La sélection des embryons humains est un sujet complexe et délicat, au carrefour de la science, de l'éthique et du droit. Cet article vise à explorer les différentes facettes de cette pratique, en s'appuyant sur des études de terrain et des analyses comparatives, afin de mieux comprendre ses enjeux et ses implications.
Introduction à la Sélection Embryonnaire
La sélection embryonnaire est une étape cruciale dans le processus de fécondation in vitro (FIV). Elle consiste à évaluer les embryons créés en laboratoire afin de déterminer lesquels présentent le meilleur potentiel de développement et d'implantation, et donc les meilleures chances de mener à une grossesse réussie. Cette évaluation repose sur un ensemble de critères morphologiques et biologiques, et elle est réalisée par des biologistes spécialisés.
Depuis 1978, plus de 6,5 millions d’enfants sont nés dans le monde à la suite d’une fécondation in vitro (Fiv). Les sciences sociales ont décrit comment la globalisation de cette biotechnologie s’inscrit dans des contextes variés qui définissent à chaque fois les termes de ses enjeux socioculturels.
Définition et Processus de la Sélection Embryonnaire
La sélection embryonnaire est la technique de sélection des embryons humains dans les laboratoires de fécondation in vitro.
Dans les deux laboratoires observés en Inde et en France, les embryons sont évalués à partir d’un ensemble de critères invariablement associés à leur « qualité » biologique et à leurs « potentiels de développement et d’implantation ». Ces critères rappellent une partie de la définition descolienne de la « similarité des physicalités » propre à l’ontologie naturaliste, dans le sens où l’approche physique des embryons est constitutive du savoir-faire biologique où qu’il advienne, à la différence des approches « métaphysiques ». Dans les cas étudiés ici, cette ontologie ne peut donc plus être assimilée au seul monde occidental, mais s’applique aux institutions qui la déploient, où qu’elles se situent sur le globe. Or, afin de décrire la sélection comme une biotechnologie portée par une approche naturaliste globalisée, la notion de « chaîne opératoire » s’avère utile.
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La première étape de la chaîne opératoire que constitue un protocole de fécondation in vitro consiste en une stimulation ovarienne par injection hormonale afin de favoriser la production simultanée de plusieurs ovocytes. En effet, plus les ovocytes mis en fécondation sont nombreux, plus on espère obtenir d’embryons pour multiplier les possibilités de transfert et, donc, augmenter les probabilités de grossesse. Lors de l’étape suivante, les ovocytes sont ponctionnés par une équipe clinique et donnés au laboratoire, en même temps que le sperme, recueilli parallèlement. Ces substances reproductives sont préparées, puis les techniques de fécondation in vitro réalisées : les spermatozoïdes sont propulsés à l’aide d’une pipette et mis en contact avec les ovocytes préalablement déposés dans une boîte de Petri contenant des gouttes de milieu de culture. Les boîtes de culture sont ensuite placées à l’abri de la lumière dans un incubateur respectant une température de 37°C et un mélange gazeux précis. Le lendemain matin, les boîtes sont sorties des incubateurs pour vérifier si les fécondations ont réussi. On regarde alors si des embryons commencent leur développement par fusion de l’Adn des gamètes, puis par division cellulaire (ou « clivage ») durant deux à cinq jours. Commence alors l’étape la plus importante de ce processus, à savoir la sélection embryonnaire.
Dans ces deux laboratoires, les biologistes procèdent de la même façon : cette étape de sélection consiste à retirer des incubateurs les boîtes de culture contenant les embryons et à les placer sous un microscope doté d’une caméra qui retransmet l’image sur un écran. En zoomant et dézoomant, elles font apparaître l’embryon en deux dimensions, pour observer les différentes cellules qui le composent, en fonction de leur nombre, de leur « régularité », de leur « taux de fragmentation » et de l’épaisseur de la « zone pellucide » (l’enveloppe qui les contient).
Ainsi, jour après jour, l’ensemble des informations rassemblées par les biologistes pour noter les embryons forme un portrait schématique de leur développement. Ces observations sont mises en corrélation avec des publications scientifiques qui, de leur côté, ont compilé des données liant caractéristiques physiques des embryons, potentiel de développement et d’implantation, et taux de grossesse. C’est donc la synthèse de toutes ces données scientifiques qui permet de « prédire » le potentiel développemental des embryons.
Voici le déroulement d’une sélection dans le laboratoire français, alors que le transfert d’embryons va être réalisé le jour même, vers l’heure du déjeuner, après trois jours de développement. Olivia, une des embryologistes du laboratoire, est au microscope et elle manipule les boîtes de culture contenant neuf embryons. Sa collègue, Morgane, regarde le dossier concerné et énonce à voix haute les données descriptives relevées la veille : celles de l’embryon n°1 étaient « 4RF3 à J2 ». La description morphologique idéale à « J2 », au deuxième jour d’incubation, est « 4R0 », ce qui correspond à quatre cellules régulières sans fragment. « 4RF3 » indique la présence de quatre cellules régulières avec un taux de fragmentation élevé de niveau 3. Après avoir énuméré toutes les informations de la veille, les deux biologistes passent à la situation du jour.
Les Critères de Sélection
Les critères de sélection des embryons sont basés sur des observations morphologiques et des évaluations du développement embryonnaire précoce. Les biologistes examinent attentivement les embryons au microscope pour évaluer :
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- Le nombre de cellules : Un embryon avec le nombre de cellules approprié pour son stade de développement est considéré comme plus viable.
- La régularité des cellules : Des cellules de taille et de forme uniformes sont un signe de développement sain.
- Le taux de fragmentation : La fragmentation cellulaire, qui se manifeste par la présence de petits fragments de cellules, est associée à une diminution du potentiel d'implantation.
- L'épaisseur de la zone pellucide : La zone pellucide est la membrane qui entoure l'embryon. Son épaisseur peut influencer la capacité de l'embryon à s'implanter dans l'utérus.
La Recherche sur l'Embryon Humain en France
En France, la recherche sur l'embryon est autorisée depuis 2013, sous conditions strictes et sous le contrôle de l'Agence de la biomédecine. Elle doit s'exercer dans le plus grand respect dû à l'embryon lui-même, aux couples donneurs et pour éviter des dérives.
Le Statut de l'Embryon en France
Dans la loi française, l'embryon n'a pas d'existence juridique. Seule la naissance d'un enfant confère un statut. Sur le plan éthique, la question du statut de l'embryon est une discussion sans fin qui est fortement influencée par les croyances et les convictions de chacun. Il semble raisonnable d'estimer que la perception que l'on peut avoir de l'embryon évolue en fonction de la destinée qui lui est promise. S'il s'inscrit dans un projet parental, alors il s'agit d'une personne potentielle comme l'évoquait le Comité consultatif national d'éthique il y a plus de 30 ans. En revanche, s'il n'y a plus de projet d'enfant, l'embryon ne sera jamais transféré dans l'utérus et ne donnera jamais naissance à une personne. Cela n'empêche pas de toujours traiter l'embryon avec le respect qui lui est dû compte tenu de son origine humaine, y compris quand son développement doit être interrompu ou quand il devient sujet/objet de recherche.
L'Origine des Embryons Utilisés pour la Recherche
Les embryons humains utilisés pour des travaux de recherche peuvent provenir de différentes sources :
- Les embryons issus de fécondation in vitro (FIV) qui présentent des anomalies précoces de leur développement.
- Les embryons sur lesquels a été réalisé un diagnostic préimplantatoire (DPI) et qui sont porteurs d'une altération génique ou chromosomique. Ces embryons ne sont pas transférables dans l'utérus.
- Les embryons surnuméraires qui ont été congelés à l'occasion d'une FIV mais qui ne font plus l'objet d'un projet parental. Contrairement aux précédents, en principe ces embryons ne sont pas porteurs d'anomalies.
Dans tous les cas, le don d'embryons à la science n'est possible qu'avec le consentement du couple. Consultés chaque année, les couples qui n'ont plus de projet parental peuvent décider de donner les embryons cryoconservés à la science ou faire un autre choix.
Les Types de Recherches Autorisees
Il existe trois types de recherches possibles sur l'embryon :
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- La recherche fondamentale : Elle est destinée à comprendre le développement précoce de l'embryon et ses perturbations éventuelles.
- La recherche préclinique : Elle consiste à développer de nouvelles méthodologies et procédures pour une éventuelle utilisation ultérieure à visée thérapeutique. Il peut s'agir de corriger des mutations géniques ou d'améliorer les techniques de procréation médicalement assistées (PMA).
- La recherche clinique : Depuis 2015, la loi française permet que des embryons ayant fait l'objet d'une recherche à l'occasion d'une PMA soient transférés dans l'utérus, quand les conditions sont réunies.
Enfin, il est possible de prélever des cellules souches pluripotentes sur un embryon dans le but de mener des recherches fondamentales, précliniques ou cliniques, par exemple pour mettre au point de nouvelles méthodes de thérapie cellulaire. Mais dans ce cas, la finalité de la recherche n'est plus l'embryon lui-même.
Les Enjeux Éthiques de la Sélection Embryonnaire
La sélection embryonnaire soulève de nombreuses questions éthiques complexes. Parmi les plus importantes, on peut citer :
- Le statut moral de l'embryon : La question de savoir si l'embryon est une personne à part entière ou un simple amas de cellules est au cœur de nombreux débats éthiques.
- Le risque d'eugénisme : La sélection embryonnaire pourrait être utilisée pour choisir des embryons en fonction de caractéristiques non médicales, ce qui soulève des craintes d'eugénisme.
- Le consentement des parents : Il est essentiel que les parents soient pleinement informés des enjeux de la sélection embryonnaire et qu'ils donnent leur consentement éclairé.
- La gestion des embryons non sélectionnés : Le devenir des embryons qui ne sont pas sélectionnés pour le transfert est une question délicate. Ils peuvent être congelés, donnés à la recherche ou détruits, ce qui soulève des considérations éthiques importantes.
La Sélection Embryonnaire dans le Monde
Les pratiques et les réglementations en matière de sélection embryonnaire varient considérablement d'un pays à l'autre. Certains pays ont des lois très restrictives, tandis que d'autres ont une approche plus libérale. Par exemple, plusieurs pays autorisent la création d'embryons à des fins de recherche, comme la Belgique, le Royaume-Uni, la Suède, la Russie et le Japon, ce qui n'est pas le cas en France.
L'Avenir de la Sélection Embryonnaire
Les progrès scientifiques et technologiques constants dans le domaine de la reproduction assistée laissent entrevoir de nouvelles perspectives pour la sélection embryonnaire. De nouvelles techniques, telles que l'édition génomique, pourraient permettre de corriger des anomalies génétiques chez les embryons avant leur transfert. Cependant, ces avancées soulèvent également de nouvelles questions éthiques et nécessitent une réflexion approfondie.
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