L'alimentation de la mère pendant la grossesse joue un rôle crucial dans la santé et le développement du fœtus. Un apport nutritionnel adéquat est essentiel pour garantir un poids de naissance optimal et réduire les risques associés à un petit poids pour l'âge gestationnel (PAG). Cet article explore en profondeur l'impact de l'alimentation maternelle sur le poids de naissance, en mettant en évidence les nutriments clés, les recommandations spécifiques et les facteurs de risque à considérer.
Importance de l'Alimentation Maternelle
Une alimentation maternelle riche en nutriments, avant et pendant la grossesse, est associée à une meilleure santé du fœtus, un meilleur poids de naissance et s’avère globalement bénéfique pour la mère et l’enfant. Les femmes enceintes sont encouragées à adopter une alimentation riche en fruits et légumes (F&L), en glucides de bonne qualité nutritionnelle, associée à un bon équilibre en protéines (végétales et animales), tout en évitant sucres ajoutés, viande rouge et viandes transformées.
Besoins Énergétiques et Macronutriments
Apports Caloriques
Le supplément énergétique nécessaire pour atteindre un poids approprié est de 90 à 125 kcal/j au cours du premier trimestre, 286 à 350 kcal/j au cours du second et 466 à 500 kcal/j pendant le troisième. Ainsi, le vieil adage qu’il faut «manger pour 2» n’a rien à voir avec ces 10 à 25% d’augmentation d’apport calorique pour mener une grossesse à bon terme. De plus, vus les apports caloriques actuels, leur augmentation n’est plus justifiée.
Glucides
Le glucose est le principal combustible pour le cerveau et la croissance intra-utérine. Les apports recommandés pendant la grossesse sont de 175g/j. Mieux vaut privilégier les glucides de bonne qualité nutritionnelle (à faible index glycémique) naturellement présents dans les aliments comme les céréales complètes, les F&L, les haricots blancs, les lentilles et les laitages allégés. La prise de sucres ajoutés doit être limitée (sucre, sucreries, boissons sucrées: sodas, etc.).
Protéines
Les besoins en protéines d’une femme enceinte ne sont pas beaucoup plus importants que ceux d’une femme non gestante (en moyenne 71 g par jour à partir du second trimestre, soit 25 g de plus). Au delà, une supplémentation protéique n’a pas d’intérêt et peut même être nuisible. L’équilibre de la balance énergie/ protéines réduit le risque de faible âge gestationnel à la naissance.
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Lipides
Ce sont des éléments importants pour la grossesse (source d’énergie, transport des vitamines liposolubles-A,D,E,K, apport d’acides gras essentiels). En l’absence de recommandations spécifiques, il est raisonnable de limiter leur apport entre 25 et 35% de l’apport énergétique total, avec une préférence pour les acides gras ω3 polyinsaturés (EPA, DHA) aux dépends des graisses saturées (7 à 10%) et des graisses trans- à éviter. Trop d’acides gras saturés augmentent la résistance à l’insuline et le risque de diabète gestationnel. En revanche, les ω3 sont utiles au développement cérébral et rétinien durant le 3e trimestre et la première année de vie. Une consommation de poissons gras cuits est recommandée, mais sans excès, en raison de la présence de mercure dans certains (thon blanc, flétan, requin, espadon, maquereau roi…).
Micronutriments Essentiels
Fer
Chez la femme enceinte une anémie modérée par hémodilution (Hb entre 8 et 10.9 g/dl) est physiologique et améliore la circulation placentaire en diminuant la viscosité sanguine avec un meilleur transfert d’oxygène. Une récente étude n’a pas démontré de bénéfice de la supplémentation systématique.
Folates et Acide Folique (Vitamine B9)
Folates et acide folique (vitamine B9) sont nécessaires à la synthèse d’ADN et la division cellulaire. Indispensables à la formation du tube neural qui survient dans les 28 jours de la gestation, leur carence est responsable de spina bifida voire d’anencéphalie. Depuis 1998, la FDA recommande l’enrichissement des céréales: 0.14 mg d’acide folique pour 100 g, ce qui a entrainé une réduction des anomalies du tube neural de 30 à 40%. Les folates alimentaires sont préférables aux suppléments. Les recommandations préconisent une supplémentation quotidienne pré conceptionnelle de 0.4 mg de folates en plus d’une alimentation riche en folates (haricots, pois, jus d’orange, légumes à feuilles vertes).
Iode
Les besoins en iode sont augmentés de 50% durant la grossesse. Le foetus ne synthétise pas de TSH jusqu’à la 10-12è semaine de grossesse et, durant la première moitié, dépend des hormones thyroïdiennes de sa mère, indispensables à son développement neurologique. Principales sources alimentaires : sel iodé, produits de la mer, algues, laitages. On recommande des apports iodés avant la naissance de 150 à 250μg/j.
Vitamine A
Aucune étude ne démontre un intérêt de la supplémentation en vitamine A durant la grossesse. Son excès (>10 000 UI par jour) augmente le risque de malformations.
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Vitamine B12
Un faible taux de vitamine B12, via une augmentation de l’homocystéine, a été associé au risque de pré éclampsie et de faible poids de naissance. Un déficit peut survenir chez les végétaliens qui ne se supplémentent pas.
Vitamine D
Un statut adéquat en vitamine D est nécessaire pour faire face aux besoins du foetus en calcium. Le dosage et la supplémentation en vitamine D font l’objet de débats. Des concentrations de 25-OH D > à 20 ng/ ml (50 nmol/l) garantissent une bonne santé osseuse. Des recommandations de 1000 à 2000 mg/j pour la population générale sont admises. Pour la grossesse, un taux de 50 nmol/l semble suffisant.
Calcium
Les femmes perdent de 3 à 5% de masse osseuse durant l’allaitement mais les regagnent dans les 6 mois. Devant une alimentation pauvre en calcium, une supplémentation calcique de 1 à 2 g/j réduit le risque de pré éclampsie et d’HTA gravidique.
Impact des Régimes Végétariens Stricts
Une revue systématique de la littérature couplée à une méta-analyse ayant compilé les données de plus de 70 000 participantes révèlent que les régimes végétariens stricts pendant la grossesse sont associés à un risque accru de faible poids de naissance et de nourrissons petits pour l’âge gestationnel. L’adoption croissante de régimes végétariens stricts pendant la grossesse soulève des inquiétudes quant à leurs effets sur la santé maternelle et leurs éventuelles conséquences néonatales.
La méta-analyse a révélé que les régimes végétariens stricts étaient significativement associés à un risque accru d’accouchement d’enfant SGA. En outre, les enfants nés de mères strictement végétariennes avaient un poids inférieur à la naissance, certaines études faisant état d’une différence moyenne de 240 g par rapport aux mères omnivores.
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Pour atténuer les risques de petits poids de naissance et d’enfants petits pour l’âge gestationnel, les auteurs préconisent d’élaborer des recommandations alimentaires spécifiques mettant l’accent sur l’apport adéquat de nutriments essentiels tels que la vitamine B12, le fer, les acides gras oméga-3 et l’iode. Une supplémentation et des conseils diététiques adaptés, incorporant des aliments enrichis et des sources végétales telles que les légumineuses, les noix, les graines et les oméga-3 dérivés d’algues, sont essentiels pour garantir la santé maternelle et néonatale.
Exposition aux Contaminants Alimentaires
Des études épidémiologiques ont montré qu’une restriction nutritionnelle pendant la grossesse pouvait conduire à une réponse adaptative du fœtus conduisant à une altération durable du métabolisme. Ainsi, les enfants nés avec un petit poids de naissance sont plus à risque de développer des maladies cardiovasculaires à l’âge adulte. L’exposition à des contaminants obésogènes pourrait également jouer un rôle dans l’augmentation du risque d’obésité. L’alimentation est une des principales voies d’exposition à ces contaminants.
Une qualité de l’alimentation élevée est associée à un poids de naissance plus élevé et une diminution du risque de PAG, alors que l’exposition alimentaire à l’acrylamide (AA) est associée à une altération de la croissance fœtale.
Produits Laitiers et Poids de Naissance
Les enfants de petit poids de naissance (PPN) ont un risque accru d’apparition de désordres métaboliques à l’âge adulte (obésité, diabète, etc.). Or l’alimentation pendant la grossesse a un rôle essentiel sur la croissance du foetus. La consommation moyenne de produits laitiers pendant la grossesse était de 590,3 g/j pour les nouveau-nés de poids normal versus 513,9 g/j pour les PPN (p = 0,003). Les PPN étaient plus fréquents quand les mères avaient un apport en produits laitiers insuffisant (moins de 3 portions par jour) que lorsque leur consommation était satisfaisante (respectivement 16,7 % vs 11,1 %). Enfin, une augmentation de la consommation de produits laitiers de 100 g/j pendant la première moitié de la grossesse diminuerait le risque de PPN de 11 %. L’effet positif observé sur la prévention du PPN est proportionnel à la quantité de produits laitiers ingérés.
Recommandations de l'OMS
Les prématurés sont les nourrissons qui ont un âge gestationnel inférieur à 37 semaines à la naissance et les nourrissons de faible poids à la naissance sont ceux qui ont un poids à la naissance inférieur à 2,5 kg. Environ 45 % de tous les enfants de moins de cinq ans qui meurent sont des nouveau-nés, et 60 à 80 % de ces nouveau-nés qui meurent sont prématurés et/ou petits pour l’âge gestationnel. Les prématurés et les nourrissons de faible poids ont un risque de mortalité de 2 à 10 fois plus élevé que les nourrissons nés à terme et de poids normal à la naissance.
L’OMS recommande vivement l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois afin d’améliorer la santé d’un nouveau-né prématuré ou de faible poids de naissance, car il est prouvé qu’il réduit les risques d’infection par comparaison avec les préparations pour nourrissons. Lorsque le nouveau-né ne peut pas être allaité par sa mère, la meilleure alternative est le lait maternel provenant d’une donneuse, même si des « préparations pour prématurés » enrichies peuvent être utilisées en l’absence de lactarium.
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