difficile, voire impossible, la conception d'un enfant.
- Problèmes cardiovasculaires : Les œstrogènes ont un rôle protecteur sur le système cardiovasculaire. Leur diminution peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires.
- Impact psychologique : L'aménorrhée peut être source d'anxiété, de dépression et de troubles de l'image corporelle.
Aménorrhée et tabous culturels en Afrique
En Afrique, les règles sont souvent entourées de tabous culturels et de croyances ancestrales. Dans de nombreuses communautés, les femmes menstruées sont considérées comme impures et sont exclues de certaines activités sociales et religieuses. Ces tabous peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé et le bien-être des femmes :
- Manque d'information : Les jeunes filles manquent souvent d'informations sur les règles et leur corps, ce qui peut entraîner de l'anxiété et de la honte.
- Hygiène précaire : Le manque d'accès à des produits d'hygiène menstruelle adaptés peut favoriser les infections et les problèmes de santé.
- Déscolarisation : Les jeunes filles peuvent être contraintes de manquer l'école pendant leurs règles, en raison du manque d'installations sanitaires adéquates et de la stigmatisation associée aux menstruations.
Interruption volontaire de grossesse (IVG) : Aspects légaux et accès en Europe
Sur 25 des 27 États de l'Union européenne, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est légalisée ou dépénalisée sans besoin de justification de la part de la femme qui décide d'y recourir. Le délai maximal pour avorter varie de 10 semaines d'aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas (dans les faits, il est autorisé tant que le fœtus n'est pas considéré comme viable hors de l'utérus).
En France, l'IVG a été autorisée par la loi Veil de 1975. Le délit d'entrave à l'IVG a quant à lui été définitivement adopté par le Parlement le 15 février 2017 : ce texte de loi s'attaque aux sites de "désinformation" sur l'IVG, qui agissent dans le but de dissuader ou d'induire intentionnellement en erreur les femmes qui souhaitent s'informer sur l'avortement. Le 23 février 2022, le Parlement français a définitivement approuvé l'extension du délai légal d'interruption volontaire de grossesse (IVG) à quatorze semaines de grossesse, soit seize semaines après le premier jour des dernières règles, contre douze semaines auparavant.
Au Luxembourg, la dépénalisation de l'avortement date du 22 décembre 2014. Elle permet aujourd'hui aux Luxembourgeoises de recourir à l'IVG dans un délai de 12 semaines après le début de la grossesse. Depuis mars 2018, Chypre autorise également l'IVG jusqu'à 12 semaines de grossesse, sans avoir à justifier comme auparavant d'un risque pour la santé. En Irlande, la légalisation de l'avortement est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Elle autorise l'IVG sans conditions jusqu'à 12 semaines et 24 semaines dans les cas de "risque pour la vie" ou de "grave danger pour la santé" de la femme enceinte. Jusque là, l'Irlande était l'un des pays les plus restrictifs d'Europe en la matière. Sa sévérité était due au 8e amendement de la Constitution, qui reconnaissait au même titre le droit à la vie du fœtus et de la mère. Avant 2013, l'IVG était totalement illégale et passible de 14 ans de prison. Chaque année, des milliers d'Irlandaises se rendaient donc à l'étranger afin d'avorter. Pour que la législation évolue, il a fallu attendre un scandale provoqué par la mort d'une jeune femme lors d'une fausse couche après s'être vue refuser une IVG. L'avortement avait alors été autorisé, mais seulement dans les cas où la vie de la mère était en danger.
A la suite de l'ampleur prise par le mouvement pro-choix dans le pays, le Premier ministre Leo Varadkar a annoncé en janvier 2018 l'organisation d'un référendum sur le sujet. Le 25 mai 2018, les Irlandais se sont prononcés à 66,4 % pour l'abrogation du 8e amendement. Jusque très récemment, l'IVG était autorisée uniquement sous certaines conditions en Finlande (avant 17 ans ou après 40 ans, après quatre enfants ou en raison de difficultés économiques, sociales ou de santé), même si dans les faits cette autorisation était aisée à obtenir. Depuis le 1er septembre 2023 et l'entrée en vigueur d'une loi adoptée en octobre 2022 par le Parlement finlandais, l'avortement est désormais légal et gratuit sur demande au cours des 12 premières semaines de grossesse, sans conditions. L'Allemagne est un cas à part. En théorie, l'article 218 du Code pénal fédéral interdit l'avortement, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Cependant, aucune sanction n'est prévue en cas d'avortement avant 12 semaines de grossesse (14 semaines d'aménorrhée). Le 28 juin 2023, le Parlement de Malte a adopté à l'unanimité un texte de loi autorisant pour la première fois l'avortement dans l'Etat insulaire. Jusqu'alors, c'était le dernier Etat membre de l'Union européenne où l'avortement restait interdit et illégal en toutes circonstances. Les contrevenants, femmes ayant avorté ou médecins ayant pratiqué une IVG, risquaient jusqu'à 3 ans de prison ferme. Désormais, les femmes pourront avorter uniquement si leur vie est en danger et que le fœtus n'est pas viable. En Pologne, l'avortement n'est autorisé qu'en de cas de viol ou de danger pour la vie de la mère depuis janvier 2021. Après avoir tenté de l'interdire totalement en 2016, le gouvernement l'a restreint en supprimant la possibilité d'avorter en cas de malformation grave du fœtus, qui concernait plus de 95 % des IVG dans le pays. Cette lourde restriction du droit à l'avortement résulte de l'application par le gouvernement d'un arrêt rendu en octobre 2020 par le Tribunal constitutionnel, dont l'indépendance vis-à-vis de l'exécutif était alors mise en cause. Pour Dunja Mijatović, commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe, cet arrêt revient à une interdiction quasi-totale de l'avortement et à une violation des droits de l'homme. Ce retour en arrière constitue quasiment une interdiction formelle de l'IVG puisque les deux clauses restantes (danger pour la mère ou viol) n'ont représenté que 26 cas d'avortement en Pologne en 2019, sur un pays de 38 millions d'habitants.
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Si la plupart des pays européens autorisent maintenant l'IVG, son maintien est loin d'être garanti. En décembre 2013, un projet de loi restreignant le droit à l'avortement en Espagne avait été approuvé en Conseil des ministres. Promesse électorale du Premier ministre conservateur Mariano Rajoy, il prévoyait de limiter l'IVG aux cas de grave danger pour la vie, la santé physique ou psychologique de la mère ou de viol. Face aux nombreuses manifestations, le gouvernement a retiré le projet en septembre 2014. A la place, il a proposé une loi interdisant aux mineures d'avorter sans le consentement de leurs parents, adoptée par le Sénat en septembre 2015. Cependant, le gouvernement mené par le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a présenté un projet de loi en mai 2022 afin de renforcer l'accès à l'IVG. En Hongrie, l'IVG est légale depuis les années 1950 jusqu'à la douzième semaine de grossesse. Néanmoins, le Premier ministre ultra-conservateur Viktor Orbán a mis en place plusieurs mesures allant à son encontre depuis son arrivée au pouvoir en 2010. Ainsi, la Constitution entrée en vigueur en 2012 défend "la vie du fœtus dès sa conception". Au Portugal, l'avortement a été légalisé en mars 2007 jusqu'à la dixième semaine de grossesse, après un référendum où 59,3 % des votants avaient répondu "oui" , contre 40,7 % de "non". Le 22 juillet 2015, le gouvernement portugais a toutefois décidé d'amender la loi en mettant à la charge des femmes tous les frais liés à l'arrêt de leur grossesse. En Slovaquie, au moins 11 propositions de loi visant à limiter l'accès à l'avortement ont été déposées en l'espace de deux ans, a fait savoir en septembre 2020 le quotidien Libération. Le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès a adopté l'inscription de l'IVG dans la Constitution, avec 780 voix pour et 72 contre. La formulation selon laquelle "la loi détermine les conditions dans lesquelles s'exerce la liberté garantie à la femme d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse [IVG]" est officiellement inscrite à l'article 34 de la norme suprême le 8 mars 2024, journée internationale des droits des femmes. Une inscription qui entérine un processus parlementaire de près de deux ans entamé à l'été 2022, lorsque plusieurs propositions de loi constitutionnelle ont été déposées à l'Assemblée nationale en vue de donner une garantie constitutionnelle au recours à l'IVG. Un sursaut des députés français face à la décision de la Cour suprême des Etats-Unis le 24 juin 2022, qui a abrogé un arrêt de 1973 garantissant le droit à l’IVG.
En pratique, l'IVG reste fortement limitée dans certains pays. Les médecins peuvent en effet faire appel à la "clause de conscience", qui les autorise à ne pas pratiquer d'acte pouvant heurter leurs convictions éthiques, morales et religieuses. Ainsi, 23 pays européens (dont la France) prévoient cette disposition spécifique à l'IVG. Si le taux de médecins objecteurs de conscience atteint en moyenne 10 % en Europe, il représentait 70 % des praticiens en Italie en 2019, voire 80 % dans la région des Abruzzes et 92% dans le Molise où un seul médecin pratique l'avortement. En outre, moins de 60 % des hôpitaux pratiqueraient l'IVG dans le pays. Résultat : on compterait dans le pays entre 12 000 et 15 000 avortements clandestins par an selon le gouvernement. En Roumanie, bien que l'avortement soit officiellement autorisé depuis 1990, la plupart des hôpitaux publics "ne le pratiquent pas", selon l'activiste roumaine Georgiana Alexandru, et ce faute de moyens ou alors parce que les médecins refusent de le faire. De la même façon en Croatie, où le droit à l'avortement date de 1978, les mouvements conservateurs usent de leur influence afin d'entraver ce droit. Ainsi, une étude commandée en 2018 par la Médiatrice croate à l'égalité des genres a révélé que 59% des gynécologues-obstétriciennes refusaient de pratiquer l'avortement, faisant jouer leur clause de conscience.
Réunis en session plénière le 7 juillet 2022, les députés européens ont exprimé leur souhait d'inclure le droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE. Les eurodéputés ont exigé que l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE soit modifié et qu'il soit inscrit que "toute personne a droit à un avortement sûr et légal".
Solutions et perspectives d'avenir
Pour lutter contre l'aménorrhée et ses conséquences, il est essentiel de :
- Informer et sensibiliser : Mieux informer les jeunes filles et les femmes sur les règles, leur corps et les facteurs pouvant affecter leur cycle menstruel.
- Améliorer l'accès aux soins : Faciliter l'accès aux consultations médicales et aux examens complémentaires pour diagnostiquer et traiter les causes de l'aménorrhée.
- Lutter contre les tabous : Déconstruire les tabous culturels associés aux règles et promouvoir une vision positive de la menstruation.
- Promouvoir l'hygiène menstruelle : Améliorer l'accès à des produits d'hygiène menstruelle adaptés et sensibiliser à l'importance d'une bonne hygiène intime.
- Soutenir la recherche : Encourager la recherche scientifique sur les causes et les traitements de l'aménorrhée.
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