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10 Raisons de Ne Pas Avorter : Démêler les Arguments

L'avortement est un sujet complexe, chargé d'émotion, et entouré de controverses persistantes. Alors que le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est légalement reconnu dans de nombreux pays, dont la France, les débats éthiques et moraux persistent. Cet article vise à explorer dix arguments fréquemment avancés contre l'avortement, en mettant en lumière les nuances et les complexités qui sous-tendent ces positions.

Introduction : Un Droit Fragile, un Débat Constant

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un acte médical qui a toujours existé. Cependant, sa légalité n'a été que très récemment reconnue et garantie, notamment en France. Les Archives nationales vont présenter du 8 mars au 2 septembre 2024 une exposition consacrée au discours de Simone Veil sur la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), prononcé voilà près de cinquante ans. La Fondation publie à cette occasion une version actualisée d’une note de 2014 de Bibia Pavard, la commissaire scientifique de cette exposition avec Charlène Fanchon. Cette loi de 1975 est l’aboutissement d’un compromis et ne doit pas masquer l’intensité des luttes qui l’ont précédée. Depuis la loi "Veil" du 17 janvier 1975, l'avortement est dépénalisé. C'est-à-dire qu'il n'est plus sanctionné par la loi. Ce droit constitue aussi une avancée majeure en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps et à maîtriser leur fécondité. Le droit à avorter, et à pratiquer l'avortement, est garanti par la loi et permet aux femmes qui souhaitent interrompre leur grossesse de le faire sans risque d'être sanctionnées. Le 4 mars 2024, le Parlement réuni en Congrès à Versailles a voté l’inscription dans la Constitution de la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse faisant de la France le premier pays au monde à inscrire dans sa Constitution la liberté de recourir à l’IVG.

1. L'IVG Est un Meurtre : Définir la Vie et la Mort

C'est peut-être l'argument le plus fréquemment avancé par les militants anti-avortement, qui considèrent que la conception marque le début de la vie humaine. Ils estiment qu'interrompre une grossesse équivaut à causer la mort d'un être vivant, donc à commettre un meurtre.

Un meurtre implique bien de causer la mort d’un être vivant. Mais, qu’est-ce qui définit un être vivant ? Et qu’est-ce que la mort ?

Du point de vue biologique, un être vivant de l’espèce (Homo sapiens) se caractérise par des fonctions vitales. Celles-ci incluent la respiration, la circulation sanguine, la nutrition et digestion, l’excrétion, la capacité à répondre aux stimuli, la croissance et le développement, ainsi que la reproduction. Bref, tout ce qui assure la survie et le fonctionnement normal de l’organisme humain. D’innombrables travaux scientifiques ont contribué à prouver cette définition, aussi bien dans le domaine de la biologie cellulaire et moléculaire que dans celui de la physiologie ou encore celui des neurosciences.

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D’un point de vue philosophique, on considère que c’est la capacité à raisonner, à avoir conscience de soi, à ressentir des émotions, des sensations et des expériences subjectives qui définissent un être humain.

La célèbre phrase de Descartes « Cogito, ergo sum » (« Je pense, donc je suis ») dans ses Méditations métaphysiques souligne l’importance de la pensée rationnelle et de la conscience de soi dans la définition de l’existence humaine. Bien que la définition de l’être humain soit complexe, de nombreux autres philosophes ont soutenu ces caractéristiques cognitives et émotionnelles au fil des siècles. Ce fut le cas de John Locke, David Hume, Emmanuel Kant, Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Judith Butler ou encore Simone Weil.

Pour ce qui est de la mort, il s’agit d’un évènement ou d’un processus au cours duquel un être vivant cesse de fonctionner biologiquement et perd irréversiblement toutes les fonctions vitales nécessaires à la vie dont les principales sont la respiration, la circulation sanguine (qui fait battre le cœur) et l’activité cérébrale.

La loi française stipule que la mort est déclarée lorsqu’un individu présente soit un arrêt cardiaque irréversible, soit une cessation irréversible de toute activité cérébrale. Cependant, avec les avancées médicales, l’arrêt cardiaque seul est devenu insuffisant pour déclarer le décès. En pratique cette déclaration est souvent basée sur une combinaison des deux critères.

En toute logique, pour qu’il y ait meurtre, il faut qu’il y ait la mort. Pour qu’il y ait la mort, il faut qu’il y ait la vie. Et pour vivre, il faut des fonctions vitales.

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Or, les recherches démontrent qu’à 14 semaines de grossesse (délai maximum légal pour pratiquer une IVG), le fœtus n’est pas capable de respirer de manière autonome, son système nerveux central est encore en développement et son système immunitaire est immature. Par conséquent, les chances de survie d’un fœtus de 14 semaines de grossesse en dehors de l’utérus sont quasi nulles.

Selon les études cliniques, les revues de littérature et les recommandations des organisations professionnelles de santé telles que l’OMS, la viabilité du fœtus est fixée à 20 semaines de grossesse (22 semaines d’aménorrhée).

À 14 semaines de grossesse, on ne peut pas considérer un fœtus comme un être vivant, mais comme un être qui progresse vers la vie autonome dont le début sera marqué par sa naissance (en sortant de l’utérus et en entrant dans le monde extérieur). Tant qu’il ne naît pas, il ne peut mourir et donc encore moins subir un meurtre.

De plus, certaines études utilisant des techniques d’électroencéphalographie (EEG) ou d’imagerie cérébrale suggèrent que la perception consciente de la douleur ne se produit que vers la fin du deuxième trimestre de grossesse. D’autres sous-entendent que les expériences conscientes de la douleur ne se produisent que plus tard au cours du troisième trimestre. Lee SJ, Ralston HJP, Drey EA, Partridge JC, Rosen MA. Fetal Pain: A Systematic Multidisciplinary Review of the Evidence. JAMA. 2005 / David J. Mellor, Tamara J. Diesch, Alistair J. Gunn, Laura Bennet, The importance of ‘awareness’ for understanding fetal pain, Brain Research Reviews, Volume 49, Issue 3, 2005 / Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, Fetal Awareness Evidence Review (2022)

Le délai maximum légal pour pratiquer une IVG en France étant, je le rappelle, de 14 semaines de gestation, tout risque de perception de la douleur par le fœtus peut donc être écarté. Par ailleurs, d’après les données de la DREES, les interruptions volontaires de grossesse effectuées en France en 2022 entre la 12e et la fin de la 14e semaine de grossesse représentaient moins de 1,5 % de toutes les IVG réalisées.

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2. La Contraception Est la Solution : Pourquoi Avorter Quand on Peut Prévenir ?

Cet argument met en avant l'importance de la contraception comme moyen de prévenir les grossesses non désirées, et donc de réduire le recours à l'avortement. Il suggère que si toutes les personnes avaient accès à une contraception efficace et l'utilisaient correctement, le besoin d'avortement serait considérablement diminué.

L’enquête COCON (Cohorte Contraception) de 2000-2004 réalisée avec le soutien de l’INSERM, l’INED et le laboratoire Wyeth-Lederlé montre que 2 fois sur 3, les femmes ayant eu recours à une IVG était sous contraception. Et qu’une fois sur deux, il s’agissait d’un contraceptif médical (théoriquement d’une grande efficacité).

Un fait corroboré en 2009 par l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) dont le rapport révélait que 72% des femmes ayant eu recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception et que dans 42% des cas, la méthode utilisée était médicale.

Il est important de noter que nous ne sommes pas toustes à égalité en termes de contraception (éducation à la santé sexuelle, manque d’informations sur les dispositifs disponibles, précarité, etc.).

De plus, la contraception n’est jamais fiable à 100% ! Les échecs surviennent souvent lorsque la méthode employée ne correspond pas au mode de vie de la personne en charge de la contraception. Rappelons d’ailleurs que cette charge contraceptive est majoritairement imputée aux femmes (dans un couple cis-hétéro).

Notons également que de plus en plus de personnes aimeraient se tourner vers des contraceptions définitives après avoir eu un ou plusieurs enfants ou parce qu’il n’y a pas de volonté d’enfanter et se heurtent à un refus médical. Un refus les conduisant à utiliser des contraceptifs contre leur volonté, les contraignant à prendre le risque d’une grossesse non désirée.

Enfin, n’oublions pas les cas d’agressions sexuelles que subissent de nombreuses personnes. Selon une enquête de NousToutes en 2020, 1 femme sur 3 déclare qu’un partenaire lui a déjà imposé un rapport sexuel non protégé malgré son désaccord. Et 1 femme sur 10 déclare avoir été victime de stealthing (retrait non consenti du préservatif avant la fin du rapport).

3. L'Avortement de Confort : Une Décision Prise à la Légère ?

L'expression "avortement de confort" suggère que certaines personnes ont recours à l'IVG par commodité, sans prendre en compte la gravité de l'acte. Cet argument dévalorise la complexité des raisons qui peuvent conduire une personne à choisir l'avortement.

En réalité, avoir recours à une IVG est loin d’être une décision qu’on prend à la légère. Généralement ce choix est le résultat d’une réflexion sérieuse où de nombreux paramètres sont pris en compte. Loin d’être un comportement « égoïste », choisir d’avorter montre au contraire un véritable sens des responsabilités.

Reconnaître ses limites (émotionnelles, mentales, physiques, financières…), c’est faire preuve de bon sens quand on sait à quel point il est essentiel d’accueillir un enfant (qui n’a pas demandé à naître) dans les meilleures conditions possibles.

De plus, parler d’avortement de « confort » c’est mal connaître la procédure d’une interruption volontaire de grossesse. Une grossesse non désirée peut causer un véritable stress émotionnel pour de multiples raisons. S’en suit alors un véritable combat contre la montre pour pouvoir avoir recours à une IVG (prise de sang, échographie, rendez-vous médicaux, choix de la procédure, etc.). L’intervention peut ensuite causer pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines des symptômes désagréables tels que des crampes abdominales, des saignements abondants et d’autres effets secondaires liés à l’anesthésie ou aux médicaments utilisés.

Même si l’acte en lui-même n’est pas forcément traumatisant ou douloureux, je ne connais pas une seule personne qui trouverait cela confortable.

4. Le Syndrome Post-Abortif : Un Traumatisme Inévitable ?

Certains opposants à l'IVG affirment que l'avortement provoque un "syndrome post-abortif", caractérisé par des troubles psychologiques tels que la dépression, l'anxiété, le regret et la culpabilité. Cet argument est souvent utilisé pour dissuader les femmes d'avorter, en leur faisant craindre des conséquences psychologiques négatives à long terme.

Un des arguments anti-IVG qui revient le plus est l’existence d’u…

5. L'IVG Cause l'Infertilité : Un Risque pour l'Avenir ?

L'affirmation selon laquelle l'avortement provoque l'infertilité est un argument souvent avancé pour décourager les femmes d'y recourir. Cependant, les études scientifiques contredisent cette idée.

6. L'IVG Est Dangereux pour la Santé : Un Risque Inacceptable ?

Certains opposants à l'avortement mettent en avant les risques potentiels pour la santé physique de la femme, tels que les complications chirurgicales, les infections ou les hémorragies. Ils estiment que ces risques rendent l'avortement inacceptable.

7. L'IVG a des Conséquences Démographiques : Un Impact sur la Société ?

Cet argument concerne l'impact de l'avortement sur la démographie d'un pays. Certains estiment que l'avortement contribue à la baisse de la natalité et au vieillissement de la population, ce qui peut avoir des conséquences économiques et sociales négatives.

8. Le Regret Post-Avortement : Un Choix Inévitablement Douloureux ?

L'idée que les femmes qui avortent regrettent forcément leur choix est un argument souvent utilisé pour susciter la culpabilité et le doute. Cependant, les études montrent que la majorité des femmes se sentent soulagées par leur décision.

9. L'Irresponsabilité Féminine : Un Jugement Moral ?

Certains opposants à l'avortement accusent les femmes qui y ont recours d'être irresponsables et de ne pas assumer les conséquences de leurs actes. Cet argument est souvent basé sur des jugements moraux et des stéréotypes de genre.

10. L'Adoption Est la Meilleure Solution : Une Alternative à l'Avortement ?

L'adoption est souvent présentée comme une alternative à l'avortement, permettant de donner une famille à un enfant tout en évitant l'interruption de grossesse. Cependant, cet argument ignore la complexité des raisons qui peuvent conduire une femme à choisir l'avortement, ainsi que les difficultés liées à l'adoption.

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