Yvonne de Gaulle, figure emblématique de la France du XXe siècle, est bien plus qu'une simple "Première Dame". Son histoire, intimement liée à celle de son époux, le Général Charles de Gaulle, est celle d'une femme de convictions, d'une épouse dévouée et d'une mère aimante. Son influence discrète mais déterminante, son engagement auprès des plus fragiles, notamment à travers sa fille Anne, et l'héritage qu'elle a laissé à ses descendants témoignent d'une vie riche et complexe.
Une Jeunesse Bourgeoise et une Rencontre Décisive
Née Yvonne Charlotte Anne Marie Vendroux le 22 mai 1900 à Calais, Yvonne de Gaulle est issue d'une famille de la grande bourgeoisie, ayant fait fortune dans les transports maritimes et la fabrication industrielle de biscuits. Son père, Jacques, travaille dans une biscuiterie, au sein du conseil d'administration. Sa mère, Marguerite, est l'une des premières femmes de France à être titulaire du permis de conduire. Elle reçoit une éducation catholique rigoureuse chez les dominicaines à Asnières-sur-Seine. Pendant la Première Guerre Mondiale, la jeune femme est envoyée en Angleterre avec sa gouvernante, sa sœur et ses frères.
En 1920, une rencontre "arrangée" par sa famille la met en présence du capitaine Charles de Gaulle, alors en permission à Paris après une mission en Pologne et déjà décoré de la Légion d’honneur. Quelques jours plus tard, Yvonne déclare à ses parents : "Ce sera lui ou personne !" Le coup de foudre est réciproque, et le couple se marie le 6 avril 1921 à la Mairie et le lendemain en l’église Notre-Dame de Calais. L'acte de mariage est conservé dans les registres de Calais.
L'Épouse et la Mère : Un Pilier de la Famille de Gaulle
Le mariage d'Yvonne et Charles de Gaulle est le fondement d'une union solide et durable. Charles de Gaulle rendait hommage à son épouse dans ses "Mémoires d’Espoir" : "Pour vous Yvonne, sans qui rien ne se serait fait…". Le couple devient rapidement fusionnel et les époux indispensables l’un à l’autre. De Gaulle, disait alors à son épouse : « Ma chère petite femme chérie, nous sommes solidement arrimés l’un à l’autre. »
De cette union naissent trois enfants : Philippe, Élisabeth et Anne. À la fin des années vingt, Yvonne et Charles de Gaulle vivent heureux avec leurs deux enfants Philippe et Elisabeth. Leur troisième va tout changer. Anne naît le 1er janvier 1928 et ses parents comprennent après quelques mois qu’elle est différente. La trisomie est alors une énigme pour la médecine.
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La naissance d'Anne, atteinte de trisomie 21, bouleverse leur vie. Le couple aurait pu cacher Anne dans un hôpital psychiatrique, comme cela se faisait. Yvonne et Charles aiment avec passion cette petite fille fragile. Ils décident de la garder avec eux. « Le Général a tout fait pour comprendre sa fille trisomique, explique Jean-Paul Ollivier, auteur de Charles de Gaulle. Un destin pour la France (éd. Larousse). Il essayait de la faire parler et lui chantait des chansons, des comptines, pour tenter de l’éveiller un peu. » Anne a encore plus soudé le couple.
Yvonne se dévoue corps et âme à sa fille, lui offrant un amour inconditionnel et veillant à son bien-être. Elle sera une figure maternelle tendre et bienveillante pour Anne, qui restera au centre de ses préoccupations. « En même temps, il y avait une communication, rappelle-t-elle. Il y a cette fameuse photo où l’on voit mon grand-père avec elle sur les genoux. Cela montre bien qu’à l’époque mes grands-parents ne disaient pas qu’ils allaient la laisser dans un coin, mais qu’ils allaient essayer de développer les capacités de cet enfant, à son rythme. »
Pour protéger leur benjamine du regard des autres, le couple achète la Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises, en Haute-Marne, au cœur d’une campagne austère dans une maison vaste, mais sans eau courante ni électricité.
La Boisserie : Un Refuge Familial
En 1934, la famille s’installe à La Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne). Pour s’épanouir et se fixer, la famille de Gaulle achète la Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises, en 1934. Lieu de refuge et de repos, cette propriété chaleureuse, située au cœur de la Haute-Marne, devient avec le temps indispensable à Charles et Yvonne. En effet, ces derniers désirent posséder une maison loin des tourmentes politiques et médiatique afin d’y accueillir leurs enfants et petits-enfants. Ainsi, le général de Gaulle y délaisse son uniforme de militaire et d’homme politique pour celui de grand-père.
La Boisserie devient le havre de paix de la famille de Gaulle, un lieu où ils peuvent se ressourcer loin des tumultes de la vie politique. C'est là qu'Yvonne déploie ses talents de maîtresse de maison, veillant au confort de ses proches et créant une atmosphère chaleureuse et conviviale. L'un de ses petits-fils, Yves de Gaulle, raconte que son « grand-père était un peu un personnage particulier, on ne s’asseyait pas sur ses genoux, on ne lui tapait pas sur le ventre et on ne lui grattait pas sous le menton. Il y avait de la retenue mais il n’y avait pas de réserve […] C’était un grand-père attentif à ses petits-enfants, attentifs à tout point de vue.
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Une Présence Discrète mais Indispensable durant la Guerre et à l'Élysée
En 1940, lors de la débâcle, Yvonne de Gaulle traverse la Manche sur un chalutier breton, avec ses trois enfants, et rejoint son mari à Londres. Elle le suit dans tous ses déplacements. Elle le suivra plus tard, à la tête du gouvernement provisoire, et durant sa "traversée du désert".
Le 21 décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République. Première dame de France du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969, elle reste discrète sur la scène publique. Installé à l’Élysée, le couple mène un train de vie très simple. À l’Élysée, elle accomplit sa fonction de "Première Dame" de France avec une modestie et une rigueur "janséniste". Elle se tient, discrète dans l’ombre de Charles de Gaulle, participant aux inaugurations officielles. Le 11 mai 1960, elle baptise le paquebot France dont elle est la marraine. Le 22 août 1962, elle accompagne le président lorsqu’ils sont la cible de l’attentat du Petit-Clamart. Faisant preuve de courage et de sang-froid, Charles de Gaulle lui dit : « Vous êtes brave, Yvonne. »
Respectueuse des traditions et des valeurs morales, elle intervient cependant auprès de son mari, en 1967, en faveur de la loi Neuwirth qui autorise la contraception orale. Pourtant, en 1968, celle que l’on surnomme alors "Tante Yvonne", symbolise une "vieille France" conservatrice et dépassée. C’est peut-être par ce profond amour qu’Yvonne de Gaulle, devenue « première dame » en 1959, sut se faire aimer des Français. Ces derniers la surnommèrent affectueusement « Tante Yvonne ». Épouse fidèle et précieuse conseillère du premier homme de l’État, elle affronte avec lui les défis et les dangers que lui impose la vie politique de son mari.
L'Engagement Social : La Fondation Anne de Gaulle
À la mort de celle-ci, Yvonne de Gaulle crée la fondation Anne-de-Gaulle, au château de Vert-Cœur, pour accueillir les jeunes filles handicapées démunies. C’est Georges Pompidou qui dirigera cette fondation, devenant ainsi un proche du Général. Yvonne de Gaulle dépose en mai 1945 les statuts de la Fondation de-Gaulle pour l’accueil de jeunes femmes handicapées mentales sans ressources, afin qu’elles bénéficient des mêmes soins que leur fille chérie.
Cet engagement témoigne de sa volonté de venir en aide aux plus vulnérables et de leur offrir une vie digne et épanouissante.
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La Mort d'Anne et la Fin de Vie d'Yvonne
Anne meurt à 20 ans d’une broncho-pneumonie, dans les bras de son père, à la propriété familiale de La Boisserie, à Colombey. “Maintenant, elle est comme les autres”, aurait murmuré le général à sa femme le jour de la mort de leur fille. Anne de Gaulle est inhumée le 8 février 1948 au cimetière de Colombey.
Le général de Gaulle démissionne en 1969 et meurt un an plus tard. Veuve, elle se retire dans la maison de retraite des sœurs de l'Immaculée Conception à Paris. Elle meurt au Val-de-Grâce le 8 novembre 1979. À Calais, une stèle a été édifiée devant la cathédrale Notre-Dame en souvenir du mariage du général de Gaulle et d’Yvonne Vendroux.
La Descendance d'Yvonne et Charles de Gaulle : Une Lignée qui Perdure
Le général de Gaulle a eu trois enfants, Philippe, Elisabeth et Anne. Les trois sont aujourd'hui décédés, mais leur lignée continue avec leurs enfants. Philippe de Gaulle a consacré sa vie à gérer un héritage. La pensée, les faits d’armes et le legs de son père, Charles de Gaulle, occupent son quotidien depuis cinquante-trois ans et la mort du Général, le 9 novembre 1970. Plus d’un demi-siècle que l’amiral monte la garde du haut de sa longue silhouette, de Mémoires en meetings politiques, de cérémonies officielles en émissions de télévision.
L’ancien sénateur et amiral Philippe de Gaulle s’est éteint dans la nuit du mardi 12 au mercredi 13 mars 2024. Il était le dernier descendant direct du général de Gaulle, libérateur de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, et d’Yvonne, après le décès de sa sœur Anne (porteuse de trisomie 21) en 1948, à 20 ans, et de son autre sœur Elisabeth, en 2013.
Philippe de Gaulle, avec Henriette de Montalembert, devenue Henriette de Gaulle, l’aîné des trois enfants du premier président de la Ve République avait quatre enfants : Jean, Yves, Pierre et Charles. Les petits-fils de Charles de Gaulle, donc.
Charles de Gaulle était sur une liste du FN. Le fils Charles de Gaulle (comme son grand-père, NDLR), l’aîné de Philippe, né à Dijon en 1948, est un ancien député européen, avocat de métier. Un temps sur la liste d’un certain Valery Giscard d’Estaing, candidat aux élections européennes de 1989, il se présentera à celles de 1994 sur la liste de Mouvement pour la France, conduite par Philippe de Villiers. Il est, à ce moment-là, un fervent opposant à la monnaie unique, l’euro. En 1998, il se rapproche de Jean-Marie Le Pen et se présente carrément sur les listes du Front national aux élections européennes de 1999.
Yves de Gaulle, est né en 1951 à Rabat, au Maroc. Un temps administrateur civil au ministère des Finances, il devient, entre 1986 et 1989, secrétaire général de la Commission des privatisations. Sa carrière l’emmène ensuite dans le privé, où, entre autres activités, il devient directeur général du groupe Euler, puis secrétaire général du groupe Suez. C’est en 2012 qu’il arrête de travailler, alors dirigeant de la Compagnie nationale du Rhône. Même si, en 2016, il est nommé Conseiller d’État en service extraordinaire, sous la présidence de François Hollande. Un poste qui implique d’exercer des fonctions consultatives, étant qualifié dans certains domaines de l’activité nationale.
Jean de Gaulle, né en 1953 à Bourg-en-Bresse (Ain) est un expert-comptable de métier. Il a, comme son frère Charles, embrassé une carrière dans la politique en étant élu député des Deux-Sèvres dès 1986, sous la bannière du RPR, devenu ensuite UMP. Un poste qu’il cumulera cinq ans durant avec la fonction de maire de Thénezay, petit village du département 79. Il travaille aussi un temps au Conseil régional de Poitou-Charentes, et devient même adjoint au maire de Paris, à l’époque, Jean Tiberi.
Pierre de Gaulle a récemment déclaré qu’il serait « honoré » de recevoir la nationalité russe. Selon Le Monde, il affiche son soutien au président russe Vladimir Poutine depuis le début de la Guerre en Ukraine, en février 2022. « Un de Gaulle en caution morale, quelle aubaine ! », charge le journal. Et même si son frère, Yves, assure que Pierre « ne parle que pour lui-même », qu’à cela ne tienne.
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